Les mauvaises odeurs de schiste

Devrions-nous rentrer les enfants dans la maison et tirer les volets, tellement... (Sylvain Mayer)

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Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Devrions-nous rentrer les enfants dans la maison et tirer les volets, tellement le danger est à nos portes et qu'il apparaît aussi immense qu'inévitable?

«C'est une déclaration de guerre», s'est empressé d'alerter Serge Fortier, le porte-parole du Collectif moratoire alternative vigilance et intervention, quand il a appris qu'une entreprise albertaine, Questerre songeait à réaliser un ou deux forages exploratoires quelque part dans des terres qui lui seraient accueillantes de Bécancour ou de Lotbinière, il a sonné l'appel de ses troupes pour le combat de rue.

Le porte-parole du CMAVI a prévenu qu'il y aurait du grabuge, de la violence, que certains risquaient de «passer à l'acte» en plus de craindre quelques actes terrorisants venant de «loups solitaires» extrémisés sur lesquels son groupe n'aurait plus de maîtrise. 

Les groupes écologistes nous ont habitués à des coups d'éclat, mais de là à craindre qu'ils puissent fomenter presque une guerre civile pour empêcher un simple forage d'évaluation des potentiels de gaz de schiste, c'est peut-être exagéré.

On peut les comprendre, mais en même temps on peut espérer que le terrorisme menaçant de Serge Fortier ne restera que verbal.

C'est de bon ton et dans les règles du jeu de lever le ton et de s'exaspérer comme on l'a fait contre une telle perspective quand, après tant d'années d'interventions publiques pour contrer toute exploration et une éventuelle exploitation du gaz de fracturation, on croyait la partie jouée et gagnée. 

Qu'on assiste à quelques réactions épidermiques, c'est tout à fait acceptable.

Le président de Questerre, Michael Binnion, a bien cherché cette semaine à calmer le jeu en mentionnant qu'il y avait loin de la coupe aux lèvres et Québec de même, en précisant qu'on n'avait encore reçu aucune demande pour un tel projet pilote. C'est loin d'être suffisant pour rassurer les opposants.

Leur viscérale méfiance est justifiée. Si des dirigeants d'entreprises pétrolières et gazières ont toujours dans l'idée de retirer des hydrocarbures des basses terres du Saint-Laurent par fracturation hydraulique ou par injection d'acides et qu'ils sont totalement convaincus des potentiels réels de la ressource et de sa rentabilité, ce sera difficile de leur retirer de la tête l'idée d'aller de l'avant avec cette exploitation.

Pourquoi voudrait-on forer à titre simplement expérimental, se questionnent, en devinant bien la réponse, les écologistes. 

La question qui devrait pourtant se poser c'est: est-ce qu'une mise en valeur de cette ressource serait si catastrophique? Malgré toutes les prophéties de malheurs qui sont agitées, et qui produisent leur effet dans l'opinion publique, ce n'est pas certain que ce serait Apocalypse now, ni le drame collectif pour les Québécois qu'on nous prophétise.

Quand les premières informations que le sous-sol de la région, sur la rive sud, renfermait d'énormes quantités de gaz naturel, ont été diffusées, il y a une quinzaine d'années, cela avait été accueilli avec beaucoup d'enthousiasme, compte tenu des promesses de prospérité qui accompagneraient son extraction future.

On peut dire, sous l'effet des mobilisations des opposants et de leur habileté à occuper l'espace public, avec une attention médiatique acquise quasi inconditionnellement, que la perception générale a changé.

Plusieurs sondages l'ont démontré. L'essentielle acceptabilité sociale n'est pas là. Ce sont deux Québécois sur trois qui s'opposent à ce qu'ils considèrent comme étant du «gaz de shit». Et quand la ferveur populaire n'est pas évidente, les coulants politiciens s'alignent comme des girouettes à la recherche du vent dominant, sans égard à l'intérêt et à la réalité des choses. C'est plus facile de dire comme tout le monde.

Il y a pourtant des centaines de milliers de puits de pétrole et de gaz en exploitation aux États-Unis, une exploitation qui avait été encouragée par l'ex-président Barack Obama qu'on aime tant ici et qui avait généré l'autosuffisance américaine en hydrocarbures. 

C'est vrai qu'il y a eu des erreurs et que des dégâts ont parfois été causés à l'environnement. On parle quand même de cas marginaux, compte tenu du nombre considérable de sites en exploitation. 

C'est pernicieux de toujours laisser comprendre qu'au Québec, on serait incapable de faire aussi bien et même mieux qu'ailleurs. Si une bêtise a été commise quelque part dans le monde, on tient pour acquis qu'on la commettrait forcément ici, comme si on était les pires cancres de la terre, des préhistoriques sur le plan de la technologie et de la réglementation.

À moins qu'on ne veuille expliquer ainsi l'élection de Donald Trump, il est un peu douteux d'affirmer, comme l'a fait Nicole Racine, la porte-parole du Comité de citoyens responsables de Bécancour, que la fracturation hydraulique a «mis à mal la santé de la population» américaine. Il y a certes des cas documentés, mais ce n'est pas étendu à l'ensemble de l'Amérique, pas plus que toutes les eaux de surface ou souterraines sont devenues contaminées partout.  

On peut être contre l'utilisation des hydrocarbures et tendre, tant qu'on peut, vers les énergies alternatives. Il faut tout de même demeurer réaliste... et cohérent.

Le Québec consomme encore pour 10 milliards $ par année de produits pétroliers, importés d'outre-mer, venant de pays qui n'ont pas toujours de grands soucis environnementaux, menés par des dirigeants qui sont loin d'avoir nos valeurs et qu'on enrichit. Des produits transportés à bord d'immenses pétroliers qui polluent la planète. 

On importe aussi pour 2 milliards $ de gaz naturel de l'Ouest canadien, qui fait la fortune de l'Alberta et dont on se contente de quémander notre ration annuelle de péréquation.

En établissant des critères d'exploitation élevés, les plus sévères au monde si l'on veut, la société québécoise détiendrait un immense avantage, économique et social, à au moins s'autosuffire en hydrocarbures, puisqu'elle en a le potentiel.

Et accéder, si on aime les références, à un modèle idéalisé de société comme le sont devenus les Norvégiens avec leur off-shore. Reste l'acceptabilité sociale.

Coup de griffe

Il y aurait une solution infaillible aux problèmes de déneigement: tenir les élections municipales fin février ou début mars, plutôt qu'en novembre.

Coup de coeur

Pour Trois-Rivières, dans la mesure où elle devient intelligente. Enfin! Plus intelligente.




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