Julie Boulet: 15 ans de domination

Julie Boulet a été élue pour la première... (François Gervais)

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Julie Boulet a été élue pour la première fois députée de Laviolette le premier octobre 2001 et n'a jamais connu la défaite par la suite.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On l'a sans doute oublié, mais c'est par un échec électoral qu'a commencé la carrière politique de Julie Boulet.

Mais un échec électoral qui l'avait révélée comme une super-«campaigner» et qui allait la propulser dans l'univers politique québécois.

On a signalé vendredi à l'Assemblée nationale les quinze ans de vie politique de la députée de Laviolette, aujourd'hui ministre du Tourisme.

Julie Boulet a été élue pour la première fois députée de Laviolette le premier octobre 2001, dans le contexte d'une élection partielle. La circonscription avait été représentée jusque-là depuis presque vingt ans par Jean-Pierre Jolivet.

Avec plus de 61 % des voix, sa victoire avait été fulgurante, mais surtout personnelle, car Laviolette était perçue comme un véritable château-fort péquiste. C'était en réalité un bastion Jolivet.

L'éclatante victoire de Julie Boulet n'avait cependant pas constitué une grande surprise, même si la Mauricie était jusque-là totalement péquiste et qu'au fédéral, à l'exception qu'on peut comprendre de Saint-Maurice, elle votait Bloc québécois.

C'est qu'un an plus tôt, Julie Boulet avait impressionné tout le monde par sa fougue et sa détermination en tentant de devenir la députée de Champlain au fédéral, un comté qui s'étalait du fleuve jusqu'à l'Abitibi, en englobant sa terre natale de Saint-Tite et La Tuque.

À quelques jours à peine du scrutin fédéral du 27 novembre, l'avion qui la transportait survola la petite municipalité de Parent, au nord de La Tuque. On devait y faire escale, question d'y stimuler le vote. Mais on était en soirée et l'heure était avancée... et la candidate, fatiguée de sa longue journée de campagne. On passa tout droit.

C'est peut-être là que Julie Boulet, dont le charme agissait avec une redoutable efficacité sur les électeurs, a raté les quelques votes qu'il lui aurait fallu ajouter pour remporter l'élection. C'est par une quinzaine de voix seulement que le bloquiste Marcel Gagnon triompha, non sans un recomptage.

Julie Boulet avait certes subi un échec, mais elle avait attiré l'attention.

C'est donc tout naturellement que les libéraux provinciaux de Jean Charest se sont tournés vers elle dans l'espoir d'obtenir une première percée rouge en Mauricie.

Elle n'a jamais connu la défaite par la suite, toujours obtenu la plus forte majorité dans la région et toujours reçu davantage d'appuis que la moyenne nationale de son parti.

Depuis 2001, Laviolette est devenue comme un abattoir pour les aspirants des autres partis politiques. Des candidats comme Patrick Lahaie, un conseiller politique de haut niveau au Parti québécois, s'y est «sacrifié» à deux reprises et une future vedette comme l'actuel ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, s'y est aussi rivé le nez pour l'Action démocratique du Québec.

Même si électoralement, elle l'a eu plutôt facile en Mauricie, elle n'a pu éviter quelques tempêtes à Québec.

On comprend que dès l'arrivée au pouvoir des libéraux, elle ait obtenu un ministère. Pas une grande responsabilité ministérielle, puisqu'elle a d'abord été nommée déléguée à la Santé et à la Condition des aînés puis à la Santé, aux Services sociaux et à la Condition des aînés.

Mais parce qu'à sa pharmacie de Saint-Tite, elle avait offert gratuitement des dosettes à ses clients et qu'elle avait consenti des avantages aux médecins qui occupaient des locaux à son établissement, l'opposition en fit tout un plat et Julie Boulet fut contrainte de renoncer à son siège ministériel.

Pas très longtemps, car la région se mobilisa fortement en sa faveur en multipliant les résolutions de toutes parts pour réclamer sa réinstallation. Jean Charest ne se fera pas tirer l'oreille très longtemps pour la ramener au cabinet.

Tout le monde sait qu'elle a un caractère bouillant et qu'elle est capable de donner de bons coups de talon qui claquent au sol, souvent accompagnés d'un petit juron bien clair, pour se faire entendre et obtenir ce qu'elle réclame.

Elle a plaidé avec beaucoup de succès les dossiers provenant de la région, dont elle a la responsabilité. C'est ce qui lui a généré beaucoup de respect. Elle est devenue incontournable dans son gouvernement.

Ce qui ne l'a pas empêchée d'être évacuée du cabinet quand le gouvernement Couillard s'est installé au pouvoir, en 2014. Pourtant, on l'attendait tout naturellement au ministère des Forêts.

Les raisons de son éviction n'ont jamais été très claires. Il y avait un conflit potentiel dans l'air avec Produits forestiers résolus qui mettait en concurrence l'usine Laurentide de Shawinigan avec un autre de Roberval... dans le comté du premier ministre. Il y avait un bras de fer prévisible avec la «petite Julie».

Il y avait aussi que celle-ci avait appuyé Pierre Moreau, contre Philippe Couillard, dans la campagne au leadership du Parti libéral.

On peut penser qu'il y avait surtout la commission Charbonneau et qu'on se doutait qu'elle allait y être convoquée, en raison de son passage au ministère des Transports. C'était délicat dans cette perspective de la nommer ministre. Elle a d'ailleurs été la seule élue encore en fonction à comparaître devant la commission.

On connaît la suite. Malgré d'énormes efforts pour la faire se contredire et se compromettre, elle n'a reçu aucun blâme.

La voie ministérielle redevenait donc libre pour elle. Philippe Couillard mit fin à sa bouderie en début d'année en lui offrant le ministère du Tourisme. Julie Boulet regagna son sourire, car elle avait plutôt mal vécu sa disette ministérielle.

Reste à savoir si elle sera de nouveau candidate aux prochaines élections québécoises. Elle avait déjà été très hésitante aux dernières élections et on perçoit que sa flamme politique vacille beaucoup.

D'autant qu'on ne sait pas trop, avec la réforme en cours de la carte électorale, ce qu'il adviendra du comté de Laviolette. Pour l'instant, c'est Saint-Maurice qui devrait disparaître. Mais il y a des incongruités dans le découpage suggéré et beaucoup de résistance à Shawinigan.

Qu'elle choisisse de prolonger ou pas sa carrière, Julie Boulet s'est forgée une stature politique monumentale en Mauricie.

Coup de griffe

J'ai un petit blanc de mémoire. J'ai perdu le numéro de téléphone d'un informateur qui m'avait révélé des choses explosives le 10 octobre 2015. Est-ce qu'il y a un corps policier qui aurait la gentillesse de me redonner son numéro?

Coup de coeur

À tous nos amis américains qui sont menacés de maux de tête, d'ulcères d'estomac et de honte collective, si jamais, mardi soir, un toupet blondinet devenait leur président.

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