Le coeur doit continuer de l'emporter sur l'horreur

Il faisait frisquet, comme aujourd'hui, ce matin du... (Photo: Francois Gervais)

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Il faisait frisquet, comme aujourd'hui, ce matin du 11 février 2014.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE // Il y a des anniversaires qui ne devraient pas exister. Parce qu'ils n'ont pas de sens. Parce qu'ils nous font toujours mal.

On a beau vouloir les enfouir profondément, penser qu'on les avait oubliés, croire qu'on est passé à autre chose. C'est impossible.

Les événements sont toujours là. Et lorsqu'ils refont surface, tout cela remonte en nous en un instant de façon fulgurante et réveille les mêmes sentiments confus et la même incompréhension qu'ils avaient fait naître au moment où ils se sont produits.

C'est le cas de l'assassinat aussi gratuit que monstrueux par deux adolescents perturbés, de deux jeunes soeurs et de l'ami de l'une d'elles, encore dans l'adolescence, survenu il y a trois ans dans un secteur paisible du secteur Trois-Rivières-Ouest. Ce qu'on a appelé le triple meurtre de la rue Sicard.

On voudrait tous oublier, se convaincre que cela n'est pas vraiment arrivé, que cela ne pouvait se produire dans une ville d'un naturel paisible. Ce serait tellement plus simple. Tellement libérateur...  

Il faisait frisquet, comme aujourd'hui, ce matin du 11 février 2014. Une journée d'hiver sans histoires. Du moins, on le croyait. Mais il n'était pas 8 h le matin qu'un drame horrible venait de se produire. Une alerte désespérée d'une des jeunes victimes avait été logée dans les minutes précédentes au 9-1-1 et les policiers étaient accourus nombreux et en toute hâte sur les lieux. Il était déjà trop tard. L'horreur était là.

Plutôt que de monter à bord de leur autobus scolaire, deux garçons en fin d'adolescence avaient pris place dans un autobus de la ville en dissimulant sous leurs vêtements et dans des sacs des armes de chasse, mais aussi divers objets dont ils voulaient se servir pour infliger à leurs victimes d'atroces souffrances, mus par un instinct sadique pénible à admettre. 

On sait que des choses de ce genre arrivent parfois dans le monde. Il est difficile d'imaginer que cela puisse se commettre dans une communauté comme la nôtre. Comme il est impensable d'admettre que durant ce long trajet qui les mène du secteur Cap-de-la-Madeleine à cette résidence éloignée de Trois-Rivières-Ouest, les deux garçons n'aient pas eu le temps d'éprouver quelques hésitations ou quelques remords sur la morbidité de leur projet. «I'm dead inside» avait écrit dans les jours précédents l'un d'eux sur sa page Facebook. Là, ce n'était pas sa mort, mais celles d'innocents qu'il allait arracher avec son complice. 

On ne règle pas par des idées de torture et par des balles ses frustrations, même si cela vient d'une peine d'amour difficile à surmonter. Pas à ces âges: 16 et 17 ans. Pas quand on a toute une vie devant soi. Surtout, pas quand les vies qu'on enlève touchent des jeunes de son âge. C'est insensé. Même en perturbation intérieure, en rupture de société, habité d'un violent mal de vivre, comme on le fera valoir plus tard, causé ou accentué par les drogues. Cela n'explique même pas. Ça n'excuse d'aucune façon. 

Le choc a été brutal quand la nouvelle de l'ampleur du drame et de sa nature, qui s'est répandue à la vitesse d'un éclair, a été connue. Notre petite société a été secouée et plongée dans des sentiments mêlés de rage et d'incrédulité. 

Les événements nous reviennent comme un cauchemar qui s'obstine à vouloir réapparaître à tout moment. Parce que nous avons perdu ce jour-là, comme collectivité, un peu de notre innocence et beaucoup de nos illusions. On n'était plus mieux qu'ailleurs. 

Compte tenu de l'atrocité des actes commis, les deux jeunes meurtriers ont été condamnés à des peines d'adulte d'emprisonnement à vie qui ne les rendront pas éligibles à une libération possible avant dix ans. Ça ne répare rien et ça ne console même pas. 

L'esprit de vengeance qui a pu habiter dans les heures suivantes bien des gens n'existe plus. On a tous été affectés par l'irréalité de ce carnage. On espère avant tout que notre société en sorte plus humaine.

C'est à cela que nous avait conviés l'abbé François Doucet le jour des funérailles des «trois petits anges», qu'il officiait dans une cathédrale pleine à craquer. Une cérémonie émouvante, faite de musiques, de chants, de propos réconfortants, de sympathies sincères, de silences aussi. De silences qui exprimaient tout. Une cérémonie qui avait impressionné par sa sobriété et sa dignité.

C'était la réponse qu'il fallait apporter à l'absurdité d'une dérive humaine comme celle qu'on venait tous, avec les parents, les proches, les amis, de subir. 

Il fallait que le coeur l'emporte sur l'horreur. C'est ce qui est arrivé ce jour-là. C'est ce qui doit continuer de nous habiter, lorsque le souvenir de ce triste événement nous est restitué. Pour ne pas oublier. Pour vivre. Pour que ces trois petites vies volées aient un sens.

Le fil des événements

11 février 2014 

Peu avant 8 h, un appel de détresse est logé à la centrale du 9-1-1. Les policiers se rendent sur la rue Sicard et arrivent face à face avec deux adolescents. Kaven Sirois, 16 ans, et Cédric Bouchard, 17 ans, sont arrêtés avant que ne soient découverts les corps des trois victimes à l'intérieur de la maison. Dans la journée, on découvre les nombreuses publications morbides sur les pages Facebook des deux accusés.

12 février 2014 

Les deux jeunes arrêtés sont formellement accusés de meurtres au premier degré et de complot pour meurtre. La mère des deux soeurs assassinées et des policiers ont aussi été visés par le complot.

20 février 2014

Les funérailles des trois jeunes victimes du triple meurtre sont célébrées en la cathédrale de Trois-Rivières, devant 1500 personnes.

23 juin 2014 

Kaven Sirois plaide coupable d'avoir assassiné les trois jeunes victimes de la rue Sicard, d'avoir comploté leur meurtre, ceux de la mère des deux soeurs et ceux des policiers.

26 juin 2015 

Cédric Bouchard, âgé de 17 ans au moment des meurtres, plaide lui aussi coupable aux six accusations portées contre lui, avant la tenue de son procès.

30 octobre 2015 

Kaven Sirois écope d'une peine pour adultes. Il a été condamné à une sentence de prison à vie, sans possibilité de libération avant 10 ans.

18 février 2016 

Le lieu de garde de Kaven Sirois est déterminé par le tribunal: il restera à l'institut Philippe Pinel jusqu'en 2020 pour ensuite être transféré dans un pénitencier jusqu'à la fin de sa sentence.

6 mai 2016 

Kaven Sirois porte officiellement sa cause en appel. La requête pour permission d'en appeler est finalement déférée à un banc de trois juges de la Cour d'appel.

13 mai 2016 

Le juge Raymond W. Pronovost condamne Cédric Bouchard à une peine pour adultes. Il devra purger une sentence à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans.

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