Le registre de Régis et nos no-name

Régis Labeaume... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Régis Labeaume

Le Soleil, Erick Labbé

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Faut-il s'étonner que le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, rêve de disposer pour sa ville des mêmes prérogatives que son homologue de Québec, Régis Labeaume, vient d'obtenir sous prétexte qu'il dirige la capitale nationale du Québec?

Parmi les «avantages» qui lui ont été concédés, c'est surtout le droit que Québec aura de réaliser des projets de grande envergure et d'adopter les règlements d'emprunt qui seront nécessaires sans avoir à les soumettre à un registre des électeurs qui fait tiquer Yves Lévesque, parce qu'il en est privé. 

Du coup, il a signifié cette semaine sa frustration à cet égard et tapé au pied l'Union des municipalités du Québec, dont il a claqué la porte, pour lui rappeler que c'est cette promesse qui devait être élargie à l'ensemble des municipalités qui avait convaincu l'UMQ de pactiser avec le gouvernement en signant un pacte fiscal «provisoire» autrement dur à avaler.

On avait compris que Québec promettait aux villes plus de liberté en ne les obligeant plus à  faire approuver tous leurs règlements d'emprunt, comme c'est le cas depuis toujours, par le ministère des Affaires municipales. On comprend aujourd'hui que c'est l'autorisation des citoyens, ces «cliques» qui s'opposent à tout, selon Labeaume, Lévesque et bien d'autres maires, qu'il faudrait interdire.

La position du maire de Trois-Rivières sur ce sujet a toujours été claire. Si suffisamment d'électeurs réclament un référendum sur un projet de règlement d'emprunt, le registre va tout simplement à la poubelle. Même si la «petite clique d'opposants» dépassait le millier de signatures, comme ce fut le cas à deux reprises pour des règlements d'emprunt reliés à Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

Il s'était d'ailleurs vanté de sa méthode expéditive à la Chambre de commerce de Saint-Georges, en Beauce. Ce qui avait provoqué le départ outré de plusieurs participants à la rencontre, car on venait justement d'y bloquer par le biais d'un tel registre des électeurs un projet d'emprunt pour une salle de spectacles.

Si Yves Lévesque semble être le seul à clamer tout haut ses états d'âme sur ce pouvoir qu'il juge abusif concédé aux citoyens, il est loin d'être le seul maire à penser ainsi. Il suffit peut-être de constater la nervosité admise par Michel Angers, le maire de Shawinigan, lors de deux récents registres, celui de Nemaska et celui sur le traitement des eaux usées de Lac-à-la-Tortue pour se convaincre qu'il peut trouver lui aussi embarrassant, dans certains cas, l'obligation de tenir une consultation populaire.

Tant pis ou tant mieux pour les contribuables de Québec, on verra, si leur maire peut désormais réaliser toutes ses idées, grandes et petites, sans risquer de se faire barrer légalement le chemin par ses citoyens.

Il reste que c'est ouvrir une porte toute grande à la tentation mégalomanie qui s'empare facilement de bien des maires, déjà devenus des seigneurs tout puissants à la tête de leurs villes fusionnées, surtout lorsqu'ils sentent le besoin de laisser leur marque dans l'histoire. 

Que les villes soient plus indépendantes de Québec, plus autonomes et plus décisionnelles, tout le monde aujourd'hui peut en convenir. Il faut quand même se préserver quelques garde-fous, comme le droit citoyen à s'opposer à un projet qui ne recevrait pas l'approbation de la communauté.

Le registre des électeurs qui impose la tenue d'un référendum pour l'approbation d'un règlement d'emprunt, lorsque suffisamment de citoyens le signent, est la seule mesure démocratique qui permet de bloquer une intention d'un conseil municipal, entre deux élections. C'est une protection. 

Autrement, c'est que dès lors qu'un maire est élu et qu'il peut jouir d'une majorité à la table de son conseil, c'est comme s'il recevait un chèque en blanc. Tout lui serait dès lors permis. 

Il faut peut-être se garder une petite poignée démocratique, au cas où... D'autant qu'il n'y a vraiment pas d'abus de la part des citoyens à exiger des référendums pour tout et pour rien.

Sans compter que dans la majorité de nos villes, il n'y a pas d'opposition structurée, comme c'est le cas à l'Assemblée nationale ou à la Chambre de communes pour faire reculer le gouvernement lors de décisions discutables ou controversées.

Cela dit, même s'il leur arrive de monter aux barricades et de trôner sur ce qui leur apparaît comme un royaume, les maires du Québec se distinguent très peu sur le plan politique. 

Si l'on en croit le sondage de Léger Marketing publié vendredi, les deux seuls maires du Québec à apparaître au nombre des 60 élus les plus populaires du Québec sont Denis Coderre et Régis Labeaume.

Ce n'est pas qu'Yves Lévesque n'a pas tenté dans le passé par quelques sorties intempestives de se donner une stature nationale, mais il demeure un ignoré du grand public.

La seule politicienne de la région qui se distingue vraiment, c'est Ruth Ellen Brosseau, la députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé. Encore qu'elle n'arrive qu'au 35e rang québécois, avec 19 % des sondés qui admettent penser du bien d'elle. Ses aspirations, encore bien timides, à la direction de son parti l'ont probablement un peu aidée.

Après elle, il n'y a plus que la ministre Julie Boulet qui soit digne de mention. Encore que la députée de Laviolette, qui a pourtant un long parcours politique, ne se classe qu'au 52e rang, avec 11 % d'affection populaire, mais 25 % qui ne l'aiment pas. Il est vrai qu'en dehors de Robert Poëti, ce n'est pas la meilleure place dans le Parti libéral du Québec pour espérer en ce moment un peu de popularité personnelle.

Pour le reste, nos élus régionaux? Tous des no-name? Semble-t-il. Dur pour l'égo...

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