Quelques brins de poussière... dorée sur la ville

Au Canada, la ville de Trois-Rivières se classe... (Archives La Presse)

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Au Canada, la ville de Trois-Rivières se classe au quatrième rang des plus polluées, derrière les villes de Courtenay, Regina et Vanderhoof.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On savait déjà qu'on était la ville des heureux et des bienheureux, voilà qu'on nous apprend que nous pourrions aussi être la ville des toussoteux.

C'est l'Organisation mondiale de la santé qui, dans son palmarès des villes les plus polluées dans le monde, nous a révélé que Trois-Rivières s'est hissée au premier rang québécois de la pollution microscopique, mais qu'elle n'a pu faire mieux qu'une quatrième position dans l'ensemble du Canada. Ça viendra.

Il faudrait voir si la santé publique a effectivement établi au moins une corrélation entre ces micros particules de MP10 et de MP2,5, si liliputiennes qu'on ne les voit pas, et les maladies pulmonaires ou cardiovasculaires qu'elles sont susceptibles d'engendrer. Les vieillards, les bébés et les pauvres y seraient plus affectés. Pour les bébés, on peut comprendre. Pour les vieillards, ça tombe mal, car Trois-Rivières n'en manque pas. C'est même une des plus vieilles villes du Québec, en raison de l'âge de ses habitants. Mais pour ce qui est des pauvres... Est-ce qu'ils prendraient de plus grandes et fréquentes respirations que les autres? Ça serait un cas de recherche.

On s'étonne malgré tout que l'air trifluvien puisse être si pollué, plus que celui de Montréal et que toutes les grandes villes canadiennes surpeuplées et surachalandées. D'autant que le soupçon de responsabilité s'est aussitôt tourné vers les usines à papier, les deux seules usines restantes de l'ancienne capitale mondiale du papier, la Wayagamack et Kruger Trois-Rivières. Elles ne comptent même plus le quart des effectifs qui y ont déjà besogné. Même l'odeur de chou bouilli venant de la Wayagamack par vent d'est et annonciatrice de mauvais temps n'est plus vraiment perceptible par les nez les plus fragiles.

Avec le grand air qui nous vient du fleuve, des prés de Maskinongé, des terres verdoyantes de Champlain et des lacs et forêts du nord, la dose polluante ne peut être finalement qu'homéopathique. On va attendre avant de se promener avec des masques respiratoires comme à Tokyo.

Ce n'est malgré tout assurément pas le titre le plus glorieux qui ait été décerné à la capitale de la Mauricie.

Il faut se rappeler que Trois-Rivières en a obtenu ou en détient déjà bien d'autres. La ville a souvent caracolé en tête des villes du Québec à bien des égards. Une étude nous a déjà fait savoir qu'on était un peu plus dodu que la moyenne. Normal. Quand on n'est pas riche, on mange moins bio et un peu plus gras, avec plus de féculents économiques. Avec son très moyen salaire médian, Trois-Rivières rivalise avec la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine.

Trois-Rivières, c'est aussi la ville bon marché par excellence. L'Institut de recherche et d'informations nous l'a dit il n'y a pas longtemps. C'est ici que les loyers sont les plus bas et que les maisons, pour les villes d'une certaine taille, sont les moins chères. C'est aussi à Trois-Rivières que le coût d'administration de la ville est le moins élevé. Ce qui nous permet de s'endetter, collectivement, plus qu'ailleurs.

Qu'à cela ne tienne. Les Trifluviens sont heureux et c'est cela qui compte. C'est la deuxième ville du bonheur au Canada, selon Statistique Canada. Ce n'est pas quelques grains de poussière, peut-être euphorisants finalement, dont on ne savait même pas qu'ils existent, qu'on ne peut même pas voir, qui vont nous déstabiliser. Même les visiteurs ne s'en apercevront pas.

De toute façon, il y aura bientôt une pluie diluvienne de beaux dollars, des centaines de millions, qui vont s'abattre sur la ville, nous préviennent en choeur le maire Yves Lévesque et le directeur général d'IDE Trois-Rivières, Mario De Tilly. En tombant aussi drus qu'on nous le promet, ces dollars en déluge devraient bien être en mesure de chasser vers le large ces infinitésimales particules délinquantes.

Il faudra bien essayer de les compter lors de leur chute et repérer là où ils vont atterrir.

Il y en aura, effectivement, et on peut déjà savoir que le centre-ville ne sera pas en reste.

D'abord, la Ville s'est mise en mode action pour réaménager d'une façon spectaculaire toute l'entrée au centre-ville, aux Cinq-Coins. L'annonce serait imminente. La preuve en est peut-être que quelques acheteurs inspirés ont déjà fait l'acquisition de quelques propriétés qui prendront de la valeur.

Les nouveaux propriétaires du Delta de Trois-Rivières se préparent à une phase 2 qui pourrait bien être reliée à un centre de congrès. On prévoit déplacer l'entrée de l'hôtel qui donnera sur la rue Badeaux, qui deviendra l'allée privilégiée menant au coeur de Des Forges. Une passerelle va même relier l'hôtel au stationnement étagé.

La Ville, dit-on, va y mettre encore là beaucoup de sous.

S'il fallait qu'en plus le promoteur Jean-Claude Fortin parvienne à construire son hôtel et son centre d'expositions, avec marché public dans le hangar no 1 pour plaire au maire et petit trolley sur la voie ferrée existante, tout le monde en aura plein la vue au centre-ville.

Fortin doit encore régler quelques petits détails comme s'entendre avec l'Administration portuaire de Trois-Rivières mais aussi avec la Ville, pour le soutien financier annuel qu'il réclame en raison du centre de foires.

Mais si l'homme ne manque pas de couleurs, et malgré quelques prises de bec dans le passé avec le maire Lévesque, il a la capacité de réaliser ses projets. Il a annoncé cette semaine un investissement de 60 millions $ additionnels à la Place Belvédère, ce qui portera à 100 millions $ ses investissements dans la ville.

On le croirait souvent directement sorti de Dubaï, mais il faut constater que ce natif de Saint-François-d'Assise (la petite Pologne) a des amis aux poches profondes.

Alors, les Trifluviens pourront respirer profondément l'air de leur ville, comme on le fait quand on se gonfle le torse de fierté... ou de vanité.

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