1976: l'élection d'un peuple

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René Lévesque prend la parole à la suite de la première victoire électorale du Parti québécois, le 15 novembre 1976

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans un texte diffusé vendredi pour souligner les 40 ans de l'élection au Québec d'un premier gouvernement du Parti québécois, l'ex-première ministre Pauline Marois attribue une grande partie de sa défaite électorale de 2014 au fait quelle n'ait pas indiqué avec suffisamment de clarté que son gouvernement ne tiendrait pas de référendum durant le mandat qui allait suivre.

C'est vrai qu'il ait persisté dans l'opinion publique d'alors une grande ambiguïté sur les intentions réelles de son parti à cet égard.

Le point en l'air de sa célèbre recrue Pierre Karl Péladeau n'avait fait que contribuer à renforcer cette impression.

On reconnaîtra dans l'analyse qu'en fait aujourd'hui Mme Marois, avec un certain recul, une grande lucidité. 

Il faut quand même y voir un terrible aveu dans la reconnaissance que près de 50 ans après la fondation du parti et 40 ans après l'arrivée au pouvoir d'un premier gouvernement résolument souverainiste, l'idée de faire du Québec un pays souverain n'ait plus suffisamment de rentabilité électorale pour espérer faire élire un gouvernement péquiste.

Il faut se positionner dans la perspective de simplement former un bon gouvernement, ou d'arriver à convaincre l'électorat qu'il en sera ainsi, pour pouvoir éventuellement brasser quelques cartes à saveur souverainiste, sans que le projet ne finisse pour autant par être formellement priorisé.

C'est vrai qu'après la défaite référendaire de 1980, René Lévesque avait fait réélire avec éclat son bon gouvernement, qui était allé jusqu'à endosser le beau risque fédéraliste que lui proposaient les conservateurs de Brian Mulroney.

À l'exception du passage de Jacques Parizeau, le Parti québécois s'est toujours réfugié derrière cette proposition présumément rassurante, assortie d'une inévitable affirmation nationaliste, mais pas résolument séparatiste. Un gouvernement d'alternative.

On pourra bien sûr invoquer qu'avec sa souveraineté-association, un genre de fédéralisme à reconstituer, une main qui restait tendue à l'endroit du Canada, et la formule d'étapisme qui avait été retenue pour y arriver, le fondateur du Parti québécois apparaissait lui-même d'une certaine ambiguïté sur la question, tiède, même s'il tenait un discours très persuasif sur ce que devait devenir le Québec, souverain.

Mais comme il serait aujourd'hui sacrilège de mettre en doute la profondeur de ses convictions, on s'en tiendra à suggérer qu'il n'était pas aussi fondamentaliste que purent l'être Pierre Bourgault ou Jacques Parizeau.

Cela n'empêche pas que l'élection de 1976 ait été de loin la plus marquante de l'histoire politique des cinquante et même soixante dernières années au Québec.

Elle avait eu un caractère révolutionnaire dans ce sens qu'elle marquait un changement de monde avec l'installation au pouvoir d'une nouvelle génération, celles des boomers. Elle était surtout porteuse des plus grands espoirs que puisse entretenir un peuple. Il n'y a pas de plus grand projet de société qui puisse être proposé que celui de se donner un pays.

On n'avait pas vu d'affirmation québécoise aussi prononcée, viscérale même dans ce cas-ci, depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage. Il faut dire qu'on mettait en 1960 un terme à quinze ans de domination conservatrice au Québec et que le slogan libéral de Maîtres chez nous, avec les réformes qui s'y rattachaient, avait plus de résonnance que le «Donnez-nous notre butin» de Maurice Duplessis et son Union nationale.

Lévesque avait lui aussi une «équipe du tonnerre» qui avec l'élection de 1976, sa nouvelle jeunesse au pouvoir et un projet collectif foncièrement identitaire, allaient sortir le Québec de son provincialisme encore un peu bonhomme pour le propulser à un rang de grand état moderne. 

Un nouvel esprit québécois, sûr de lui-même, conquérant, a émergé. L'élection de 1976 a changé l'homme québécois, peu importe son allégeance politique, souverainiste, fédéraliste, de sensibilités de gauche ou de droite. Elle a radicalement transformé le Québec.

Pas au point cependant que cette nouvelle société sans complexe ose se rendre au bout de ses prétentions, même si cela a failli se produire au référendum de 1995. Un soubresaut auquel se rattache un dernier groupe de résistants qui rêvent de reproduire l'exploit, avec quelques points de plus dans l'électorat.

Mais on le voit. Les espoirs réactualisés d'accession au pouvoir du Parti québécois passent aujourd'hui par le caviardage de l'article premier de sa constitution. Son ciment. Il suffit cependant de regarder les résultats des élections depuis vingt ans pour constater que la popularité du parti semble vouloir décliner inexorablement, comme inscrite dans une courbe descendante qui s'harmonise avec celle du projet de souveraineté.

Les bébé-boomers de 1976 sont devenus des papy-boomers et la génération millénium a la tête ailleurs, nourrit d'autres ambitions et d'autres rêves et s'investit dans d'autres engagements que patriotiques.

On a souligné cette semaine dans la plupart des médias l'élection de 1976. Dans Le Nouvelliste, les élus régionaux de l'époque ont exprimé leurs vieilles émotions du moment.

Il reste qu'on est passé collectivement bien vite sur ce rappel d'un grand moment de l'histoire québécoise, rapidement enseveli sous les trumptitudes américaines. On en est rendu là. Les States d'abord.

Coup de coeur

À toutes les femmes autochtones abusées sans pouvoir le prouver, par ceux qui ont pourtant le devoir de les protéger. 

Coup de griffe

Curieux que nos premiers ministres aillent dans le sud en novembre. Philippe Couillard qui s'étire à Marrakech et Justin Trudeau à Cuba et en Argentine. Dans la formule tout inclus, bien sûr.

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