Les lettres de l'oeuvre inachevée

L'installation des lettres géantes à l'Amphithéâtre Cogeco est... (Stéphane Lessard)

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L'installation des lettres géantes à l'Amphithéâtre Cogeco est pratiquement terminée.

Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Lors de leur prochain tour de bateau, peut-être pour inaugurer la nouvelle saison de la navette fluviale faisant le lien entre les quais de Trois-Rivières et de Sainte-Angèle-de-Laval, il est probable que Jean-Guy Dubois, le maire de Bécancour offre à son homologue de Trois-Rivières de grimper jusqu'au sommet de son mirador.

Depuis la tour d'observation du quai de Sainte-Angèle, Yves Lévesque aura une vue imprenable sur son amphithéâtre et sera en mesure d'admirer jusqu'à l'extase les grosses lettres noires de 20 pieds, faites d'épinettes d'Autriche, d'Allemagne et d'ailleurs, qui se découpent dans le paysage de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. C'est vrai que l'architecture aérienne de l'amphithéâtre créée une belle impression quand on la regarde du milieu du fleuve ou sur l'autre rive. Avec ses lettres géantes, qui se veulent impériales, les passagers à bord des bateaux de croisière ne pourront pas ignorer qu'ils passent devant TROIS-RIVIÈRES, avec son petit accent grave. Est-ce qu'ils en garderont pour autant un souvenir impérissable, c'est autre chose.

Le maire Lévesque aimerait bien que l'Amphithéâtre Cogeco devienne ce qu'on appelle un «landmark» comme c'est le cas pour celui de Sidney, un gouffre financier au départ, mais qui s'est au moins révélé avec le temps comme un symbole mondial pour la capitale du sud-est de l'Australie.

L'amphithéâtre et ses lettres monumentales parviendront-ils à en faire autant et à détrôner le pont de Trois-Rivières comme référence identificatrice de la ville? Pour l'instant, on peut en douter.

Pour la navigation commerciale fluviale, le pont de Trois-Rivières restera pour longtemps encore la balise marine trifluvienne, En aval comme en amont, on peut l'apercevoir à des dizaines de kilomètres. On le voit longtemps et de loin. Ce n'est pas quelques lettres hollywoodiennes qui surgissent au passage devant la pointe de Trois-Rivières sur Saint-Laurent qui vont y changer grand-chose, même si c'est depuis le fleuve qu'on en aura la meilleure perspective.

D'ailleurs, en ce moment, parce que l'environnement de l'amphithéâtre fait plutôt dénudé, la structure a un peu l'air égaré sur son promontoire, comme un phare de navigation dans sa solitude bienveillante. Sans compter que les élévateurs à grain sont plus hauts et la basilique du Cap, plus altière. Du fleuve, il y a de la concurrence visuelle.

Ça ne sera évidemment pas comme cela quand Trois-Rivières sur Saint-Laurent sera davantage bâti. On constate qu'il faut pour l'instant s'armer d'une grande patience.

Cela pourrait cependant changer radicalement si l'ensemble s'élargissait, comme on l'évoque, en développant d'un bord le hangar no 1, peut-être avec le Dubaï sur Saint-Laurent que propose de réaliser le promoteur Jean-Claude Fortin et de l'autre, en jetant cette passerelle dont on caresse le projet depuis des décennies pour faire le lien avec l'île Saint-Quentin, un joyau naturel pourtant à seulement quelques encablures aériennes du site.

L'idée est revenue en force dans l'air et tant mieux, car la Ville trouverait là une justification à réinvestir dans cette île qui en a un urgent besoin. Les infrastructures d'accueil et de divertissement y sont toutes désuètes et dégradées. C'en est parfois gênant. Suffit de regarder l'état des toilettes et des douches du pavillon Jacques-Cartier, où les visiteurs-navigateurs de la marina, des touristes, doivent prendre leurs aisances, pour éprouver le besoin de se boucher le nez.

Difficile de trouver pire au Québec. Ce n'est pas quelques grosses lettres aperçues au dos d'un beau bâtiment architectural élancé qui pourront chasser les mauvaises impressions que laissent les latrines des différents pavillons de l'île.

Toute la façade fluviale de Trois-Rivières, celle par où toute son histoire a commencé, au confluent de Tapiskwan Sipi, serait alors spectaculaire et pourrait à ce moment-là devenir le vrai landmark de Trois-Rivières, car ce serait l'une des plus belles perspectives urbaines, au moins du Québec, mais probablement de davantage.

L'amphithéâtre, si cher au maire Lévesque et, il faut en convenir, à une bonne partie de la population, qui accueille déjà de grandes vedettes internationales, pourrait alors prétendre être le joyau trifluvien de marque qu'il aspire à être, l'image-marketing de Trois-Rivières, sa belle T-Rès qu'elle proclame dans ses publicités.

Le parc portuaire, avec des équipements de prestige, l'amphithéâtre et Trois-Rivières sur Saint-Laurent, une passerelle pour piétons et cyclistes suspendue au-dessus de la rivière pour faire l'accolade à l'île, ce serait imbattable. Downtown, secteur historique, promenade, spectacles, divertissements et villégiature réunis, à portée de pas ou de coups de pédales, ce serait un moyen tout inclus.

Bien sûr, il faut une grosse volonté politique, qui est probablement acquise. Il faut surtout, de beaux dollars, de beaux gros dollars. Car, qu'on ne se trompe pas. Tout cela se calcule en dizaines de millions $ et, on le sait, la carte de crédit n'est pas encore accotée, mais elle est pas mal pleine.

Remarquez que depuis quelques années, on a souvent eu l'impression que «money is no object». Ce qui, malgré les grognes citoyennes spasmodiques, n'avait pas l'air de déranger les décideurs, maire en tête.

Peut-être que là, avec un projet d'ensemble qui touche la fibre des Trifluviens, qui leur transperce le coeur comme une flèche de cupidon, qui reçoit leur assentiment et nourrit un grand rêve collectif, quelques dollars de plus au compte de taxe seront perçus comme du «love money». Peut-être... faudrait les sonder.

Pour l'instant, on est devant une oeuvre coûteuse inachevée, même écrite en gros caractères.

Coup de coeur

À Madame Claire Mayer, qui une fois encore, nous livre son Danse Encore. C'est, chaque année, le festival de l'élégance et la grâce. C'est l'événement qui allume l'été festif trifluvien. Même le temps s'est révisé pour être beau et se faire complice.

Coup de griffe

Aux Canadiens, qui ne nous ont pas fait la faveur de se rendre en séries. Ça a laissé tout l'espace médiatique aux politiciens qui n'en finissent plus avec leurs chicanes de tenter de scorer des buts tout croches.

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