Le «pot» et le moral régional

Pendant que les politiciens, avec une rare unanimité, rappelaient que la loi,... (123rf)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pendant que les politiciens, avec une rare unanimité, rappelaient que la loi, c'est la loi, que les policiers se demandaient quand et comment ils allaient intervenir, mais qu'un grand nombre d'adeptes étaient tout joyeux, il y avait des pushers qui grognaient fort.

On peut comprendre ces derniers. Pour eux, l'interminable file aux portes de Cannabis Culture pour se procurer du «pot» facile signifiait des pertes de business. Pas bon pour les affaires et un premier signal de ce qui attend leur lucratif marché quand la loi fédérale légalisant la vente et la consommation de marijuana va entrer en vigueur, dans un an ou deux.

Remarquez que beaucoup de ces travailleurs de rue autonomes envisagent cette mauvaise perspective avec un peu de philosophie. Ils ont encore du temps devant eux et pour peu que le prix au détail du pot légal, avec ses contrôles et ses taxes, soit élevé, ils se disent que leur marché clandestin a encore un certain avenir, comme cela se passe avec les cigarettes de contrebande, les cigarettes «à plumes» comme on dit.

Il reste que vue d'un certain angle, la légalisation du pot pourrait porter un dur coup à l'économie régionale. Car les producteurs et les revendeurs d'aujourd'hui risquent quand même de perdre une grosse partie de leur gagne-pain actuel.

C'est que dans la région, du moins pour ce qui touche à la production, on n'est pas mauvais dans cette spécialité agricole. Les grandes terres de la rive sud, qui s'étendent entre la rivière Nicolet et la Saint-François ont déjà été décrites comme la «petite Colombie» du Québec. Les beaux champs de maïs à perte de vue dissimulent souvent de prospères plantations de marijuana. 

On y possède une bonne expertise. Mais elle ne se limite pas aux zones agricoles. Même en milieu urbain, dans certaines rues de quartiers populaires de Trois-Rivières, entre autres, les talents de cultivateurs ont souvent été révélés par les saisies de plantation nombreuses effectuées dans des résidences. Culture hydroponique ou en pots, avec engrais bien dosé et éclairage artificiel, au led maintenant pour ne pas être trahi par une consommation d'électricité explosive, on s'y connaît.

Est-ce qu'on est plus consommateurs ici qu'ailleurs? Difficile à dire. 

Il faut probablement une certaine euphorie générale pour se bercer comme on le fait dans l'illusion que tout va merveilleusement bien, qu'on fait même l'envie, comme on le fait miroiter à Trois-Rivières, de tous ces visiteurs ébahis qui s'arrêtent à un moment dans la ville.

On ne niera pas qu'on puisse dégager une apparente douceur et qualité de vie. Mais...

Il faut quand même quelques volutes pour voir en rose le ciel économique dans lequel on plane. Ça prend quelques fois de bons «buzz», du gros THC. L'Institut québécois de la statistique est venu nous le rappeler brutalement cette semaine avec la publication de son nouvel Indice de vitalité économique. Alors que l'on croyait Trois-Rivières, avec tous les projets d'investissement annoncés, partie sur un «high» exemplaire, que le bonheur économique était entré dans nos gênes, on découvre que dans les villes de 100 000 habitants et plus, la ville arrive au Québec au 10e et... dernier rang, avec un taux anémique de 1,6, tout juste après Montréal, mais aussi après des capitales régionales comparables comme Saguenay ou Sherbrooke, qui fait plus que trois fois mieux sans être dans le peloton de tête.

Tant qu'on se compare entre nous, ça va. Car on comprend que pour l'ensemble de la Mauricie, c'est loin d'être mieux. On se surprendra d'apprendre, malgré tous les efforts déployés au cours des dernières années, que Shawinigan est classée par l'Indice de vitalité, au 35e rang des 43 villes et municipalités de la Mauricie, avec un indice négatif de 6,1. Sur le plan national, c'est encore plus que reculé par le tonnerre.

Il faut un dernier dans la région et c'est Notre-Dame-de-Montauban (-15). Il y a quand même pire à certains endroits du Québec. Il faut aussi un premier et c'est... Saint-Maurice, aux portes de Trois-Rivières, avec un indice positif de 9,3. Il doit y avoir là un boom économique qui nous a échappé.

Saint-Maurice est suivie de Saint-Boniface (+6), aux portes de Shawinigan et de Saint-Étienne-des-Grès (+6), entre Trois-Rivières et Shawinigan. C'est à se demander si ces municipalités n'ont pas fait un bon coup en évitant les fusions. On avait longtemps hésité avant d'exclure Saint-Maurice de la fusion municipale de Trois-Rivières et Saint-Boniface de celle de Shawinigan. On avait aussi envisagé un tel scénario pour Saint-Étienne. Le problème était alors de déterminer si on rattacherait la municipalité à Trois-Rivières ou à Shawinigan.

Car en dehors de Trois-Rivières et son très faible taux de vitalité économique positif, toutes les autres villes de la Mauricie accusent un déficit à cet égard: moins 3 à La Tuque, moins 3 à Saint-Tite et même moins 8,7 à Louiseville. 

Évidemment, l'Indice de vitalité de l'Institut québécois de la statistique ne peut prendre en considération dans l'ensemble des facteurs qui établissent sa grille cette économie régionale champêtre produite par la culture et la vente de la marijuana. Ni les effets euphorisants que celle-ci pourrait induire dans les cerveaux d'une bonne partie de sa population, en général.

On aurait d'ailleurs peut-être là un début d'explication avec le fait que malgré toutes les démoralisantes statistiques sur leur vitalité économique comparée, Trois-Rivières et Shawinigan se hissent régulièrement dans le Top Ten de l'Indice du bonheur des villes québécoises et que même Statistique Canada, selon un sondage, a classé Trois-Rivières au 2e rang des villes où les gens se proclament parmi les plus bienheureux du Canada. 

Compte tenu de notre savoir-faire régional, «l'herbe» serait-elle en cause? La question se pose.

Coup de griffe

Est-on en train de préparer une nouvelle populaire série de téléréalité Snyder-PKP qui serait intitulée: Deux harcelés psychologiques? Kleenex non compris et non nécessaires.

Coup de coeur

Pour toutes ces hausses légères de nos taxes municipales, qui arrivent par le plus grand des hasards avec l'année des élections. Au fait, l'inflation en 2016, c'est 0,6 %.

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