Serions-nous tous Trump ?

Donald Trump... (Photo Evan Vucci, archives Associated Press)

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Donald Trump

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une institutrice de mes amis m'a remis mercredi, un peu embarrassée, les résultats du scrutin informel qu'elle avait tenu la veille auprès des écoliers de sa classe sur les élections présidentielles américaines.

Comme il fallait sans doute s'y attendre, Hilary Clinton avait obtenu la préférence de tous. En raison de ses propos outranciers, de ses mimiques clownesques, mais surtout de son engagement fanatique en faveur des armes à feu, Trump avait inspiré à ces écoliers de 8 et 9 ans une véritable répulsion.

Ces jeunes sont loin d'être les seuls à s'être trompés dans leurs prévisions électorales américaines. Il n'y a à peu près qu'un singe chinois devant lequel on avait exposé les photos des deux candidats qui avait désigné Trump vainqueur, allant jusqu'à l'embrasser. Singe devin comme on l'a suggéré? Peut-être le primate avait-il simplement décelé dans le visage du nouveau président quelques traits caractéristiques de ses propres congénères. Un effet miroir.

Le vote écolier, dans le passé, a souvent été très prémonitoire des résultats des élections américaines. Des sociologues avancent qu'ils misent juste parce qu'ils ont l'âge de l'âge mental des électeurs.

Pourquoi ceux de mon institutrice se seraient-ils trompés? Parce qu'ils ne sont pas Américains, ou de l'Amérique profonde qui a élu le candidat républicain. On aurait soumis la population de la région au même exercice qu'on aurait obtenu un résultat très semblable à celui des écoliers.

À quelques votes près, car on le sait, Yvon Deshaies, le maire bouclé au petit chapeau de Louiseville exultait mercredi devant la victoire de son idole politique.

On aurait voté ici avec des sensibilités très différentes. Mais si on transplantait la Mauricie telle qu'elle est en territoire américain, on pourrait être étonné de ce que cela aurait donné. On a un profil socio-économique très proche des partisans de Trump.

On ne pourrait pas vraiment situer la Mauricie sur la côte est américaine dans des villes comme New York ou Boston. Pas plus qu'en Californie, même si on aime bien s'associer à son esprit. On n'a pas davantage de compatibilité avec les états rednecks ou country du centre et du sud des États-Unis, des républicains pathologiques.

Par contre, on peut se trouver beaucoup de ressemblances avec les États de la Rust Belt qu'on appelait autrefois, avant que toutes leurs grandes usines ferment et rouillent sur place, la Manufacturing Belt, qui s'étire autour des Grands Lacs.

Leur passé industriel correspond à celui qu'a connu la Mauricie et le profil socio-économique de ceux qui y vivent toujours offre lui aussi de grandes ressemblances avec le nôtre.

C'est une population très majoritairement blanche, d'obédience chrétienne, qui vit mal une désinsdustrialisation qui les a économiquement terriblement affaiblis et qui explique en bonne partie la rancoeur qu'ils ont exprimée mardi dans les urnes. C'est une grande région, inconsolable de son passé sacrifié, négligée de l'establishment politique et financier, prise de haut par l'élite côtière de l'Atlantique comme du Pacifique, qui se cherche un nouvel avenir comme on cherche à s'en dessiner un nouveau en Mauricie.

Mais il y a d'autres traits qui peuvent nous laisser croire qu'une Mauricie transplantée aurait été trumpiste.

Les villes américaines de 50 000 habitants ou moins ont majoritairement voté Trump. Alors Louiseville, La Tuque, Saint-Tite et même Shawinigan rentreraient dans le portrait. Même Trois-Rivières, mais ç'aurait été un peu plus serré.

En nombre, les latinos, les afro-américains, les asiatiques ou les musulmans qui ont voté démocrate, à plus de 60 %, parfois même à près de 90 %, sont marginaux dans la région. Une première perte sèche pour Hillary.

Il se trouve aussi que les gens ayant une faible scolarité ont majoritairement préféré Trump. Cela grimpe encore si on inclut ceux qui n'ont pas de diplôme universitaire. Même si on a la plus grosse université régionale au Québec, la région reste plutôt mal scolarisée, en deçà de la moyenne québécoise.

L'âge aussi. Les jeunes ont voté Clinton. On en a, mais pas tant que ça. Sans compter que leur participation au vote est toujours faible. Par contre, chez les 45 ans et plus, Trump a nettement dominé dans les suffrages, à 8 et 9 % de plus que Clinton. L'âge médian des Mauriciens : 48,2 ans. C'est plus de 50 % de la population qui se situe dans cette grappe d'âge. Si on enlève les moins de 18 ans, le poids électoral des aînés mauriciens dépasse les 60 %. Des trumpistes en puissance si on était des Américains.

De toute façon, avec ou sans diplôme universitaire, les Blancs américains ont voté Trump, mais à 67 % lorsqu'ils n'en détenaient pas un.

La Mauricie-en-rust-belt aurait bel et bien choisi le toupet blond-orangé comme président. 

Heureusement peut-être, la Mauricie est et restera en terre québécoise. Elle aura bien des occasions dans les mois et les années à venir pour justifier ses sentiments aigres à l'égard de la nouvelle direction américaine. Déjà que l'accord sur le bois d'oeuvre était agonisant, la rupture ou la renégociation à la baisse de l'ALENA ne fera qu'ajouter à la rage qu'on éprouve déjà.

Qu'est-ce que vous voulez? On n'est pas dans la Rust Belt pour laquelle on va justement démolir l'ALENA. Il n'y a donc pas grand chance qu'on puisse s'amouracher de Donald Trump. Après tout, on n'est pas des singes.

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