Aubin-Lévesque: beau combat, mais à venir

Jean-François Aubin lors de l'annonce de sa candidature.... (Stéphane Lessard)

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Jean-François Aubin lors de l'annonce de sa candidature.

Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce serait exagéré de conclure que l'annonce de la candidature du conseiller municipal Jean-François Aubin à la mairie de Trois-Rivières a été reçue dans une espèce d'indifférence générale.

Mais celle-ci n'a pas, ou pas encore, suscité un véritable débordement d'enthousiasme. Ce n'est certainement pas parce qu'elle manque d'intérêt et que l'homme n'a pas ce qu'il faut pour prétendre à occuper la fonction de maire, mais admettons que la confirmation de cette entrée dans la bataille est tombée à un bien mauvais moment.

Tout le Québec, et les Trifluviens n'ont pas échappé au mouvement, était au même moment fortement secoué par la tuerie de Québec. Un événement qui a pris une ampleur internationale et qui a retenu sans discontinuer depuis l'attention médiatique.

Il ne restait plus beaucoup de place pour quoi que ce soit d'autre dans les échanges au quotidien des citoyens, comme entrés en deuil national.

Il y a aussi que même s'il y a un certain grenouillage électoral qui s'est amorcé, qu'on commence ça et là dans les secteurs à supputer ses chances et à faire connaître des intentions, on est loin à Trois-Rivières d'être entré en effervescence politique.

La fièvre électorale n'est probablement même pas encore montée d'un degré. Ce n'est d'ailleurs pas la récente livraison des comptes de taxe qui, par le plus grand des «hasards», étaient en hausse opportunément modeste, aurait pu être de nature à déclencher si hâtivement les hostilités.

Soulignons aussi que jusqu'à ce qu'il y a peu, l'absence de véritables turbulences au sein du conseil municipal, sans comparaison avec ce qui avait été vécu dans les mandats précédents, n'avait pas vraiment non plus mis la table au déclenchement de la bataille à la mairie. On a ronronné pendant quatre ans. Ce n'est pas quelques jets d'eau devant l'amphithéâtre qui ont pu javelliser Yves Lévesque.

C'est donc dans ce contexte hivernal et presque indolent frappé d'un grand détournement de l'actualité que Jean-François Aubin a annoncé qu'il fera la lutte au maire sortant. Ce n'est pas parce que ce dernier manque d'opposants dans la ville qui s'impatientent de le voir déboulonner et qui se morfondaient déjà à la perspective de ne pas lui dénicher un adversaire de taille qu'il y avait urgence de satisfaire leur appétit de renversement. Leur impatience aurait été mieux servie si Aubin avait fait durer le suspense au point que leur inquiétude de demeurer orphelin de candidat se soit transformée en anxiété dévorante.

Disons qu'on a peut-être soulagé un peu tôt les adversaires du maire, ce qui entraîne le risque d'une mobilisation molle de leur part.

En fort déficit de notoriété par rapport à Yves Lévesque, Aubin n'avait probablement pas le choix d'amorcer immédiatement sa campagne électorale. Il s'accorde neuf mois de bataille de terrain, le temps d'une gestation normale, pour se faire mieux connaître, diffuser ses idées et sa vision de la ville, structurer une organisation électorale efficace et s'assurer d'appuis dans tous les secteurs de la ville, parfois à travers des candidatures à des postes de conseillers. Et prévenir toute autre candidature de niveau à la mairie.

Certes, il peut y avoir d'autres personnes qui manifestent de l'intérêt pour la mairie, comme celle déjà annoncée d'Adis Simidzija, un nom bien difficile à retenir et à prononcer, qui apparaît pour l'instant marginal. Mais dès lors qu'Aubin est confirmé, il n'y a plus de place pour une autre candidature sérieuse, sans ruiner les chances de l'un et de l'autre par une inévitable division du vote.

Le défi reste de taille pour Aubin, mais loin d'être insurmontable. Du moins mathématiquement. 

Aux élections de 2009, dans une lutte à deux, en canalisant tout le vote de mécontentement, l'architecte André Carle avait obtenu 45 % des suffrages. À l'élection de 2013, Sylvie Tardif avait recueilli un peu plus de 31 % des voix. Mais avec cinq adversaires à Lévesque, le vote d'opposition s'était fracturé, principalement en raison de la présence d'une autre conseillère municipale sur les rangs, Catherine Dufresne, pourtant jusque-là alliée du Groupe des 7. Elle avait détourné en sa faveur 14 % d'un vote d'opposition qui aurait dû, en théorie, tomber du bord de Sylvie Tardif. Ce qui lui aurait conféré 45 % des suffrages. Insuffisant pour lui apporter la victoire, mais pas loin.

On peut donc en principe tenir pour acquis que la base de vote sur laquelle Aubin peut se fonder se situe elle aussi à 45 %. 

C'est loin d'être négligeable. Quelques déplacements de l'électorat et la victoire devient possible.

Sauf qu'Yves Lévesque dispose d'un bloc de votes assez solide, quasi imperméable aux critiques qu'on peut entretenir à son endroit. Mais qui s'effrite un petit peu à chaque élection, au point que ses appuis sont descendus sous la barre critique des 50% en 2015.

Dans une lutte polarisée à deux, ce n'est pas sans risque pour lui. 

À moins que celui-ci puisse profiter d'un certain regain de popularité.

Ce qui n'est pas impossible, mais assez rare en politique.  

Il y a quand même que les trois dernières années ont été plutôt calmes à l'hôtel de ville. Sauf en quelques occasions, entre autres dans le dossier de la fluoration de l'eau, un dossier qui a été réglé, les tempêtes citoyennes se sont faites rares. Ce qui a décanté l'esprit d'opposition et peut-être une partie de la mobilisation électorale des adversaires, devenus plus résignés que combatifs.

L'année électorale ne sera pas non plus mauvaise pour Lévesque. Il y a beaucoup de bonnes nouvelles économiques à venir comme la construction du centre de congrès et la bonification de l'offre hôtelière au Delta, la mise en chantier du colisée, le déblocage prévisible du District 55, quelques bons spectacles à l'amphithéâtre, plus de pavage dans les rues et même, qui sait, des jets d'eau qui parviendraient à éblouir des récalcitrants... sans compter, question d'apaiser le feu des ulcères de contribuables, l'exposition rassurante du nouveau thermomètre de la dette descendante.

Quelques semaines encore et on verra bien poindre un peu plus de chaleur électorale.

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