Le train a encore déraillé

Encore une fois, on s'est rendu mercredi sur le quai de la gare pour voir... (La Presse)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Encore une fois, on s'est rendu mercredi sur le quai de la gare pour voir passer un train de passagers qui n'est jamais arrivé.

Façon de parler. C'est plutôt en écoutant le discours du budget fédéral de Bill Morneau et en l'épluchant pour aller dans ses moindres recoins, au cas où, qu'on a réalisé, une fois de plus, que la liaison ferroviaire Québec-Trois-Rivières-Montréal, ce n'est pas encore pour demain.

On ne peut pas dire qu'on a fait preuve d'impatience dans ce dossier. Voilà maintenant quatre décennies que le retour de ce train de passagers est réclamé à Trois-Rivières, principalement par la Chambre de commerce et d'industries, mais aussi, avec plus ou moins d'intensité, par les maires qui se sont succédé à la ville de Trois-Rivières, de Gilles Beaudoin à Yves Lévesque, en passant par Guy LeBlanc... avec toujours le même insuccès.

Le passage à la tribune de la Chambre du président de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano avait ravivé tous les espoirs. Certes, le président de Via Rail avait parlé de l'établissement d'un train de passagers à haute fréquence entre Québec et Montréal, via Trois-Rivières, dans une perspective de cinq à dix ans. Mais quelques autres sorties publiques par la suite de sa part avaient plutôt laissé comprendre que le projet pourrait être réalisé beaucoup plus rapidement.

La promesse de lourds investissements dans de grands travaux d'infrastructure par le gouvernement Trudeau afin de stimuler l'économie canadienne, quitte à s'endetter pour y arriver, avait mis la table pour un tel projet. Avec le budget de mercredi, on sait que l'endettement est acquis, mais on ne sait plus où se trouve l'argent pour les grands travaux d'infrastructure. 

À Trois-Rivières, on y avait tellement cru qu'on débattait déjà du meilleur endroit où installer la gare. On n'allait quand même pas attendre le train pour agir. 

Selon le maire Yves Lévesque, il n'y avait que deux endroits possibles: à l'ancienne gare de la rue Champflour ou au District 55. 

D'autres avaient évoqué l'idée de plutôt l'établir dans le hangar no 1. C'est vrai qu'une gare à cet endroit, entre Trois-Rivières sur Saint-Laurent et le parc portuaire, entre le fleuve et le centre-ville, n'aurait pas manqué de charme.

Pour intéressante que fût cette suggestion, elle avait peu de chances d'être retenue. Il ne faut pas trop s'illusionner. Pour Via Rail, ce qui compte avant tout, ce n'est pas l'escale de Trois-Rivières, mais le temps du trajet Québec-Montréal, évalué à environ 90 minutes. Car ce sont aux deux extrémités que se trouverait le gros de sa future clientèle et la justification de cette liaison. Pour garantir une telle promesse, il faudrait que la gare de Trois-Rivières soit située dans l'axe central de la ligne, sans détour, afin de minimiser le temps d'arrêt.

Entre Champflour et le District 55, les deux endroits peuvent se justifier, mais pour des objectifs très différents. 

Pour Champflour, il y a la présence de l'ancienne gare, mais surtout sa proximité avec le centre-ville, les gros hôtels et le centre de congrès et d'exposition du Delta qui sera bientôt agrandi qui plaide en sa faveur. Dans une perspective de développement touristique, l'endroit serait à privilégier. 

Au District 55, la course en taxi pour le centre-ville élèverait le coût d'un séjour à Trois-Rivières aux touristes qui utiliseraient le train. Par contre, l'endroit offre de nets avantages sur le plan du stationnement.

Une gare au district 55 s'inscrirait davantage dans une perspective de développement démographique de Trois-Rivières. À 45 minutes de Montréal et de Québec, Trois-Rivières pourrait être considérée comme à distance de banlieue de ces deux villes. 

À partir de Trois-Rivières, qu'on utilise le train pour aller travailler dans l'une ou l'autre de ces deux villes, s'y rendre faire des affaires, du shopping, s'y divertir, peu importe, les facilités de stationnement à proximité de la gare deviennent dès lors déterminantes, ce qui favoriserait le District 55.

Mais malheureusement, on parle pour parler. Car on n'a pas de train dans lequel on pourrait embarquer. 

Le budget Morneau a refroidi, encore une fois, toutes nos ardeurs. On comprend que le rétablissement de ce fameux moyen de transport rapide, économique et écologique, qui placerait Trois-Rivières, la Mauricie et une partie du Centre-du-Québec à quelques sifflements de train de Québec et de Montréal n'est peut-être même plus pour après-demain.

Le président de Via Rail a beau en caresser le projet, il lui faudra constater que la grande mobilisation qu'il souhaitait derrière sa réalisation ne s'est pas produite.

Ce que le gouvernement du Québec attendait du budget fédéral, en termes de grands travaux d'infrastructure pour le Québec, c'était des investissements dans le REM (train électrique) et dans la prolongation de la ligne bleue du métro, pour Montréal et dans le Service rapide par bus pour Québec.

On n'a pas entendu un murmure de mécontentement de sa part parce qu'aucune mention, et encore moins d'engagement financier, n'ont été faits à propos d'un train de passagers Québec-Trois-Rivières-Montréal.

Depuis que l'idée d'un TGV a été écartée, le maire Régis Labeaume ne semble n'avoir plus que peu d'intérêt pour la liaison ferroviaire Québec-Montréal. À Montréal, Denis Coderre a bien d'autres priorités de transport. 

Ne reste finalement que Trois-Rivières, mais surtout la Chambre de commerce pour pousser le dossier dans l'espoir d'entendre un jour un chef de gare crier : All abord! Tout le monde à bord». 

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