Quand le «zen» de la «ZEN» se dézène

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.... (François Gervais)

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Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois n'est pas allé jusqu'à péter sa coche, mais pas loin.

«Ça ressemble plus à du pillage régional», s'est-il emporté cette semaine, quand le ministre responsable du Centre-du-Québec, Laurent Lessard est venu annoncer une aide de deux millions $ puisée dans le Fonds de diversification économique pour soutenir des investissements de 20,3 millions $ par une dizaine d'entreprises du territoire.

Ce n'était pas une flèche lancée à l'endroit du ministre, mais l'expression de son irritation au fait qu'à Victoriaville et Drummondville, on tente de s'approprier les 100 millions $ non encore utilisés dans le fonds et qui sont réservés à Trois-Rivières et Bécancour.

Pour tenter de compenser la brutale fermeture de la centrale Gentilly-2 et les dégâts économiques qui allaient en découler, l'ancien gouvernement péquiste avait choisi de constituer un fonds compensatoire de 200 millions $, dont les trois-quarts seraient réservés à Trois-Rivières et Bécancour, les 50 autres millions $ étant disponibles pour des projets industriels dans le reste du Centre-du-Québec et de la Mauricie.

À ce jour, les entreprises de Trois-Rivières et de Bécancour ont utilisé 50 des 150 millions $ qui leur étaient destinés alors que la réserve pour le reste du Centre-du-Québec et de la Mauricie est épuisée.

Victoriaville et Drummondville veulent en conséquence s'approprier les 100 millions $ qui restent au fonds. On n'a pourtant jamais compris que ces deux villes aient pu constituer l'épicentre des problèmes économiques entraînés par la mise au rancart de la centrale nucléaire. 

Cela fait un peu carnassier de leur part. Mais il en est de même depuis le début. L'ancienne mairesse de Drummondville, Francine Ruest, qui salivait à l'institution de ce fonds, rêvant tout haut d'en accaparer la plus grosse part, avait même demandé l'exclusion de Trois-Rivières et de la Mauricie de la compensation.

Cette nouvelle offensive de voracité révèle une fois de plus l'inconfort dans lequel évolue Bécancour à l'intérieur d'une région administrative où elle a peu de liens et d'intérêts communs avec les deux villes-pôles que sont Victoriaville et Drummondville.

Bécancour n'est pas bien dans sa peau régionale, mais elle ne le serait pas totalement non plus avec la Mauricie, si elle y était rattachée. Ce qui l'avait tentée lors de la division de l'ancienne grande région Mauricie-Centre-du-Québec en deux régions distinctes. «D'un côté comme de l'autre, on est toujours sur le bout de la planche», reconnaît Dubois.

Par contre, Bécancour se trouve très à l'aise avec Trois-Rivières. On a vu un rapprochement très ouvert et très marqué entre les deux villes depuis quelques années. On partage le même espace socioéconomique. Ce qui est bon pour l'un l'est aussi en général pour l'autre. On y respire le même air, à beaucoup d'égards. 

Ce qui a entraîné Bécancour à adopter parfois une position favorable à Trois-Rivières sur un certain nombre de dossiers où cette dernière pouvait être en conflit d'intérêts ou en rivalité avec le Centre-du-Québec.

On peut penser au futur train à grande fréquence que le Centre-du-Québec souhaitait voir passer au sud de l'autoroute 20, avec escale à Drummondville, plutôt que sur la rive nord, avec arrêt à Trois-Rivières. L'intérêt de Bécancour pour Trois-Rivières était facile à comprendre.

On l'a aussi vu dans le dossier du CIUSSS, qui couvre les deux régions et dont le siège social est situé à Trois-Rivières. Ça ne passe pas à Victoriaville et Drummondville, mais Bécancour n'a pas fait partie du choeur des protestataires.

Ce qui avait d'ailleurs valu une fielleuse sortie contre Jean-Guy Dubois de la part du maire Alexandre Cusson de Drummondville qui l'a accusé d'avoir Trois-Rivières comme «maîtresse», de préférer s'associer à une «ville en déclin» plutôt qu'à sa ville, la «capitale du développement». «Bien faire et laisser braire», s'était alors simplement contenté de commenter, en philosophie zen, le maire de Bécancour.

Ces invectives n'ont pas empêché Jean-Guy Dubois de poursuivre son «flirt» avec Trois-Rivières, se tenant cou par le cou avec Yves Lévesque lors de l'inauguration de la navette fluviale estivale qui remporte beaucoup de succès et même de partager la responsabilité du développement économique de sa ville avec IDE-Trois-Rivières au sud.

Trois-Rivières et Bécancour se décrivent d'ailleurs comme faisant partie d'une région commune qui n'est pas la 04 ou la 17, peut-être la 417, qu'on a judicieusement mais aussi unilatéralement baptisée la ZEN, zone économique naturelle.

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