Un zoo avant les ventres creux

Pendant que le gouvernement invoque des capacités financières... (Le Quotidien)

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Pendant que le gouvernement invoque des capacités financières limitées pour soutenir les organismes qui aident les plus faibles et les plus démunis de notre société, on annonce fièrement, comme on l'a fait en début de semaine, une subvention de 26 millions $, sur un projet de 32,5 millions $, au zoo de Saint-Félicien.

Le Quotidien

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les sources d'indignation, chaque fois en fonction de l'état d'esprit des uns et des autres, ont jailli de tous les côtés cette semaine. À ne savoir où en donner de la tête jusqu'à épuiser ses réserves d'émotions.

On n'avait même pas fini d'aiguiser les couteaux afin de découper en fines lamelles le gouvernement du Québec dans le dossier de Bombardier et les milliers d'emplois perdus ou sacrifiés, que la bombe du cinéaste Claude Jutra, redécouvert pédophile trente ans après sa mort, explosa comme un volcan rageur dans un Québec devenu aussi épidermique qu'horrifié.

Malgré ses films brillants, des rues, des parcs ou des espaces publics qui portaient son nom, malgré même les trophées décernés chaque année par l'industrie cinématographique qui rappelaient sa mémoire, jamais Claude Jutra n'aura connu une telle notoriété au Québec.

Comme si ce n'était pas déjà assez nourrissant pour assouvir une bête déchaînée dans les médias sociaux, voilà que PK se fait traiter d'égoïste par un coach au bord de la dépression.

Peut-on s'étonner que dans une telle turbulence sociale, d'autres raisons de révolte aient malheureusement passé sous le radar.

À chacun ses montées intérieures, mais il y a peut-être quelque chose de plus fondamentalement choquant dans ces cris dans le désert que lancent depuis plusieurs mois les organismes communautaires sans que personne ne semble vouloir s'en soucier. La compassion collective est parfois bien mince.

Pour une énième fois, des porte-parole de la Table régionale des organismes communautaires en santé et services sociaux du Centre-du-Québec/Mauricie sont venus sur la place publique expliquer les difficultés qu'ils éprouvent et qui vont s'accentuer en raison du sous-financement dans lequel «l'austérité» gouvernementale les a projetés. Ce sont des compressions budgétaires de 13 millions $ qui leur sont imposées.

C'est comme ça pour tous les autres organismes communautaires. On n'a qu'à penser à Comsep.

Pour équilibrer ses comptes, le gouvernement leur impose depuis près de deux ans maintenant une inavouable cure minceur. On demande à des organismes dont on n'a jamais compris qu'ils pouvaient souffrir d'embonpoint de se serrer encore un peu plus la ceinture, comme si l'intérêt supérieur des finances de l'État pouvait passer par ce qui a bien plus l'allure dans leur cas d'une anorexie décrétée.

Ce qui est choquant, c'est que pendant que le gouvernement invoque des capacités financières limitées pour soutenir les organismes qui aident les plus faibles et les plus démunis de notre société, on annonce fièrement comme on l'a fait en début de semaine une subvention de 26 millions $, sur un projet de 32,5 millions $, au zoo de Saint-Félicien.

Pour agrandir et mieux réfrigérer la maison des ours polaires du zoo, on réalise que money is no object. Ce n'est évidemment que pur hasard, et non par favoritisme, si le député du coin s'appelle Philippe Couillard.

Tant mieux pour la direction du zoo de pouvoir profiter d'une telle largesse gouvernementale, mais ce sont toutes les ATR et toute l'industrie touristique qui se creusent la tête pour découvrir en vertu de quel programme une si forte subvention a pu être accordée.

C'est presque le double de ce que Trois-Rivières avait pu obtenir du même gouvernement pour son amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Et encore, il avait fallu plaider fort la cause, invoquer qu'il s'agissait d'un legs pour le 375e anniversaire de fondation de la ville pour que l'argent tombe enfin. Ces 14 millions $ venus de Québec n'auront finalement représenté que 25 % de ce qu'aura coûté à la Ville l'Amphithéâtre Cogeco et ses différents aménagements.

Quand il a fait l'annonce de l'aide colossale qu'il apportait au zoo de Saint-Félicien, le premier ministre Couillard avait évidemment installé à ses côtés sa nouvelle ministre du Tourisme, Julie Boulet.

Tous les intervenants du secteur touristique de la région se sont réjouis au moment de la nomination de Julie Boulet à ce ministère. On a toujours l'impression qu'on pourra dans les circonstances être mieux entendu et compris, bref qu'on va recevoir un peu plus d'argent que dans le passé.

On est en droit de lui demander de profiter des mêmes considérations que le zoo. C'est un gros argument.

Peut-être que les organismes communautaires devraient aussi s'en servir.

On peut bien admettre qu'il appartient au gouvernement d'adopter une attitude responsable dans la gestion des finances publiques et qu'il devient parfois nécessaire de corriger certaines enflures qui se forment avec le temps dans les dépenses, mais jamais on ne nous convaincra que c'est dans les organismes les plus indigents qu'il faille grignoter.

Coup de coeur

Au maire Jean-Guy Dubois, qui a décidé de faire de Bécancour une ville «allumée» en fonçant dans le numérique. Il faut parfois avoir un peu de vision.

Coup de griffe

Aux insatiables pétrolières qui rançonnent depuis toujours les automobilistes du Haut Saint-Maurice.  Une chance qu'il y a maintenant quelqu'un qui a décidé de leur serrer le cou: le maire Normand Beaudoin de La Tuque.

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