Un soir d'automne à Saint-Tite

Un air presque glacial avait beau s'être abattu en fin de soirée mercredi sur... (Olivier Croteau)

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Olivier Croteau

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un air presque glacial avait beau s'être abattu en fin de soirée mercredi sur Saint-Tite, le dernier taureau de la soirée de rodéo refusait de quitter l'arène.

Il se pavanait fièrement le long des clôtures, les cornes hautes, totalement indifférent aux imprécations des cow-boys et aux tournoiements de leurs lassos afin de lui faire regagner les chutes, comme un champion qui réclame de la foule les honneurs qu'il estime lui être dus.

Notre vaniteux taureau n'était pourtant pas parvenu à éjecter son cavalier à l'intérieur des huit secondes réglementaires que ce dernier devait tenir pour entrer dans les points. Il avait été maîtrisé, même si c'est pas longtemps.

Il savourait quand même ces petits moments de gloire autodécrétée. Il faut dire que malgré le temps frisquet, comme lui, personne n'avait encore quitté les estrades. Tout le monde est resté jusqu'à la toute fin. On ne quitte pas Saint-Tite-la-Western pour quelques grains de pluie ou de petites morsures de l'air froid.

On avait beau être un mercredi, au beau milieu de la semaine et à la fin d'une journée qui avait pourtant commencé sous de petites pluies, l'animation demeurait toujours vive dans les rues encore super-achalandées de Saint-Tite. 

Bien sûr, les festivaliers étaient un peu plus emmitouflés, les jupettes à franges des dames disparues et les longs manteaux australiens des films de Leone, que les nombreux cow-boys dans l'âme portent même par temps écrasant, sous un soleil de plomb, étaient devenus très indiqués et répandus. 

L'heure était aux cow-boys urbains, peu pressés de rentrer à la maison ou de retourner aux champs, dans l'une ou l'autre de la dizaine de milliers de caravanes serrées les unes sur les autres et qui donnent parfois l'impression, avec leurs toits blancs, vues de haut, qu'une tempête de neige s'est abattue sur Saint-Tite.

À 23 h, les chevaux montés par des cavalières et cavaliers du dimanche se font rares dans les rues et les calèches bien astiquées, qui font trop guindées selon d'irréductibles puristes, nostalgiques des bonnes vieilles «wagons» brinquebalantes, ne roulent plus, faute de clients intéressés.

On y joue encore, à certains endroits, des airs westerns, à d'autres, d'infatigables danseurs et danseuses en ligne font claquer le plancher, comme à ce petit saloon où Chantale et René, du Duo La Relance, entonnent les paroles d'un genre de «shayne dance western»: «On lève les bras, on tape des mains et un petit coup de fesses sur le côté...» Et ça marche. Les danseurs reproduisent les paroles, en y ajoutant quelques tapes sur les cuisses.

On est là pour s'amuser.

En fin de soirée, c'est l'heure de la danse et de la musique, pas forcément western ou country, dans les salles. Faut bien s'étourdir, d'autant que les vrais cow-boys, ceux des compétitions, viennent y exhiber leurs biceps et leurs six-packs, même leurs blessures, et les dames, leurs formes. 

C'est aussi l'heure du souk, où l'on vend de tout, mais vraiment de tout, même si c'est d'abord l'univers du cuir et du chapeau de cow-boy. Dans ce grand bazar à ciel ouvert, les échoppiers font leurs affaires. Tout comme les flippeux de hamburgers et de hot-dogs à 99 cents. Oui, tard le soir, l'odeur des plaques chauffantes et des friteuses domine largement dans l'air ambiant celui du crottin de cheval, déjà moins abondant que dans le passé et forcément à cette heure, aplati sous les pieds de la horde passante et rapidement séché sur le macadam. Qu'est-ce qui est le mieux pour les narines?

On peut regretter une plus faible présence chevaline dans les rues et la quasi-disparition des chanteuses et chanteurs de rue, souvent méconnus, mais grandes vedettes sur Radio-Québec Country. Parce que la vente de leurs CD n'y justifiaient plus les coûts de location d'un petit bout de parterre ou de balcon. 

Qu'on ne s'inquiète pas. Saint-Tite, même si quelques gros joueurs commerciaux s'y installent, comme la SAQ avec ses «Express» plantés un peu partout, n'est pas en train de se gentrifier.

Le festival, dit-on, est «people», très «people». Façon de dire qu'il est fréquenté par le Québec profond, par ce petit monde simple et besogneux pour qui Saint-Tite est devenu un pèlerinage incontournable, comme une dope annuelle dont on ne peut plus se passer, plus apprécié qu'une mer du sud. C'est vrai. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Sous les chapeaux, on découvre beaucoup de classes moyennes supérieures, bottes aux pieds, froques de denim élimé, ce qui prouve leur vécu devenu de bon aloi, et qui empruntent une démarche légèrement chaloupée pour démontrer leur esprit libre et rebelle de gens proches de la terre, des grands espaces et de la vie rude.

On pourrait aussi dire très fréquenté par les retraités, car il y en a beaucoup. Ils en ont le goût et le temps. Si les toits des roulottes sont blancs, leurs occupants le sont souvent tout autant, au moins gris. 

L'organisation du festival ne s'en plaint surtout pas. Mais elle a le souci d'y assurer une relève. Des ajouts comme le Cirque Éloize vont y contribuer. Il fallait surtout voir les spectateurs venus massivement entendre Tim Hicks pour réaliser la force de la musique new country et sa popularité auprès des jeunes. Ils ont goûté à Saint-Tite. Ils ne pourront plus s'en passer.

Le Festival western de Saint-Tite et l'incroyable engouement qui ne se dément pas d'une édition à l'autre peuvent demeurer une énigme pour plusieurs. Faut-il chercher à comprendre? Pourquoi! Laissons les sociologues s'y briser les méninges. Il suffit d'y aller une fois et de le vivre. Il n'y a pas de réponse, mais tout s'explique. 

Coup de coeur

À cette Cité aussi énergique que son nom l'indique, qui prouve depuis 20 ans à Shawinigan, à tous ces mandarins suspicieux et récalcitrants, qu'il peut y avoir des établissements touristiques «world class» en dehors de Montréal et de Québec.

Coup de griffe 

À l'UQTR et à sa pathétique chicane publique avec d'anciens cadres, comme si ce lieu présumé de haut savoir pouvait être dirigé par des chats de ruelle.

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