Feu, l'appartenance commerciale

L'entreprise FX Lamontagne, qui vient de fermer ses... (Audrey Tremblay)

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L'entreprise FX Lamontagne, qui vient de fermer ses portes, avait pignon sur rue à La Tuque depuis cent ans.

Audrey Tremblay

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Mme Mélanie Ricard et Manon Côté, présidente et directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie du Haut-Saint-Maurice, ont exprimé cette semaine dans nos pages d'opinions le choc ressenti à l'annonce de la fermeture de FX Lamontagne, un commerce d'équipement de sport et de plein air.

On comprend que la communauté d'affaires de La Tuque ait été ébranlée en apprenant cette décision. FX Lamontagne, ce n'était pas un commerce ordinaire. L'entreprise avait pignon sur rue à La Tuque depuis cent ans. C'était une institution. Ça ébranle et cela peut être perçu comme troublant pour la suite des choses. 

C'est une illustration de plus de la situation qui prévaut dans ce secteur d'activités économiques, le commerce au détail, soumis à de rudes perturbations. 

On invoque bien sûr la montée du commerce en ligne pour expliquer en partie les fuites commerciales qui affligent les petits, et parfois plus gros commerçants qui opèrent hors des grands centres et qui détruisent inexorablement leur tissu économique. 

On n'a pas tort... en partie. À la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, mercredi matin, le PDG du Conseil québécois du commerce de détail, Léopold Turgeon a fait beaucoup état de cette nouvelle réalité et identifié comme grande menace pour les années à venir la fulgurante croissance d'entreprises internationales de vente en ligne comme Alibaba ou Amazon. 

Car ce ne sont pas les ventes au détail qui dépriment et qui rendent fragiles la vie des détaillants indépendants ou même sous bannières. Au contraire, les ventes au détail ont crû de 4,3 % au Québec en 2016, générant des ventes supplémentaires à l'année précédente de 4,6 milliards $. Un baume pour les finances du Québec, car cela signifie une rentrée de taxes additionnelles d'environ 400 millions $. 

En autant que ces taxes de vente puissent être perçues en totalité. Car il y a là un problème. Ils sont nombreux les grands patrons de la vente au détail à avoir déclenché la sonnette d'alarme depuis un an. 

Peter Simons, président des renommés magasins Simons, l'a fait en prévenant que si tout le monde ne fonctionne pas avec les mêmes règles, c'est un tsunami qui menace les commerçants classiques, même s'ils introduisent à peu près tous des facilités de vente sur le web et qu'ils le font avec les méthodes les plus modernes qui existent dans le marché. 

La dragonne Danièle Henkel, une femme d'affaires connue et admirée, dénonce elle aussi l'injustice et l'iniquité dans les affaires parce que les grands vendeurs étrangers sur le web ne paient pas de taxes d'affaires, d'impôt foncier sur des immeubles et surtout, n'ont pas à percevoir de taxes de vente de leurs clients. C'est déloyal.

On ne compte plus les grandes chaînes qui sont mortes au combat depuis deux ans. En privant l'État des revenus de la taxe de vente des hypermarchands en ligne, c'est la pérennité de nos services publics qui est mise en péril.

Dans le cas de FX Lamontagne, ce n'est évidemment pas le seul facteur et probablement pas la plus importante des raisons qui ont conduit son propriétaire à mettre la clé dans la porte de son entreprise centenaire.

Le même jour de la publication de la lettre ouverte des deux dirigeants de la Chambre de commerce et d'industrie du Haut-Saint-Maurice, le journal nous apprenait que le Groupe Brunelle, une famille d'affaires bien trifluvienne, allait procéder à l'agrandissement de son magasin Sports Experts, qui abrite deux autres bannières, Atmosphère et Hockey Experts, au centre commercial Les Rivières. Un agrandissement de trois millions de dollars. Les affaires vont plutôt bien pour eux.

Ce n'est pas seulement le dynamisme commercial qui est en cause pour des entreprises comme FX Lamontagne. 

Il y a depuis plusieurs années une délocalisation importante des habitudes de consommation intrarégionale qui n'est pas à l'avantage de nombreux commerçants... qui n'ont pas leur place d'affaires à Trois-Rivières.

La capitale régionale est en croissance modérée, mais continue depuis une décennie et exerce de plus en plus un fort pouvoir d'attraction sur le reste de la Mauricie, qui subit plutôt un grand ralentissement démographique, quand ce n'est pas un net recul. Sans compter que la population y est davantage vieillissante et les revenus comparatifs par personne de plus en plus faibles.

Trois-Rivières a bien joué ses cartes et on ne peut pas l'accuser de siphonner la région à son profit. 

En dehors du regain trifluvien, il y a d'autres éléments qui ont contribué à l'état des choses. 

Dans le cas de La Tuque, un de ceux-là qui est loin d'être négligeable, c'est la 155. À force de l'améliorer en adoucissant ses courbes, en prévoyant plus de zones de dépassement, en la rendant plus sécuritaire, on a fortement abaissé, d'au moins une demi-heure, le temps qu'il faut à un Latuquois pour «descendre» à Trois-Rivières... sans devoir mettre plus lourd le pied sur la pédale à gaz.

Il y a des dimanches après-midi où vous pouvez saluer plus de Latuquois dans les allées de Costco que sur Ducharme ou Saint-Joseph à La Tuque. Il y a même des autobus organisés qui les conduisent au Wal-Mart de Shawinigan, chez Costco à Trois-Rivières avec une bouffe au Buffet des continents avant de les ramener le soir en Haute-Mauricie. 

Les pertes commerciales sont lourdes et difficilement réversibles. C'est vrai pour La Tuque et pour les autres municipalités de la région. Sans compter qu'à La Tuque, avec la voie de contournement, on peut maintenant passer tout droit pour monter en forêt ou se rendre au Lac-Saint-Jean sans y bifurquer et sans s'y laisser tenter en passant par l'offre commerciale.

On le constate dans les statistiques. Les régions du Québec se désindustrialisent et se dépeuplent au profit des grands centres urbains et périurbains comme ceux de Québec et de Montréal.

Seules leurs capitales régionales résistent, mais en cannibalisant leur territoire pour ce qu'elles en peuvent.

Il faudra donc rappeler à Trois-Rivières, s'il lui arrivait de l'oublier, que puisqu'une bonne partie de sa vitalité économique est redevable au reste de sa région, elle doit développer plus de sensibilité à l'égard de celle-ci et ouvrir un peu plus largement ses goussets lorsqu'on le lui demande, dans certains dossiers.  

Coup de griffe

Il faudra bien choisir ses maires, cet automne. Car les villes salivent déjà à l'idée de ne plus avoir à se soumettre à des référendums citoyens pour se lancer dans des grosses dépenses.

Coup de coeur

Pour la liberté de presse. Sauf que pour cela, il faut que la presse existe et soit soutenue autrement qu'avec de belles paroles. Vous pouvez me citer auprès du PM Couillard.




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