Le Véget-à-Rien, vraiment?

La vérificatrice générale, Andrée Cossette.... (Sylvain Mayer)

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La vérificatrice générale, Andrée Cossette.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les rapports annuels des vérificateurs généraux, du moins ceux d'Ottawa et de Québec, sont souvent perçus comme un festival d'horreurs, en raison des incohérences et des incuries qu'ils relèvent dans la gestion des administrations gouvernementales ou des sociétés publiques qui relèvent d'elles.

C'est moins le cas des rapports des vérificateurs généraux municipaux, imposés par Québec depuis 2001 aux villes de 100 000 habitants et plus, quoique... 

À la suite des fusions qui ont transformé les agglomérations urbaines en villes, dont certaines de fortes dimensions, comme Trois-Rivières, le gouvernement avait senti le besoin de les doter d'une structure de surveillance indépendante en les contraignant à mettre en place un vérificateur général. Une façon indirecte de les avoir à l'oeil et de forcer plus de transparence à des administrations municipales pas toujours naturellement disposées à rendre compte de tout ce qu'elles font.

Les choses se passent malgré tout d'une façon générale plutôt sereinement, même si des frictions n'ont pu être évitées dans certaines villes, Trois-Rivières comprise. 

Il faut dire que les maires de ces nouvelles grandes villes, avec les pouvoirs qui en ont découlé, mais en même temps avec la puissance politique qu'elle leur a conférée, se perçoivent facilement comme les nouveaux seigneurs de la place. 

Il fallait donc un peu de contrepoids, compte tenu que la culture des partis politiques municipaux y est plus souvent qu'autrement déficiente, pour ne pas dire inexistante. Dans toute l'histoire politique municipale de Trois-Rivières, les tentatives de formation d'un parti politique ont toutes fini par échouer, parce qu'elles ne sont jamais parvenues à générer de bons résultats électoraux. 

Il y a une résistance de la population à cette forme de démocratie sur le plan municipal. À Trois-Rivières, la dernière tentative du genre a été Force 3R et elle s'est soldée par un fiasco aux urnes.

Sans opposition structurée, ou la possibilité d'en bâtir une qui soit significative, il faut bien qu'il y ait quelque part une police d'assurance, une forme incontournable de reddition de comptes sur les décisions qui sont prises et sur la qualité de la gestion mise en place.

À défaut d'une opposition structurée, comme c'est le cas à Trois-Rivières, les risques d'autoritarisme et de dérive deviennent élevés. 

Il y a certes les médias qui agissent autant qu'ils le peuvent comme chiens (il arrive qu'on les traite ainsi) de garde de la démocratie. Mais leurs moyens d'investigation ne sont pas illimités et leurs pouvoirs de fouiller les choses, limités. Le droit d'accès à l'information par exemple est loin d'être absolu, en particulier auprès des organismes paramunicipaux qui sont soustraits à cette obligation. Il faut dès lors s'en remettre à la bonne volonté de leurs dirigeants, qui s'esquivent facilement en invoquant la confidentialité de leurs ententes commerciales... qu'ils s'appliquent à respecter «religieusement», comme si c'était une bulle papale. 

Or, par souci d'économies, vous expliquera-t-on, on a multiplié dans les villes ce type de corporations. Ce qui rétablit un certain niveau d'opacité dans la gestion d'une partie des affaires publiques municipales, qui fait bien l'affaire des élus dominateurs. D'autant que les maires bien avisés s'assurent d'avoir une majorité «sympathique» au conseil d'administration de ces corporations. Un chum, c't'un chum. C'est là que le vérificateur municipal présente un gage de sécurité, car il a toute autorité pour scruter un service municipal ou un organisme qui dépend en totalité comme en partie de la ville. 

À Trois-Rivières, le vérificateur général ne s'est jamais privé de le faire. C'est ce qui a permis d'en savoir davantage sur la gestion de l'Amphithéâtre Cogeco et sur la Corporation des événements. 

Il y avait là des retrouvailles, car la vérificatrice générale Andrée Cossette avait déjà scruté les comptes de l'organisation du 375e , dirigée justement par Steve Dubé et son proche collaborateur Alain Lamarre. L'histoire ne dit pas si l'harmonie entre ces protagonistes a pu régner avec cette dernière vérification, mais le rapport d'Andrée Cossette sur le 375e avait été explosif. Il en avait résulté une série de poursuites judiciaires de part et d'autres, en particulier avec des membres alors désignés comme «dissidents» du conseil municipal.

Les rapports de la vérification générale de la ville de Trois-Rivières ne constituent pas un film d'épouvante, mais ils contiennent toujours des éléments croustillants.

Celui d'Andrée Cossette sur l'année 2015 est encore de cette mouture, au moins dans des petites questions collatérales qu'il soulève, mais dont on n'a pas réponse.

Par exemple, si on semble avoir distribué si largement les billets de faveur pour remplir l'amphithéâtre l'an passé, où était au juste situé le guichet qui les distribuait? Ça peut être frustrant de ne pas l'avoir su pour ceux qui ont payé leur billet.  

On a répliqué qu'on a établi à cet égard de nouvelles normes. C'est peut-être pour cela qu'il a été plus difficile cet été d'en obtenir de la part de gens qui se concevaient en influence auprès de hautes autorités municipales. 

On a su que les directeurs de service présentaient des frais de repas supérieurs à la normalité. Ce qui aurait été intéressant de savoir, c'est lequel buvait plus qu'il ne mangeait? Il est vrai que tout est relatif. Si on accompagne un hamburger pas cher d'un St-Estèphe, c'est inévitable. Ce sont des détails. Ce qui est rassurant, c'est que la vérificatrice prévient déjà qu'elle va fouiller les implications de la Ville dans le District 55 et le futur colisée ainsi que le dossier du Centre de congrès de l'hôtel Delta.  

On n'a pas dû applaudir très fort à cette annonce. Dire qu'on s'est déjà gloutonné à l'hôtel de ville en surnommant le VG le Véget-à-Rien.

Coup de coeur

À tous ces poètes qui ont une fois de plus élevé nos âmes et qui vont nous quitter dimanche, avec une petite nostalgie de Trois-Rivières, leur capitale de la poésie.

Coup de griffe

Gaston Bellemare, le président du FIP, devrait-il inviter l'an prochain ce nouveau prodige de la poésie, Philippe Couillard?

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