Bettez: le polygraphe et ça presse

Jonathan Bettez à sa sortie du palais de... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Jonathan Bettez à sa sortie du palais de justice de Trois-Rivières.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On pensait bien conclure un été trifluvien exceptionnel sur les plans événementiel et touristique dans une apothéose à tous égards avec les deux derniers concerts estivaux d'une petite femme immense, Céline Dion, et la remise d'un chèque de 1,7 million $ à sa fondation.

Tout cela est bel et bien arrivé et devant ces succès, bien des bretelles ont éclaté sous des torses fortement gonflés de glamour et de fierté, à juste titre dans les circonstances. Mais il y a eu l'affaire, cette affaire, qui a détourné une partie de la grande attention médiatique qui était alors portée sur l'événement Céline et qui est immédiatement devenue l'objet dominant de toutes les conversations à Trois-Rivières comme dans le reste de la région et dans tout le Québec.

L'arrestation spectaculaire de Jonathan Bettez, compte tenu de l'étonnant déploiement policier auquel elle a donné lieu, a d'un trait occupé l'avant-scène de l'actualité de Trois-Rivières. C'est comme si on était passé instantanément de Las Vegas à l'arrivée dans la place d'un étrange cirque, avec ses moments d'une tristesse clownesque, ses dérapages et ses délires sociaux.

On voulait chanter, faire la fête, se blottir autour de Céline, de sa présence. On s'est retrouvé crispés, grimaçants, vociférant, à tort ou à raison.

On le sait. Ce n'est pas la mise en accusation de Bettez pour possession et diffusion de pornographie juvénile, même si cela se révèle avéré, qui est révoltant parce que ça heurte profondément nos valeurs communes, qui explique l'onde de choc qui s'est produite. C'est qu'avec cette «révélation», les lourds soupçons qui pesaient déjà sur l'homme comme étant celui qui aurait enlevé puis assassiné la petite Cédrika Provencher ont grimpé à un niveau insoutenable.

La Sûreté du Québec ne pouvait ignorer qu'il en serait ainsi dans une population qui se désespérait de ne jamais parvenir à obtenir le fin fond de l'histoire et justice avec la mise en accusation, la condamnation du coupable et une sentence qui corresponde à l'ignominie de son crime.

La Sûreté du Québec a bien pris soin de ne pas faire d'association entre les motifs de perquisition chez Bettez, chez ses parents et à l'entreprise familiale et le dossier de Cédrika. Cela n'a trompé personne tellement les évidences du lien étaient flagrantes.

Il fait peu de doute que les policiers de la SQ, après avoir mis sur le terrain des effectifs considérables au moment de l'enlèvement puis dans la battue des boisés où des chasseurs avaient retrouvé cet automne des ossements de Cédrika, ont cherché à forcer le jeu auprès de leur principal et peut-être dernier suspect... même s'ils n'ont jamais désigné Bettez comme tel.

La manoeuvre policière, compte tenu des dimensions qu'on lui a données, n'aurait pu se justifier autrement que pour exercer une pression en principe insoutenable sur l'homme, sa famille, ses proches. Faire craquer quelqu'un.

Il faut dire qu'il pèse sur Bettez, qui était déjà pointé sans réserve depuis longtemps dans les médias sociaux comme le coupable, un puissant faisceau d'éléments suspects qui peut très facilement induire un tribunal populaire qui ne s'embarrasse autrement pas du besoin de détenir des preuves irréfutables et d'observer un minimum de règles de droit, à conclure sans autre forme de procès que c'est lui et personne d'autre. Dans une opinion publique frustrée, l'intime conviction qui se forge à tous les coups de vent suffit.

Bettez avait l'âge du suspect, frappé d'une amnésie embarrassante sur ce qu'il faisait au moment de l'enlèvement et dans les heures qui ont suivi, propriétaire d'une Acura rouge aux poignées nickelées comme celle identifiée par les policiers comme pouvant être l'auto du ravisseur, une Acura qui était passée au grand nettoyage avant l'inspection policière, et ce fameux test du polygraphe qui lui était proposé et auquel il a toujours refusé de se soumettre. Encore une fois cette semaine.

On peut comprendre que les avocats en défense suggèrent presque invariablement à leurs clients de ne pas le passer. Le fait de le réussir n'aura pas pour effet de vraiment libérer un prévenu des actes dont on veut l'accuser. Mais celui de l'échouer devient très encombrant pour la défense. Même si ce test n'est pas acceptable en preuve, parce que son infaillibilité n'est pas totale, la seule mention en cour qu'il a été raté peut induire une certaine idée des faits dans l'esprit d'un juge ou d'un juré.

Bettez, qui n'était pas officiellement un suspect, pouvait se justifier de refuser le polygraphe. On le lui conseillait. Ce n'est plus vrai aujourd'hui.

C'est le tribunal populaire qui le juge et qui, dès lors qu'il a appris son cinquième refus de passer le test, surtout après que les conditions qu'il exigeait pour s'y soumettre lui aient été accordées, s'est conforté plus fort que jamais dans sa conviction que c'est bien lui le coupable.

S'il sait qu'il n'est pas l'auteur de l'enlèvement de Cédrika Provencher, dans son intérêt, mais aussi dans celui de sa famille, de ses proches, de ses anciens compagnons de travail de l'entreprise familiale dont l'avenir est devenu lourdement hypothéqué, de tout le monde, il lui appartient de dissiper la certitude publique à laquelle il est confronté.

Pour apaiser le tribunal populaire et sa vindicte actuelle, ce n'est pas l'absence d'accusation qui y parviendra, si les preuves pour l'incriminer n'arrivent toujours pas. Bettez n'a qu'une seule arme à sa disposition: passer le test.

La population veut qu'on attrape et qu'on juge le coupable, le vrai coupable. À Jonathan Bettez de réduire un peu ce qui n'est même plus un doute populaire sur sa responsabilité dans le dossier de Cédrika. Si lui ne doute pas qu'il est innocent. Il en a la possibilité. Après tout, on appelle ça le test de vérité.

Coup de coeur

À la Corporation de l'Amphithéâtre pour ce Céline de fin d'été.

Coup de griffe

Il faudrait probablement un Trump chez les candidats à la direction du PQ pour qu'on s'intéresse un peu à leur campagne.

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