Au pays des porteurs d'eau

Le président directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel.... (François Gervais)

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Le président directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y avait une forte assistance mercredi matin à la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières venue entendre le président-directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel.

Mais pas au point de devoir ouvrir la troisième salle du Centre de congrès du Delta, comme l'aurait espéré la Chambre.

Les passages officiels des pdg de la société d'État ne sont pourtant pas fréquents. La dernière fois que cela s'était produit, c'était en 2008 alors que Thierry Vandal était venu confirmer la remise à niveau de la centrale nucléaire Gentilly-2. Une décision accueillie avec autant de soulagement que d'enthousiasme, car c'était un chantier alors évalué à près de 2 milliards $, mais qui garantissait surtout pour une trentaine d'années additionnelles le maintien d'environ 800 emplois hautement rémunérés sans compter les autres retombées économiques majeures générées annuellement par une telle installation. 

On comprend que Vandal ne s'est pas remontré la face par la suite, puisqu'il a finalement plutôt recommandé de la démolir et de faire comme une vente de garage avec les équipements coûteux devenus inutiles.

Malgré de belles promesses de sa part de prioriser la région dans les investissements futurs d'Hydro-Québec, il ne s'est rien produit comme tel... au contraire.

On ne peut pas vraiment tenir rigueur à l'actuel président des choix discutables de son prédécesseur, mais Éric Martel n'avait rien de consistant à annoncer mercredi qui aurait pu soulever l'assistance. Il a été très correctement applaudi, mais il n'y a pas eu d'élan spontané dans la salle pour lui accorder une ovation debout.

Il faut reconnaître que depuis son arrivée à la tête d'Hydro-Québec, il a propulsé vers le haut le niveau de satisfaction des Québécois à l'endroit de leur principal fournisseur d'énergie. Il était temps.

Sauf que dans la région, il y a un rattrapage beaucoup plus important à réaliser. Il reste, c'est le moins qu'on puisse dire, un peu de frustration et d'amertume envers Hydro-Québec.

Il y a peut-être plus de mille chantiers en cours menés dans l'ensemble du Québec par la société d'État, on n'a pas vu de valses de millions $ dans la région, qu'on promettait pourtant de compenser.

En point de presse, Éric Martel a plutôt laissé savoir que le projet de construction d'une unité de stockage et de regazéification à Bécancour afin de redémarrer durant les pointes d'hiver la centrale thermique de TranscCanada Énergie avait perdu de son importance, alors qu'on la croyait redevenue essentielle pour traverser nos durs hivers.

C'était quand même un investissement de près de 100 millions $ qui aurait pu être perçu comme un léger baume appliqué par Hydro-Québec sur les cicatrices laissées par l'abandon de Gentilly-2. 

D'autant qu'il en coûte au-delà de 100 millions $ par année en pénalités pour garder inopérante la centrale thermique. À la fin de l'entente, Hydro aura versé plus de 2 milliards $ à la société albertaine pour cette mise aux boules à mites.

«On veut garder cette option ouverte, mais il y a moins de pression devant nous», a-t-il révélé. On revient encore une fois sur une réflexion qui n'est pas à l'avantage de la région. Mais ça va réjouir les environnementalistes.

L'autre que l'on pourrait présumer mauvaise nouvelle qu'il avait gardée pour son point de presse, parce que la question lui a été posée, c'est qu'il n'y a pas de discussions pour améliorer les conditions tarifaires de l'aluminerie Alcoa de Bécancour. L'A.B.I ne disposera donc pas des mêmes avantages concédés à d'autres alumineries au Québec.

Il ne s'agit pas d'être prophète de malheur, mais ç'aurait été rassurant d'entendre qu'on a une grande sensibilité envers ce dossier et pour la région et qu'on allait en conséquence tout faire pour ne pas fragiliser cette aluminerie par rapport à la concurrence. D'autant que le panier énergétique d'Hydro déborde.

Éric Martel a quand même relevé que les centrales hydro-électriques de la Mauricie constituaient une grande fierté pour sa société et qu'on faisait valoir leurs performances sur le plan international.

On n'en doute pas. Les centrales mauriciennes, qui sont parmi les plus anciennes d'Hydro-Québec, sont avant tout celles qui coûtent le moins cher à opérer, celles qui génèrent les plus beaux profits par kilowatt produit. 

Il est vrai que le dire ainsi aurait impliqué qu'on a là encore une grosse petite dette envers la Mauricie à laquelle on ne verse aucune redevance pour ses principales centrales, alors qu'on en accorde dans toutes les régions où en construit de nouvelles.

Hydro-Québec demeure quand même un gros joueur économique régional. La société fait travailler 1400 personnes et dépense 270 millions $ par année en achat de biens et de services.

Pour arriver à ces chiffres, il faut cependant englober le Centre-du-Québec et son nouveau Centre de transfert des données inauguré cet été à Drummondville.

Trois-Rivières et Bécancour l'avaient réclamé à hauts cris, compte tenu des promesses faites par Hydro-Québec de privilégier la région après G-2. 

Pour des raisons qui ont fait sourire beaucoup d'analystes, on a «techniquement» éliminé les deux villes. Ce devait être un centre de relève informatique, en cas de panne. C'est devenu le coeur et le cerveau électroniques de tous les systèmes d'Hydro-Québec. 

Un bel investissement de 100 millions $ qui a été détourné. 

C'est pas parce que la Mauricie est une véritable machine à imprimer de beaux dollars pour la société d'État qu'on se sent redevable de quoi que ce soit envers les Mauriciens... ces historiques porteurs d'eau.

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