De Saint-Mathieu à Partytown

Nathalie Simard lors de l'assemblée publique de lundi... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Nathalie Simard lors de l'assemblée publique de lundi à Saint-Mathieu-du-Parc. Le maire Claude McManus figure à la table derrière elle.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il apparaît assez évident maintenant que Saint-Mathieu-du-Parc ne deviendra pas le «village de Nathalie».

L'acrimonie entre le conseil municipal, le maire Claude McManus en tête, et le couple Nathalie Simard et Lévis Guay, propriétaires de l'ancienne cabane à sucre Chez Hill, a monté plus que d'un cran cette semaine pour atteindre un point de non-retour.

Le maire McManus brandit maintenant un compte de taxes de 10 000 $ impayé qu'il n'a pas l'intention d'annuler alors même que les déboires financiers du couple Simard-Guay viennent d'être étalés sur la place publique.

La survie de ce qui est devenu la Cabane chez Nathalie est loin d'être acquise. On comprend mieux les raisons qui avaient amené le couple à organiser une Foire champêtre durant les cinq week-ends les plus chauds de l'été. Sous ses dehors de générosité, puisqu'il n'y avait pas de prix d'entrée aux spectacles qu'on y produisait, il s'agissait de faire fonctionner la salle à manger et le bar le plus fort possible afin de renflouer des coffres dégarnis.

Il n'y a pas de mal à cela en principe. 

On éprouve tous un courant de sympathie naturelle envers Nathalie Simard, une idole qu'on a vue grandir, qui a été appréciée et applaudie par plus d'une génération de Québécois. On connaît aussi la troublante histoire qu'elle a vécue comme jeune artiste vulnérable avec son ancien gérant.

Mais en dépit des relations qui n'étaient semble-t-il pas aussi harmonieuses qu'on pouvait le croire entre le couple Simard-Guay et la Municipalité, la question qui se pose est: est-ce que les élus de Saint-Mathieu-du-Parc, répondant à des plaintes de citoyens, étaient justifiés de retirer la permission accordée de faire des spectacles puis de la rétablir, mais avec des conditions pour le moins empoisonnées, puisqu'impossibles à réaliser dans les faits?

Quand on se retrouve en zone agricole dans une municipalité semi-urbaine comme Saint-Mathieu, il faut bien admettre que le moins auquel on puisse s'attendre, c'est de profiter de la quiétude des lieux.

Non seulement les spectacles en soirée se sont révélés une source d'ennuis pour le voisinage, mais on les prolongeait jusque dans la nuit, soit passé 23 h. On avait abusé de la tolérance qui avait été consentie par le conseil municipal. Les «nécessités» économiques ne peuvent justifier des perturbations nocturnes volontaires.

Partout aujourd'hui, les autorités municipales et leurs services policiers appelés à intervenir dans de tels cas, se montrent très fermes à l'égard du bruit causé, surtout lorsqu'il est produit à des fins privées et mercantiles. On n'est pas loin à cet égard de la tolérance zéro. 

Aucune victime du bruit, car ça peut être une cause de problèmes de santé - l'irritabilité chez ceux qui sont empêchés de dormir nuit après nuit n'en étant que la moindre - ne se plaint de la sévérité des règlements. L'appel magnanime à la compréhension ne vient toujours que de ceux qui profitent du dérangement qu'ils causent, de leurs clients ou de gens qui s'en foutent parce que ça ne se passe pas dans leur cour.

Toutes les autorités municipales qui ont le moindrement le souci d'assurer à leurs citoyens la meilleure qualité de vie possible, ce qui devrait être un devoir unanime, ont adopté et font respecter avec rigueur leur réglementation contre le bruit. 

Le premier devoir du conseil municipal de Saint-Mathieu était de veiller à la tranquillité comme on le fait de nos jours dans toutes les grandes villes du monde et du Québec.

Le couple Simard-Guay aurait voulu installer leur établissement, érablière en moins, à Montréal, que leur expérience aurait été très rapidement interdite, avec fort probablement de lourdes amendes à acquitter.

La réglementation y est très sévère sur les opérations des restaurants et des bars en particulier. La production de musique à l'extérieur, sur les terrasses, y est interdite en tout temps et les terrasses arrière doivent fermer à 23 h. Un rideau pare-bruit doit être tiré à la même heure sur les terrasses avant pour amortir la clameur des clients. Quant aux bruits intérieurs, peu importe le vacarme qu'on y fait, ils ne peuvent être perceptibles à l'extérieur.

Le couple Simard-Guay n'aurait pas davantage connu de succès à Sherbrooke, où l'on fait de gros efforts en ce sens pour relancer un centre-ville qui avait décliné parce qu'il était devenu invivable pour les citoyens qui l'habitaient. Là aussi on y interdit l'exploitation des terrasses arrière après 23 h parce que les tenanciers manquaient de discipline et que les clients s'y perçoivent souvent comme sur une île déserte. 

À Québec, le couple se serait buté à une réglementation d'une extrême sévérité. Peu importe vos activités, bar ou pas, le son qui sort de votre bâtiment ne doit pas être entendu à plus d'un mètre de celui-ci et pas du tout s'il y a de l'habitation à côté. Produisez les décibels que vous voulez, mais prenez les mesures appropriées pour les confiner. Québec ne manque pas pour autant de lieux de distraction et de touristes.

En fait, il n'y a peut-être qu'au centre-ville de Trois-Rivières que le couple aurait pu installer sa cabane et y produire des spectacles bruyants et dérangeants... la nuit, comme dans les années 50. Trois-Rivières apparaît comme une «exo-cité» dans ce domaine.

Son règlement sur le bruit concernant les établissements licenciés est le plus faible des grandes villes du Québec et on le fait appliquer plutôt mollement, même aux petites heures de la nuit. Le citoyen qui se plaint a souvent l'impression de devenir la source de dérangement.

Une cabane à sucre au centre-ville de Partytown qui opère à l'année, ce serait à tout le moins original. Sauf pour les décibels.

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