La force de la certitude tranquille

Martin Coiteux... (François Gervais)

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Martin Coiteux

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Après avoir imposé d'importantes compressions budgétaires aux différents ministères du gouvernement du Québec alors qu'il était président du Conseil du trésor, cela peut faire sourire de voir cet été le ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique, Martin Coiteux parcourir le Québec, chéquier en main, pour distribuer de plantureuses subventions.

Quand il s'est arrêté mercredi à Trois-Rivières, c'était avec un gros chèque de 26,8 millions $ pour la construction du colisée.

Martin Coiteux ne voit pas de contradiction entre ses responsabilités actuelles et la rigueur colossale avec laquelle il a  contraint les différents ministères à de douloureuses compressions budgétaires qui ont permis non seulement d'atteindre l'équilibre budgétaire, mais de dégager un significatif surplus de 1,8 milliard $.

Un résultat peu fréquent dans un gouvernement du Québec qui a eu plutôt tendance à alourdir les finances publiques et à faire grimper sa dette à long terme.

Un excédent des revenus sur les dépenses qui permet maintenant au gouvernement libéral de se lancer dans une vaste distribution de cadeaux afin de mettre la table en prévision des prochaines élections?

Le ministre s'en défend. Si Trois-Rivières a enfin obtenu l'aide financière qu'il souhaitait pour son colisée, c'est que le projet avait été réinscrit dans les priorités du gouvernement dès son arrivée au pouvoir et qu'il correspondait parfaitement au programme de réinvestissement dans les infrastructures publiques qui est planifié.

Ce sera près de 90 milliards $ au cours des dix prochaines années qui seront ainsi injectés dans des travaux publics de tous genres.

«Il est important que le gouvernement maintienne son équilibre budgétaire, mais il est tout aussi essentiel qu'il réinvestisse dans les infrastructures publiques dans tous les secteurs et dans toutes les régions du Québec», analyse le ministre.

C'est à se demander si l'ancien professeur de HEC et représentant du Québec à la Banque du Canada, réputé presque d'extrême droite sur le plan économique, au point d'être soupçonné d'être libertarien, que certains voyaient en politique plutôt à la CAQ ou même au sein du minuscule Parti conservateur du Québec, qu'au PLQ,  ne s'est pas surpris à réformer sa pensée politique, lui qui rêvait de justement  réformer en profondeur le modèle québécois.

L'homme est pourtant très posé, il tient son bout mais n'élève pas le ton. Plus que la force tranquille qu'il dégage, c'est peut-être la force de la certitude tranquille qui l'habite, celle des gens sûrs d'eux-mêmes et déterminés, qui se laissent peu distraire de l'objectif à atteindre, celle d'un professeur qui parle avec son assurance acquise à une classe d'élèves auxquels il doit apporter coûte que coûte la connaissance qu'il détient.

Menu certes sur le plan physique, Martin Coiteux n'en est pas moins coriace. On l'a vu dans ses périlleuses négociations avec les 550 000 employés de l'État. On l'a traité de tous les noms, de bourreau, de bûcheron des temps modernes et même de pittbull, le pittbull de Nelligan, sa circonscription.

Si cela l'atteint, il n'en laisse rien voir. Quand on lui évoque la chose, il sourit et répond par une moue négative.

N'empêche. On le voyait au moins jusqu'à la fin de l'actuel gouvernement au Conseil du trésor. À peine le gros de ses négociations réglé et un premier grand ménage éclair dans les dépenses de l'État effectué, Philippe Couillard l'envoie aux Affaires municipales à la Sécurité publique. 

Martin Coiteux ne dira jamais s'il s'y attendait ou s'il en était déçu. «J'aime toucher à beaucoup de choses différentes», dira-t-il simplement, ajoutant qu'il se plaît beaucoup dans ses nouvelles fonctions, parce qu'il y a beaucoup à faire.

Bientôt, Montréal aura son statut de métropole, Québec, celui de capitale nationale et les villes et municipalités du Québec devraient enfin disposer d'une plus grande autonomie qu'en ce moment. 

Le ministre est parfaitement d'accord avec les propos de son premier ministre qui a dit publiquement que c'était fini «les créatures du gouvernement» en parlant des villes. Plusieurs projets de loi vont être déposés dans ce sens à la prochaine session parlementaire et on peut déjà croire que la conciliation avec le monde municipal sera plus facile qu'elle ne l'a été avec la fonction publique.

Ce n'est pas le projet de loi sur les chiens dangereux (dont les pittbulls) qui devrait lui créer le plus de souci. Il n'en sera peut-être pas de même avec les policiers du Québec qu'il veut contraindre à porter leur uniforme au complet. Leur enlever le pantalon de camouflage pourrait se révéler plus explosif que d'imposer des interdictions ou des règles sévères aux propriétaires de chiens méchants ou présumés l'être.

Le ministre plaide que cela devrait pouvoir se faire dans la négociation, mais il brandit déjà la menace d'une loi spéciale pour y arriver.

Martin Coiteux avait certes des idées sur la façon dont le Québec devait évoluer. Il avait un blogue et il rédigeait des opinions sur la question. Mais personne ne l'attendait vraiment en politique.

C'est l'arrivée du gouvernement du Parti québécois au pouvoir, et la direction que voulait donner celui-ci à l'État du Québec, en particulier avec sa charte des valeurs, qui l'a convaincu d'entrer dans la bataille, avec les libéraux. Ça tombait bien, la circonscription ultra-libérale de Nelligan, qu'il habite, devait se trouver un nouveau candidat. Il s'est offert.

Il est peut-être didactique, d'apparence un peu nerd, bref un intellectuel, bien que de droite, mais il avoue trouver l'expérience politique passionnante.

Si on lui demande s'il compte se représenter aux prochaines élections, il répond oui sans aucune hésitation, en ajoutant cependant, «aujourd'hui».

Il promet tout faire pour reporter l'actuel gouvernement au pouvoir. Pour se rapprocher du moment où la dette du Québec ne représentera plus que 45 % de sa richesse collective, comparable aux meilleures performances des autres provinces?

Cela n'arrivera qu'en 2026. Qui voudrait bien alors être le chef du gouvernement pour célébrer l'événement? Une question «aujourd'hui» sans réponse.

Coup de griffe

À tous ces détraqués, ces hérétiques, ces erreurs de production humaine, qui mettent nos sociétés en berne.

Coup de coeur

Aux artistes du Cirque du soleil, qui cet été encore, en s'écartillant comme ils le font chez nous, embaument sereinement l'air de Trois-Rivières et de la région... et qui nous font se gonfler le torse de fierté.

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