Du Brexit au Québexit?

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La décision des Britanniques de se retirer de l'Union européenne, après plus de quarante ans d'une cohabitation inconfortable, a été reçue vendredi matin comme un produit stimulant par les souverainistes québécois.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Les vrais insulaires aujourd'hui du Royaume-Uni, ce sont les Londoniens.

Il suffit de regarder la carte des résultats du référendum sur le Brexit pour le constater.

Toute l'Angleterre profonde, celle du petit peuple aux prises avec ses difficultés, qui ne se retrouvait pas dans le rayonnement financier européen et international de la Cité, a choisi de se replier sur elle-même. 

L'Angleterre, pourrait-on dire, pure laine, celle qui veut se retrouver en elle, qui entretient la nostalgie d'un passé plus laborieux qui lui semblait plus glorieux, une Angleterre plus frileuse et plus conservatrice d'esprit.

Faut-il s'étonner que Marine Le Pen, en France, ait sauté de joie à l'annonce des résultats et que le candidat républicain américain Donald Trump exultait littéralement vendredi, voulant à tout prix voir dans le vote des Britanniques non-londoniens, la même émotion qu'il présume plus que latente chez les Américains qu'il aspire à représenter.

À moins que dans son cas, ce soit sa ressemblance physique assez frappante avec Boris Johnson, ce New-Yorkais d'origine, ancien maire de Londres, ténor du «Leave», qui a maintenant de solides prétentions légitimes à diriger le parlement britannique, qui lui ait donné des ailes. Une abondante toison jaune de plus dans les actualités et des propos d'un conservatisme brutal propres à enflammer les esprits incendiaires qui n'attendent que le prétexte pour s'activer.

La décision des Britanniques de se retirer de l'Union européenne, après plus de quarante ans d'une cohabitation inconfortable, a aussi été reçue vendredi matin comme un produit stimulant par les souverainistes québécois qui ont été prompts à manifester leur joie et leurs prédictions enthousiastes sur les réseaux sociaux.

Entendons-nous qu'il ne faut pas conclure que Le Pen, Trump et souverainistes québécois, c'est le même combat parce qu'on danse sur la même musique britannique.

D'abord, le Royaume-Uni est déjà un pays souverain, ce qui n'est pas le cas du Québec et le vote en faveur du Brexit consistait avant tout à reprendre davantage de pouvoirs concédés au fil des ans à un parlement européen considérablement élargi et à ses fonctionnaires devenus omnipotents et, on peut le croire, sans sensibilité citoyenne et déconnectés des préoccupations locales.

Il reste que pour les souverainistes québécois, un pays qui choisit de raffermir son indépendance le jour de la Fête nationale des Québécois, c'est tout un baume sur leurs plaies laissées dans leurs batailles perdues.

On peut comprendre que le mouvement souverainiste rêve que la décision des Anglais puisse provoquer une pulsion nationaliste dans le monde. Il se trouve que l'Irlande du Nord et l'Écosse, qui n'était toujours dans ce dernier cas rattachée que par de minces fils politiques au Royaume-Uni, saisissent l'occasion de se débarrasser de la couronne d'Angleterre. Elles ont toutes deux exprimé très majoritairement leur préférence à demeurer au sein de l'UE. L'Irlande du Nord catholique, c'est un peu à l'image du Québec. Quant à l'Écosse, elle n'était déjà pas loin de la séparation à son dernier référendum. La tentation sera forte de reprendre le vote. Cela pourrait bien aussi donner des idées à la Catalogne d'enfin larguer l'Espagne, une Catalogne où beaucoup de Québécois vont chercher leur soleil.

Qu'on appelle ça un effet domino ou de contagion, il est clair que tous les mouvements nationalistes dans le monde vont vouloir se doper de l'exemple anglais. 

Ce qui peut faire sourire, c'est qu'au Québec, l'exemple souverainiste serait venu... des Anglais. Qu'on se rassure, dans les grandes comme dans les petites célébrations de la Fête nationale des Québécois, on ne s'est pas rendu nulle part, semble-t-il, à agiter triomphalement l'Union Jack. On s'en est tenu à vénérer le fleurdelisé.

Il faudra attendre quand même plusieurs mois et peut-être même quelques années avant de véritablement pouvoir mesurer la portée réelle sur le mouvement souverainiste québécois d'un quelconque effet du retrait britannique de l'UE.

Pour l'instant, on ne peut pas dire que l'idée d'indépendance ait beaucoup de vent dans ses voiles au Québec. Il suffit de constater qu'en ce moment, le chef politique le plus apprécié est Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, qui atteint des sommets de popularité qu'aucun chef souverainiste n'a jamais approchés, de René Lévesque à Lucien Bouchard, en passant par Bernard Landry, Jacques Parizeau ou Pauline Marois.

Il faut aussi admettre que même s'il y a présentement une campagne à la direction du Parti québécois, le principal parti politique porteur du projet souverainiste, le mouvement ne semble vouloir prendre aucune altitude. 

En attendant la pandémie nationaliste mondiale, les souverainistes québécois peuvent avoir de quoi justifier un grand soulagement avec les résultats du Brexit britannique. Si ce n'est que parce qu'ils clarifient au moins un aspect majeur qui restait peu clair de la loi fédérale sur la clarté référendaire. Une séparation, dans la pratique parlementaire britannique, ça s'obtient à la majorité simple. 

À la condition peut-être que la question soit aussi claire. La question du Brexit tenait en moins de quinze mots, loin des formules alambiquées avec préambules interminables comme ce fut le cas dans les deux référendums du Québec. 

Il faudra être clair dans le prochain Québexit, si jamais la question est reposée. 

Coup de griffe

À Gary Little Bettman, qui a laissé les frogs de Québec s'endetter pour un colossal amphithéâtre dans lequel il n'a jamais eu l'intention d'y faire rejouer un club de la LNH. Il ne s'est odieusement servi de la Nordiques Nation que pour faire monter ses enchères américaines. 

Coup de coeur

À toutes les Québécoises, à tous les Québécois et à tous les autres s'il y en a ou s'il en reste, un bon lendemain de Fête nationale.

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