Au fait, Harper a démissionné

Stephen Harper aura passé près de 10 ans... (Archives La Presse Canadienne)

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Stephen Harper aura passé près de 10 ans à la tête du pays.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est dans une quasi-indifférence générale et par une apparente bouderie médiatique que la nouvelle du retrait de la vie politique de l'ex-premier ministre Stephen Harper a été accueillie vendredi.

Non seulement la démission de l'ancien chef conservateur n'a pas monté au premier rang dans l'actualité, passant dans les réseaux francophones au moins au deuxième rang après l'annonce libérale du retour des Casques bleus, mais elle a été décalée chez CTV en quatrième et même cinquième position des manchettes du jour. C'est dire.

Il est vrai que depuis sa défaite auprès des mains des troupes libérales de Justin Trudeau, il y a près d'un an, il était acquis que Stephen Harper choisirait de quitter la politique bien avant la fin de son nouveau mandat comme simple député.

Au lendemain de sa défaite, il s'était d'ailleurs rapidement réfugié dans la pénombre politique, limitant ses sorties publiques à quelques événements officiels auxquels il lui était difficile de se soustraire.

N'empêche que c'est une sortie politique gênante pour un homme qui était parvenu à réconcilier les factions conservatrices, à gagner le pouvoir à Ottawa et à l'occuper pendant une dizaine d'années.

Mais Harper étant Harper, il ne faut pas se surprendre outre mesure du scénario qu'il a privilégié pour faire savoir que sa décision était prise au terme d'une longue carrière politique de près de dix-huit ans.

C'est connu, il n'a jamais blairé les journalistes, les fuyant comme s'il y avait risque de contamination sévère à les côtoyer de trop près. Ce n'est donc pas sous forme de conférence de presse, mais avec une simple vidéo-selfie statique diffusée sur son site Facebook qu'il a communiqué son message.

À l'avant d'une longue table de travail entourée de chaises vides, son visage bien cadré entre deux drapeaux canadiens au fond de la salle, avec peut-être un portrait de la reine Elizabeth II accroché à un mur, mais qui n'apparaissait pas à l'écran, il a refait un bref bilan des trois gouvernements successifs qu'il a dirigés. Fait ainsi, c'était pas question de répondre à des questions.

On ne s'en étonnera pas. Il a fallu décoder quelques petites choses pour apprendre qu'il avait fondé avec d'anciens collaborateurs une petite «start up», une boîte de consultants pour les entreprises canadiennes qui souhaitent s'installer à l'étranger ou s'y développer.

Il ira donc à l'international, à l'instar d'un autre ex-premier ministre, Jean Chrétien. Sauf que ce dernier jouissait assurément d'un meilleur rayonnement à l'international et qu'il a joint l'une des plus grandes firmes d'avocats au monde pour remplir les nombreux mandats qui lui sont confiés.

C'est donc à l'image de la froideur qu'il cultivait, sans exprimer d'états d'âme, que celui qui a dirigé le pays pendant une décennie se retire.

Comme beaucoup d'hommes politiques, Stephen Harper savait être plus agréable et un peu plus chaleureux dans ses rencontres privées. Il chantait du Beatles.

La première fois qu'on l'avait rencontré, mon confrère Marc Rochette et moi, c'était en 2006, durant sa campagne au leadership du Parti conservateur.

Il faut avouer qu'on était plutôt déçu tous les deux de l'annonce de sa venue à nos bureaux du Nouvelliste. Parce que c'était plutôt la sémillante Belinda Stronach, avec sa jupette de cuir un peu retroussée comme elle apparaissait sur une photo de son site Facebook, qu'on espérait. Allez savoir pourquoi...

On connaît la suite. La riche Belinda a quitté un beau matin la chambre à coucher du conservateur Peter MacKay pour traverser dans les heures suivantes la Chambre des communes et joindre les libéraux. Il reste qu'à ce moment-là, le fade Harper, c'était même pas un prix de consolation.

La rencontre avait tout de même été sympathique, l'homme se présentant comme de la classe moyenne, en fait de «l'upper middle class», mais à la torontoise. Il était difficile de prédire qu'il deviendrait un an plus tard le premier ministre du Canada, mais on avait pu soupçonner qu'il en avait l'étoffe.

On ne l'obtiendra plus jamais en entrevue, même s'il est venu dans la région à quelques reprises, principalement au cours de campagnes électorales.

Il avait même été plutôt drôle à l'hiver 2007 quand il avait demandé le genre de chapeau que porterait Gilles Duceppe au Festival western de Saint-Tite. C'est que le Bloc québécois l'avait fait apparaître dans ses publicités électorales coiffé d'un chapeau de cow-boy. Il avait même cité Maurice-L. Duplessis: «Deux partis, c'est assez! Un bon et un mauvais» en se référant par la suite à Pierre de La Vérendrye, ce Trifluvien qui a découvert les Grands Lacs et les grands espaces de l'Ouest canadien, jusqu'aux Rocheuses.

Une petite conférence vite faite, sur invitations et annoncée à la dernière minute aux journalistes.

Comme ce sera à nouveau le cas en 2008, devant une poignée de partisans sélectionnés qui avaient plutôt l'air de figurants de théâtre, qui applaudissaient aux bons moments, peut-être sous la direction d'un maître de claque dissimulé dans les rideaux du Delta.

Ça ne s'améliorera pas en octobre 2015, à quelques jours du scrutin. Pas de marche dans la rue, pas de bain de foule, de visite d'un centre commercial ou d'attente à la sortie d'une usine. Deux cents personnes quand même, amenées là par le candidat Dominic Therrien, mais bien contrôlées pour qu'il ne se produise le moindre imprévu. Même les journalistes ont dû accepter d'être reniflés par un chien et leurs équipements soumis à la torche d'un policier de la GRC.

Il fut quand même autorisé cinq questions, quatre à la presse nationale, dont deux aux anglophones et une seule à la presse régionale qui porta bien sûr sur la pyrrhotite, pour obtenir une réponse assez vague qu'elle n'engageait à rien.

Harper était arrivé avec toute une mise en scène pour présenter ce qui avait toutes les allures d'un vaudeville. À chaque mesure fiscale qu'il évoquait que les libéraux de Justin Trudeau avaient promis d'abolir, un père de famille jetait des dollars sur la table au son de caisses enregistreuses. Quetlinc! Quetlanc!

Un véritable «show de piasses» ridicule en fin de campagne, qui ne correspondait en rien à la ri-gueur budgétaire qui avait marqué jusque-là le règne conservateur de Stephen Harper, qui avait permis d'équilibrer les comptes publics et de réduire la TPS et d'abaisser des impôts.

Las sans doute de dix ans d'un premier ministre sérieux et assurément compétent, mais plate et somnifère, les Canadiens ont préféré aux urnes le jeune Trudeau et ses promesses de réutiliser au maximum la marge de crédit collective.

La vraie carrière politique de Stephen Harper a pris fin à ce moment-là.

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