L'archimillionnaire port de Trois-Rivières

Le port de Trois-Rivières... (Sylvain Mayer)

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Le port de Trois-Rivières

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est autour d'une nouvelle bière, la Débardeur, brassée par Le temps d'une pinte, que les autorités portuaires de Trois-Rivières, des représentants des débardeurs, bien sûr, et des utilisateurs du port ont clôturé jeudi une assemblée générale annuelle menée rondement.

On avait d'évidence le goût à la fête. Il faut dire que les choses vont plutôt bien au port de Trois-Rivières, en croissance presque continue et qui multiplie par dizaines de millions $ ses investissements en remises à niveau, modernisation et agrandissement de ses espaces utiles. 

S'il y a une business qui marche bien à Trois-Rivières et qui ne semble pas affectée par les sautillements de l'économie, c'est bien le port.

Alors, déguster une petite bière de type porter, fabriquée avec de l'orge venu du Danemark, mais transbordé sur les quais par les débardeurs, c'était bien mérité. Il est vrai que les hommes de quai ont l'expérience dans la manutention et... dans la dégustation de bière. C'est d'ailleurs un clin d'oeil à leur lointain, mais peut-être pas tant que ça, passé de solides buveurs de bière que le brasseur trifluvien a voulu faire en leur dédiant une bière comme ils l'appréciaient tant.

Les débardeurs, qui avaient des surnoms du genre «Jos-bras-de-fer», ont toujours eu la réputation d'être de solides gaillards. Il le fallait bien, car il n'y a pas toujours eu de puissantes grues pour vider ou remplir les bateaux de leurs cargaisons. 

Il leur fallait probablement se «réhydrater» plus que la moyenne, car il faut présumer qu'ils suaient aussi plus que le moyenne. Il ne manquait pas de buvettes autour des quais. N'empêche que cela faisait bien sourire les travailleurs de la C.I.P. quand un bateau accostait face au hangar numéro 1 pour prendre sa livraison de papier-journal à destination des États-Unis. Il appartenait aux gars du moulin, pour vider la shed, d'acheminer les rouleaux de papier jusque sur un convoyeur où les débardeurs les prenaient en charge. Pour grimper le rouleau, deux travailleurs de la C.I.P, parfois même un seul, étaient suffisants. Mais en vertu de leur contrat, il fallait trois paires de gros bras de débardeurs pour le débarquer du convoyeur, ce qui était pourtant plus facile à exécuter. 

Façon de parler, car dans les faits, ils n'en laissaient souvent qu'un seul sur place pour faire le travail, les deux autres se réfugiant dans une taverne ou un bar du coin. Les hommes se relayaient entre la bière et les rouleaux, mais tous étaient payés. Alors, comme ils en ont fait vivre des débits et des brasseries, c'était plus que mérité qu'on concocte une bière à leur saveur et à leur nom.

Entendons-nous que tout a changé sur les quais, y compris dans les habitudes de travail des hommes et que le port de Trois-Rivières est assurément un exemple pour les ports comparables. 

D'abord, il est plutôt profitable. Malgré une faible baisse de revenus conjoncturels en 2015, il a encore une fois dégagé un bénéfice d'exploitation qui ne fera que consolider sa situation financière. Non seulement il solidifie sa position, mais, comme l'a indiqué son pdg Gaétan Boivin, «on va être là pour des années à venir». Le port a accumulé un trésor de guerre d'une vingtaine de millions, des placements qui lui génèrent beaucoup de revenus annuels. Il a donc les moyens de ses ambitions et promet ainsi de demeurer un apport substantiel à l'économie de Trois-Rivières et de la région.

Avec son Cap sur 2020, le port va avoir réalisé à la fin de la présente année des investissements de 35 millions $ dans ses infrastructures. Mais il se dépensera aussi une quinzaine d'autres millions $ pour compléter le terminal 13 et une dizaine de millions $ en raison de l'acquisition d'un vaste terrain pour entreposage sur la rue Bellefeuille. 

Faut-il s'étonner qu'on parle déjà d'un Cap 2030? «Vision, rentabilité, performance et gouvernance.» Ce sont les quatre mots à retenir pour décrire le port de Trois-Rivières, selon le président de son conseil d'administration, Cléo Marchand.

On parle bien sûr d'investissements directement reliés aux activités portuaires du côté ouest. Mais à l'est, on pourrait y ajouter 53 millions $, si le projet du promoteur Jean-Claude Fortin débloquait. Lui, il est prêt et les autorités portuaires de Trois-Rivières, tout autant. Il n'y a aucune ambiguïté de leur part. 

Fortin a le projet d'un hôtel de luxe de sept étages, dont les quatre premiers seraient affectés à des espaces de bureau, en bonne partie déjà réservées par l'administration portuaire, Il y aurait aussi une salle de congrès et le marché public que souhaite le maire Yves Lévesque. Cela ferait disparaître la «verrue»  que représente dans son état actuel aux yeux du maire le hangar 1, à côté de l'amphithéâtre et de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Ceux qui ont pu voir le montage 3D réalisé pour présenter le projet sont tous restés éblouis. «Ce serait comme un Dubaï à Trois-Rivières», s'est exclamé un dirigeant portuaire.

Mais la Ville se fait hésitante, car le promoteur veut un soutien financier annuel de 800 000 $. C'est à peu près la moitié de ce qui a été consenti au Delta pour l'agrandissement de son centre de congrès, beaucoup plus grand il est vrai, et l'ajout d'un hôtel-boutique. 

On peut comprendre qu'avec l'aide apportée au Delta, cela ferait 2,5 millions $ dans les dépenses courantes de la Ville. Il est vrai que Fortin a prévu une rétrocession en faveur de la Ville de son centre de congrès après 20 ans. La Ville récupérerait donc un actif, au moment par contre où une remise à niveau serait rendue nécessaire.

Il reste que si ce projet se réalisait, ajouté à celui du Delta, le visage de Trois-Rivières s'en trouverait transformé d'une façon prestigieuse et pour longtemps. Faut-il ouvrir la machine? 

Coup de griffe

À se demander s'il ne sortira pas plus de puanteur du dossier du site d'enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès que les mauvaises odeurs qui pourraient émaner de l'endroit lui-même. Ça sent le lixiviat politique.  

Coup de coeur

À notre amortisseur social qu'est COMSEP, qui doit maintenant quêter aux coins des rues pour continuer d'apporter aide, formation et valorisation aux plus déshérités, à beaucoup d'égard, de notre société.

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