Quand la course se «trumpétise»

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Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, lors d'un débat, début septembre.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si, comme l'affirme Gilles Duceppe, l'ancien chef du Bloc québécois, Jean-François Lisée est indigne de devenir chef du Parti québécois, comment se sentent ses anciens députés bloquistes Yves Rocheleau et Guy André qui l'appuient?

Un différend parmi bien d'autres qui sont venus émailler cette semaine une course à la direction qui avait jusque-là plongé tous les amateurs de politique, partisans péquistes compris, dans une somnolence quasi totale, pour ne pas dire dans une grande indifférence générale.

Il était temps, à deux semaines du scrutin qui élira le nouveau chef péquiste, que quelque chose se passe dans cette lutte, qu'un certain intérêt s'installe. 

La lutte féroce à la présidence américaine a retenu tout au long de l'été bien davantage d'attention chez les Québécois, qui ne voteront pourtant pas le 8 novembre et qui ne peuvent qu'en subir de faibles dommages collatéraux, selon le président qui sera élu et les décisions qu'il pourra éventuellement prendre. 

Il fallait qu'on mette un peu de Trump dans la course. On peut dire qu'on a été plutôt gâté, même si le spectacle péquiste nous révèle une formation politique plus déchirée qu'on aurait osé l'imaginer, bien que le parti a toujours été exemplaire par son indiscipline. 

Peut-être parce qu'elle tire de l'arrière dans les sondages, c'est probablement Martine Ouellet, la plus libre pensante des principaux candidats à la direction du parti, qui a fait le plus de «trumpettisme», avec toutes ses «indépendances» d'esprit et de comportement. Comme Trump, qui s'est habilement appliqué à confronter l'establishment du Parti républicain qu'il représente, qui s'est complu à se victimiser de la chose, la députée de Vachon s'est présentée comme une «reject» d'un caucus des députés péquistes devenu maniganceux contre elle, une mal-aimée et une mal comprise, qui ne reçoit d'ailleurs l'appui d'aucun élu de son parti. Il y aurait déjà là de quoi se questionner. 

Sa personnalité d'électron libre, à la fin d'une course en désespérée pour sa part, aura au moins eu le mérite, avec la couleur qu'elle y a apportée, de réveiller des troupes péquistes endormies. Ce qui a permis de faire voir le côté hargneux, mais très malhabile des deux principaux belligérants, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, qui ne sont visiblement plus capables de se sentir, même de loin.

La publication du sondage Crop dans ce dernier droit de la campagne, qui les a mis au coude à coude, n'a fait qu'exalter Lisée, qui dans la bonne vieille manie souverainiste de célébrer la victoire avant de l'avoir obtenue, s'exprimait déjà en tête péquiste couronnée en laissant savoir à Ouellet qu'il lui ferait faire de l'air si elle persistait à gober le sien. 

Ce n'était guère mieux du côté de Cloutier. Dans son clan, on s'était auto-couronné dès le départ. Pas facile de réaliser qu'on est peut-être en train de se faire arracher le diadème virtuel qu'on estimait dû, à l'exemple du cas de Justin Trudeau. Suffit d'être jeune et beau et la cause politique est entendue. Des quatre candidats en lice, c'est lui le new wave, le beau look. La scène était mise pour les selfies.  

Or, non seulement Crop nous a appris que non seulement la montée de Lisée était bien réelle, à un moment de la course où il devient quasi impossible de la freiner, mais on apprenait qu'avec lui comme chef, le PQ pourrait espérer faire trébucher les libéraux de Philippe Couillard, même si ce serait encore en gouvernement minoritaire.

Ça met du gaz dans le char péquiste, même si c'est devenu un péché mortel d'y parler d'hydrocarbure. Parlez-en à Martine...

Le plus cynique de la situation, c'est que ce sont les supporteurs de cette dernière qui décideront finalement, par leur second choix, car il y aura deux tours de scrutin, lequel sera l'heureux élu entre Cloutier et Lisée.

Les courses à la direction d'un parti politique génèrent toujours leurs lots de frustrations et de divisions. Les candidats responsables en prennent généralement conscience, car il leur faudra bien rassembler tout le monde, ou presque, pour la suite des choses. Ils modèrent généralement leurs propos en conséquence. 

Même si on cherche à se faire plus ou moins rassurant sur ce point, on a l'impression qu'il restera beaucoup trop de fiel chez les candidats défaits et leurs supporteurs pour que la grande réconciliation nécessaire puisse se réaliser au-delà des façades. 

La fin de course au leadership nous laisse craindre l'éclatement d'un parti qui ne trouve plus son chemin depuis déjà un bon bout de temps.

Coup de coeur

Au pauvre petit Bacon, devenu une coqueluche régionale, mais dont la douce vie urbaine et bourgeoise est menacée par d'insensibles et cruels règlements.

Coup de griffe

À cette poubelle à ciel ouvert dont on ne parvient pas à refermer le couvercle qu'est devenu le site d'enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès. Les goélands du fleuve n'ont qu'à suivre ses effluves pour aller y pique-niquer grassement.

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