On aiguise les couteaux pour la mairie de Trois-Rivières

Yves Lévesque... (Archives Le Nouvelliste)

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Yves Lévesque

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si on avait, au lendemain d'un scrutin électoral quasi hégémonique de la part du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, enterré la hache de guerre au sein de la table du conseil municipal, on a découvert cette semaine qu'elle n'avait probablement pas été enfouie très profondément.

L'harmonie d'apparat qui a régné au cours des trois dernières années se dissipe peu à peu. On est maintenant à moins d'un an du prochain affrontement électoral et si les jeux ne sont pas encore abattus, on ouvre déjà quelques cartes.

Personne n'a été dupe des desseins qui se cachaient derrière la volte-face du maire Yves Lévesque de renoncer au projet pourtant très avancé de fluorisation de l'eau potable dans la ville. 

Ce n'est pourtant pas le genre d'homme, comme on l'a connu jusque-là, à céder à la pression populaire quand il a une idée en tête. Il a simplement compris qu'il lui était inutile d'entretenir un grand pan de contestation, la seule bien structurée en ce moment, quand on se propose de séduire l'électorat trifluvien pour une cinquième fois. 

Même si, déçu, le directeur général du CIUSS, Martin Beaumont s'est questionné là-dessus,  suggérant par le fait même que ça pouvait être le cas, il est clair que la manoeuvre était fortement colorée de teintes électoralistes. 

Yves Lévesque a compris qu'il n'avait rien à gagner en termes de votes l'an prochain à implanter le programme de fluoration de l'eau, mais qu'il allait assurément en perdre en l'imposant, compte tenu de l'ampleur d'une mobilisation antifluor qui refusait de baisser les bras. Le mouvement risquait de s'élargir en canalisant l'ensemble de l'opposition politique.

Il n'y a pas de risques à prendre, rien n'est jamais assuré. Même si c'est le conseiller François Bélisle qui triomphait de la décision municipale, le premier bénéfice dans les urnes reviendra à Yves Lévesque, en éliminant une confrontation improductive politiquement. 

Comme si ce n'était pas assez, pour en rajouter sur le tas, il a déjà promis, avant même que l'étude du budget ne soit terminée, que les contribuables trifluviens vont être «contents, contents». 

La hausse de leurs comptes de taxes de 2017 va être petite, toute petite, lilliputienne. C'est toujours comme ça quand on se prépare pour les élections. Dommage qu'on n'ait pas un tel scrutin à chaque année. Le portefeuille des pauvres  pourvoyeurs de fonds municipaux ne s'en trouverait que mieux garni.

Le maire semble  impatient à mettre la table en prévision des élections. Pour couper l'herbe sous le pied à un ou des futurs opposants?

Il devait sentir la voie assez libre, car il a fait savoir il y a plus d'un mois déjà qu'il serait de nouveau sur les rangs en novembre 2017.  C'est l'annonce la plus précoce de sa carrière à la mairie de Trois-Rivières.

La dernière fois, il avait longtemps hésité avant de se décider. Il se méfiait d'une lutte à un contre un avec la conseillère Sylvie Tardif. Quand il a vu qu'une autre conseillère, Catherine Dufresne, pourtant du groupe de dissidents des Sept, s'y engageait à son tour, il a compris que la fenêtre victorieuse venait de s'ouvrir. Il aura eu finalement cinq adversaires, le bonheur électoral. 

Yves Lévesque n'est pas indélogeable à la mairie de Trois-Rivières. Mais ça reste un gros morceau à déplacer. Avec le temps, en politique, on finit par accumuler plus de frustrations citoyennes que de marques de reconnaissance. Sans compter la lassitude populaire et une inévitable baisse de l'ardeur partisane. 

Habitué aux indices élevés de popularité, qui ont été jusqu'à dépasser les 70 % dans ses premières années d'exercice, l'homme a réalisé toute la fragilité de son oeuvre à l'élection de 2009, quand à l'issue d'une lutte à un contre un avec l'architecte André Carle, il avait vu fondre ses appuis à moins de 55 %. Un virement des voix de simplement 3 % et c'en était fait de lui.

Aux dernières élections, il a même glissé sous la barre des 50 %. Il y a donc plus de citoyens qui ont voté contre lui que pour lui. 

Pour l'instant, on ne sent pas de montée de fièvre électorale comme on en avait connu une en 2013. On ne voit pas de colonne de volontaires s'aligner pour aller au combat municipal. Mais ça commence à bouger.

La protestation du conseiller de Marie-de-l'Incarnation, Jean-François Aubin, contre l'aménagement d'une fontaine, devenue jeux d'eau, sur l'esplanade de l'Amphithéâtre Cogeco, dissimule des intentions. S'opposer au «bébé» du maire qu'est l'amphithéâtre, c'est forcément révélateur de quelques arrière-pensées. 

Il se murmure déjà assez fort dans la ville que le conseiller municipal analyse ses chances de succès, advenant qu'il fasse le saut à la mairie. 

Assez dépensé pour l'amphithéâtre, s'est-il choqué. Il est vrai qu'on dépasse maintenant les 60 millions $ pour l'équipement et tous les frais inhérents qui s'y sont rattachés. On pourrait dire qu'à ce compte, 1,8 million $ de plus en dallage et en genre de Manneken-Pis, ça ne fera plus une grosse différence au total. On est habitué de payer.

N'empêche que le point de vue de Jean-François Aubin a vite été repris par une partie de la population. Elle a servi d'occasion, ou de prétexte, pour critiquer de nouveau ouvertement un maire qui voguait jusque-là sans vent contraire. Elle a aussi fait percevoir le conseiller comme ce brave que l'on cherchait désespérément pour affronter Yves Lévesque.

L'animateur Robert Pilotte, au 106,9 FM, a bien tenté de lui arracher une confession dans ce sens. Aubin a résisté, mais avec son non-dit, il n'a convaincu personne qu'il n'étudiait pas l'affaire.

Ajoutez à cela les lettres d'opinion dans Le Nouvelliste qui réclament un adversaire au maire sortant ou qui expriment une grogne de moins en moins sourde à son endroit, et on pourra s'entendre qu'après la dinde du temps des Fêtes, la joute électorale sera bel et bien déclenchée.

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