Classique: avironnons dans le même sens

Les spectateurs étaient nombreux à s'être rassemblés à... (Stéphane Lessard)

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Les spectateurs étaient nombreux à s'être rassemblés à l'île Saint-Quentin pour encourager les participants à l'arrivée de la 83e édition de la Classique internationale de canots de la Mauricie.

Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans l'eau jusqu'à la taille, parfois même jusqu'aux aisselles. On ne s'en formalise pas.

L'arrivée à l'île Saint-Quentin des compétiteurs de la Classique internationale de canots de la Mauricie prend toujours des allures de happening. 

Celle de lundi, devant une foule plus dense qu'au cours des dernières années, n'y a pas échappé. On s'y permet une proximité entre les parents, les amis, les supporteurs des canotiers et les spectateurs de totale convivialité. 

Après trois jours et 200 kilomètres d'un effort physique extrême à pagayer sans relâche, les participants à la Classique méritent bien un tel accueil presque délirant. Pour ceux-ci, hommes, femmes (car il y en a de plus en plus), jeunes athlètes ou vétérans, le défi de cette compétition qui requiert le bout des forces de chacun, a été relevé.

La conclusion à Trois-Rivières de cette Classique en trois étapes exténuantes ne manque assurément pas de charme. 

On peut malgré tout se demander si cette finale trifluvienne est à la hauteur de ce que mérite cette compétition, de sa longue histoire, et de sa saveur mauricienne. L'arrivée à Trois-Rivières pour joyeuse qu'elle est ne se compare en rien à l'enthousiasme et à la participation qu'elle suscite à Shawinigan à l'arrivée et au départ de la deuxième étape, et depuis qu'on s'est remis à la tâche, au tournant festif qu'elle génère maintenant à La Tuque et même à la Mattawin ou à Saint-Roch-de-Mékinac où l'on s'est massé en grand nombre sur la rive comme si on avait la nostalgie du temps où la première étape se terminait là.

Oui, malgré la belle ambiance qui s'installe toujours sur les sables chauds de l'île et une participation plus que respectable du public, la finale de Trois-Rivières devrait être plus explosive. Elle se devrait d'être plus événementielle dans la ville.

La Classique internationale de canots, c'est l'activité qui porte dans ses gênes, dans son ADN, les plus vieilles fibres mauriciennes. C'est le seul événement qui implique toute la Mauricie et qui s'inspire de ses origines historiques, car c'est à bord de canots qu'on l'a d'abord explorée. C'est par la rivière que sont passées l'occupation de son territoire, l'exploitation de ses richesses, dont la forêt qui la borde et la mise en valeur de sa puissance hydraulique.

La Classique, c'est le lien mauricien. On peut donc avoir l'impression que Trois-Rivières tourne un peu le dos à sa région en ne faisant pas vraiment tous les efforts qui devraient correspondre à son titre de capitale régionale. 

Trois-Rivières, c'est 50 % de la population de la Mauricie mais plus de 60 % de son économie... Elle doit bien quelque chose au reste de la région.

On dit que le maire Yves Lévesque est plutôt tiède à l'endroit de la Classique, parce que la finale de Trois-Rivières ne générerait pas d'immenses retombées. 

On peut en douter, même s'il se fait tirer les oreilles pour participer correctement à son financement. C'est quand même lui qui avait permis, à son arrivée à la mairie de Trois-Rivières, de relancer la course jusqu'à Trois-Rivières, comme dans le temps. Car faute de contribution, la Classique avait dû se résigner pendant quelques années à s'arrêter à Shawinigan.

Un petit 15 000 $ avait suffi à l'époque. On en est aujourd'hui à 35 000 $ qu'on verse en faisant sentir qu'il y a un élastique au bout de la subvention qui pourrait faire en sorte qu'elle disparaisse, selon l'humeur du moment. Shawinigan discute beaucoup moins et accorde 50 000 $ à l'événement. Pour La Tuque, redevenue dans le coup plus que jamais, c'est 20 000 $. Cela équivaut pour la reine de la Mauricie à quelque 2 $ par habitant. Pour Shawinigan, c'est 1 $ par citoyen. À Trois-Rivières, la prospère capitale, c'est entre 25 et 30 cents par personne. 

On ne peut pas dire de Trois-Rivières que l'effort d'appartenance régionale à l'événement qui rallie toute la région est étourdissant.

Si tous les gens qui se massent le long de la rivière pour assister au passage des canotiers se donnaient la main, il y en aurait assez pour former une chaîne humaine sans brisure de La Tuque à Trois-Rivières. Il faudrait évidemment dans les derniers milles une petite contribution citoyenne qui vienne d'en haut. 

Le désavantage de la Classique, à Trois-Rivières, c'est que l'arrivée se fait le lundi, la dernière journée du dernier grand congé de l'été, la veille de toutes les rentrées, scolaires et autres. Il devient difficile d'organiser un gros party le lundi soir, puisque tout le monde rentre à la maison.

Le directeur général de la Classique, Stéphane Boileau, ne cache pas qu'il rêve d'en arriver un jour, le plus rapidement étant le mieux, à organiser une fête de la Classique la veille et l'avant-veille de l'arrivée. Spectacles en plein air, évidemment gratuits comme tous les autres de la compétition, écrans géants pour la webdiffusion et compétitions diverses, comme une course en canots de fleuve qui passeraient devant le port pour rallier le quai de Sainte-Angèle-de-Laval avec une boucle à la Petite Floride. Les idées ne manquent pas.

Mais cela implique un plus gros effort financier de la part de Trois-Rivières et une grande volonté politique d'y arriver, ce qui n'est pas encore évident.

L'île Saint-Quentin demeure la chouchoutée pour recevoir ces festivités. On devrait quand même considérer que l'arrivée puisse un jour se faire sur les rives de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, afin de profiter de la nouvelle fierté trifluvienne, l'amphithéâtre , de tous ses aménagements, de sa superbe esplanade encore insuffisamment fréquentée. 

Cela ferait le lien avec les Délices d'automne, dans ce parc portuaire avec lequel TRSL fera inévitablement le lien un de ces jours. Les deux événements se nourriraient, si on peut se permettre l'expression. C'est ce qu'on appelle de la synergie.

Il suffirait d'installer sur les escarpements de TRSL des estrades, celles du Grand Prix, par exemple et un débarcadère convenable pour l'arrivée des canots. Il se trouve qu'un tel quai a toujours été souhaité par le Musée Boréalis qui pourrait ainsi accueillir par voie d'eau l'été les milliers de plaisanciers qui naviguent dans les eaux environnantes. Une belle occasion pour y arriver.

La Classique est en croissance fulgurante. Sa webdiffusion a généré 124 000 visionnements dont 5000 aux États-Unis et des centaines dans plusieurs pays d'Europe. 

Si on veut que l'amphithéâtre devienne le landmark de Trois-Rivières comme l'est celui de Sidney en Australie, il faut le faire voir à travers le monde. La Classique détient ce potentiel de marketing.

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