Lévesque: un souverain pontife?

Yves Lévesque... (François Gervais)

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Yves Lévesque

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est sans grande surprise qu'Yves Lévesque confirmait cette semaine son intention de solliciter l'an prochain un cinquième mandat à la mairie de Trois-Rivières.

Pour ceux qui pouvaient encore en douter, il faut savoir qu'il avait déjà commencé à faire le rappel de ses collaborateurs électoraux, même si on est encore à un an du renouvellement espéré. Tout le monde lève la main sans se faire prier pour faire partie de l'équipe.

Il faut dire qu'à moins d'un revirement spectaculaire, d'une bombe dormante ou de quoi que ce soit du genre, la voie se présente tout à fait libre devant lui. Pour l'instant, aucune opposition ne semble vouloir se dresser pour lui faire obstacle. 

À l'exception des opposants à la fluoration de l'eau qui ne décolèrent toujours pas et dont le maire balaie les arguments du revers de la main, on ne voit toujours pas de quel bord pourrait poindre une contestation politique suffisamment costaude pour le mettre en danger.

Il semble que tout ait été réglé lors de la dernière campagne électorale alors qu'on s'était bousculé aux portes de la mairie et à presque tous les postes de conseiller municipal. 

Le résultat en avait été un renforcement significatif de son pouvoir politique puisqu'il avait non seulement été réélu, mais il avait aussi préservé tous ses alliés autour de la table du conseil en en ajoutant même de nouveaux au détriment d'une aile contestataire décimée.

Pourtant, Yves Lévesque n'avait pas obtenu 50 %, même si c'était à quelques dixièmes près, des suffrages exprimés. Ce qui aurait pu, en d'autres circonstances, être un signe d'encouragement à poursuivre la lutte politique. 

Sa victoire personnelle fut relativement courte, mais suffisante pour provoquer un décrochage en règle, après d'épuisantes années d'adversité, chez ceux qui ne partageaient pas ses façons de diriger la ville.

C'est après un discours quasi-fleuve dont il a maintenant la manie, émaillé d'incontournables notes d'auto-congratulations dont il ne peut se priver, devant la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, qu'il a fait savoir qu'il serait de la partie. 

Il l'a fait pendant le point de presse, simplement parce que la question lui a été posée par un journaliste. 

Il aurait été intéressant qu'il conclue son exposé par cette annonce. Cela aurait peut-être permis de savoir jusqu'à quel point cette perspective soulevait de l'enthousiasme dans la salle. Certes, l'exposé d'Yves Lévesque a été salué par une ovation debout, mais plutôt polie que délirante.

Il n'était quand même pas en terrain hostile. D'autant qu'il était plus que de bon ton de la part de directeurs de services municipaux, d'organismes et d'organisations dont le financement dépend en grande partie de la Ville, d'y avoir réservé sa place. Sans compter tous ces fournisseurs, entrepreneurs ou professionnels liés par contrats qui n'ont pas intérêt à briller par leur absence.

Il y avait donc là un noyau dur de sympathisants prêts à bondir pour peu que l'occasion leur en était donnée. 

Lévesque a finalement préféré s'en tenir à une certaine sobriété, ou réserve, en se contentant de commenter le power point qui fait dans ses grandes lignes le bilan des quinze dernières années de la fusion municipale, forcément des quinze dernières années de sa mairie.

La ville de Trois-Rivières, en fait l'agglomération que formaient les six municipalités fusionnées, a beaucoup changé et, il faut le reconnaître, pour le mieux.

Après quinze ans, c'est bien le moins du monde que des choses comme la richesse foncière, le niveau des investissements annuels, l'avoir net de la ville se soient améliorés. Même que la population ait progressé. Si on fait la même comparaison dans cinq ans, ce sera mieux encore.

Pour qu'un tel tableau général ait une véritable signification, ce n'est pas ce qu'est devenue Trois-Rivières aujourd'hui par rapport à ce qu'elle était dans le temps qui serait révélateur des progrès réalisés, mais comment elle a mieux performé par rapport à des villes fusionnées comparables comme peuvent l'être Sherbrooke ou Saguenay, elles aussi des capitales régionales.

Quand le processus des fusions a été engagé, au début des années 2000, le Québec venait de traverser une décennie très difficile sur le plan économique. Les villes-centres étouffaient sous leurs obligations, privées de l'enrichissement foncier et même commercial que générait l'étalement urbain dans leurs pourtours.

À Trois-Rivières, c'était peut-être pire car la ville échappait des râlements d'agonie en raison de la fin de la grande industrialisation qui avait marqué son dernier siècle. On ne se remettait pas de la fermeture de PFCP. 

C'est dans ce contexte d'extrême morosité qu'Yves Lévesque, petit maire de Trois-Rivières-Ouest devenu sans trône, est arrivé à la tête de la nouvelle ville. Il n'avait rien à perdre à tenter sa chance et l'aventure lui a souri.

On ne saurait dire si un autre aurait fait mieux. Bouillant, primesautier, impatient, querelleur, mais déterminé à faire bouger les choses, il était comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il y a eu quelques cassures.

En même temps, il n'était pas timoré par les dernières années difficiles et il n'avait pas les plis de ce qu'on pourrait appeler une trifluvienneté frileuse et coincée. Il dégageait un esprit nouveau et volontaire.

Le Trois-Rivières d'aujourd'hui ne se reconnaîtrait plus dans cet ancien Trois-Rivières. La pâle image d'une ville ouvrière monotone et désenrichie s'est estompée. Sans dire que Trois-Rivières est devenue glamour au Québec, elle revendique beaucoup plus d'assurance et de fierté et est de plus en plus perçue comme une ville qui a un avenir.

Le monde d'ailleurs nous trouve maintenant beaux et fins. 

Le plus grand danger qui guette Yves Lévesque, ce n'est pas tant un improbable échec électoral comme une certaine indifférence à ce qu'il soit ou pas à nouveau candidat. 

C'est comme si on s'était habitué à lui. Souhaitons que ce ne soit pas plutôt résigné.

Coup de griffe

On va continuer de payer 150 millions $ par année en pénalités pour garder fermée la centrale au gaz de Bécancour, dont on aurait un peu besoin, au moins durant les pointes hivernales. Le bon BAPE l'a décidé ainsi?

Coup de coeur

Tant pis pour les goélands qui ne pourront plus suivre le couloir d'odeurs pour  repérer le site d'enfouissement de Saint-Étienne. Tant mieux pour les Stéphanois qui pourront, enfin, respirer du nez.

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