Grand rêve ou grand rêveur?

Le président des États-Unis, Donald Trump, et la... (Agence France-Presse)

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Le président des États-Unis, Donald Trump, et la première dame  Melania lors de la parade inaugurale.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il sera facile d'y voir un signe révélateur de l'état d'esprit chagrin de la planète, ou d'une grande partie de celle-ci.

Quand le 45e président américain, Donald John Trump, s'est avancé à la tribune de la Maison-Blanche vendredi midi pour y prononcer son premier discours officiel, le ciel bas et gris qui avait couvert jusque-là les orateurs précédents s'est mis à déverser une fine pluie. 

On pourra y voir toutes les prémonitions célestes sur le règne américain qui s'amorce avec sa grandiose promesse de rétablir la grandeur de l'Amérique, perdue semble-t-il quelque part dans le temps, on ne sait juste où ni comment. On n'en est pas à un superlatif près.

La vérité est, qu'outre ces bruines de larmes, la terre ne s'est pas ouverte en deux hier midi, qu'elle n'a pas été prise de spasmes fulgurants, ni même décrochée le soleil là où il trônait déjà.

Oui, la terre a continué de tourner et elle ne va pas s'arrêter de le faire parce que les Américains ont porté à la tête de leur pays un chicanier universel qui promet de sauter dans toutes les arènes mondiales où cela lui apparaîtra nécessaire pour «Make America Great Again».

Don Quichotte ou grand maître de l'illusion, on ne sait plus trop. On verra. On peut penser qu'il va se calmer, d'une façon ou d'une autre. Il faut quand même savoir qu'un président américain, pour aussi puissant qu'il puisse être dans le monde, dispose pour mener à terme ses projets de moins de pouvoirs qu'un premier ministre du Canada.

Alors, Donald Trump pourra bien s'engager dans quelques querelles dont il aura le goût, vouloir construire des palissades, repousser à la mer les immigrants, allumer des feux avec les textes papier des ententes internationales, comme l'ALENA, chercher à aller au bout de ses frondes, il y aura beaucoup de pare-feux devant lui pour limiter ses dégâts potentiels. 

D'autant que pour impériale l'allure qu'il veut donner à sa personnalité d'hyperégo, Trump ne pourra oublier qu'il n'a pas été élu avec la pluralité des voix exprimées, mais simplement en vertu du système particulier du scrutin américain où ce sont les États, par le biais des grands électeurs, qui élisent les présidents.

Ça doit, ou ça devrait lui amener une petite gêne d'avoir été élu avec près de 3 millions de votes de moins qu'Hillary Clinton, qui souffrait pourtant d'un grave déficit de popularité. Ç'aurait dû induire chez lui un peu de modestie dans son triomphe et de réserve dans ses intentions. 

On comprend que ça ne s'est pas rendu jusqu'en dessous de sa coiffe blonde. Si les garde-fous intérieurs que devraient normalement constituer le congrès ou le sénat, même s'ils sont dans les deux cas à majorité républicaine, n'opèrent pas, c'est la rue qui voudra imposer sa raison.

Depuis l'élection de Trump, les manifestations populaires se sont multipliées dans plusieurs grandes villes américaines et cela ne semble pas sur le point de s'arrêter. Trump, on le sait, veut faire appliquer immédiatement quelques-unes de ses promesses électorales les plus explosives. Il n'est pas différent en cela de bien des présidents ou premiers ministres fraîchement élus. 

En dépit d'une légitimité électorale qui est loin d'être parfaite, il n'a d'autre part pas à appliquer le programme de ses adversaires politiques défaits. Si une si grande masse d'électeurs américains est parvenue à le faire élire président, c'est que ses propos de campagne électorale leur correspondaient, au moins dans l'esprit, si ce n'est dans les détails.

Le drapeau international de la démocratie n'avait pas à être mis en berne hier parce qu'on assermentait Trump comme président. 

Au contraire, si un tel homme a pu devenir président des États-Unis, c'est que le vote de tout citoyen, peu importe si ce dernier apparaît rustre, sommaire, rétrograde dans ses convictions aux yeux de l'intelligentsia, a le même poids dans l'urne que celui du voisin. Elle est là, la justice démocratique.

On le sait. C'est beaucoup le petit peuple américain qui a voté pour Trump. Ce petit peuple besogneux, mais sans voix représentative sur les grandes scènes politiques, frustré de la perte d'un passé ouvrier plus glamour, qui s'est exprimé à sa façon. Un petit peuple qui se dit qu'il n'a plus grand-chose à perdre de toute façon et que le risque Trump, dans les circonstances, n'est pas si élevé.

Qu'on ne s'inquiète donc pas trop. Ce même petit peuple a les capacités de réagir, si les rêves qu'on lui a proposés tournent au cauchemar. 

Et puis, il y aura le monde pour redresser une Amérique qui voudrait sombrer dans des délires totalitaires et excessivement nationalistes. Trump peut bien défier la Chine, le Mexique, l'Europe, le monde arabe, le Canada sans doute et probablement bientôt l'Amérique du sud, bref presque le reste du monde à l'exception peut-être de la sainte Russie, c'est beaucoup de fronts en même temps.

Le repli sur soi a ses limites et une nation commerçante comme les États-Unis ne peut être gagnante en tout et tout le temps; en écrasant qui elle veut. 

Maintenant, après quelques décennies de mondialisation des affaires, il est probablement temps de s'imposer un petit temps d'arrêt et de ré-analyser l'ensemble des rapports actuels. Nos sociétés avancées se sont imposées avec le temps des masses de réglementations de toutes sortes qui alourdissent leurs fonctionnements et réduisent leurs capacités concurrentielles. Tout le monde est sur le même terrain de jeu, mais tout le monde ne joue pas avec les mêmes règles. 

Il y a du ménage à faire et c'est ce qu'un président comme Trump est susceptible de réaliser. En ce sens, il pourrait exercer une influence positive sur le monde, car on ne le laissera pas partir tout seul avec le ballon.

On va quand même prendre notre temps avant de lui consentir l'absolution sans confession et de se faire teindre les cheveux en blond-orangé. On est encore loin de l'admiration. Que Trump veuille rendre à l'Amérique sa grandeur, pas de problème. Mais on ne se fera pas pour autant petit, tout petit.

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