La poutine «trumpétienne» de Chez Vachon

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Donald Trump a remporté la victoire mardi lors des primaires au New Hampshire.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a des week-ends ou des jours où on aimerait se trouver ailleurs. C'était le cas en début de semaine.

Chacun ses préférences, mais dans mon cas, c'est Chez Vachon, à Manchester, dans le New Hampshire, où j'aurais aimé être. Campagne électorale oblige, même si elle est américaine.

Chez Vachon, c'est un passage obligé pour les candidats, chaque fois qu'il se tient une primaire dans l'État. Comme Chez Grand-Père l'est à Louiseville ou Chez Sauvageau, dans le temps, sur la 5e à Shawinigan quand on est en élection au Québec.

Certes, il y avait bien à commenter les 100 premiers jours de selfies de Justin Trudeau, la reprise de la chicane parlementaire à Québec, la vrille de Bombardier qui aurait un urgent besoin d'un commandant Piché à bord, les nouvelles mamours de Sugar Sammy avec Michel Angers et même sur le maire Yvon Deshaies de Louisville qui veut vendre la chaloupe de sauvetage de sa ville, peut-être sur Kijiji.

Il reste que même si on n'a pas de droit de vote aux États-Unis, on a au moins une certaine légitimité morale à s'en mêler un peu, car beaucoup des décisions qui sont prises à Washington nous affectent dans notre vie quotidienne. Nos économies, on le sait, sont très imbriquées et la politique américaine, même si elle peut nous apparaître différente et lointaine, ne s'écrase pas totalement au-delà du 45e parallèle.

Si on ne peut pas voter, on peut avoir au moins l'impression de le faire un peu par procuration à travers le New Hampshire. Quarante-deux pour cent des citoyens de ce petit État du nord américain déclarent encore que leur langue maternelle, c'est le français. Par attachement, par nostalgie, par résistance identitaire, cela importe peu.

Entendons-nous qu'ils ne se réclament pas descendants de Québécois, mais de Canadiens-Français. Il est vrai que leur migration d'origine remonte à la fin du 19e siècle et au début du 20e, jusque dans les années 30. C'est la moitié de la population du Québec d'alors qui a traversé les lignes pour devenir les tisserands sans pouvoir des factories de textile et de vêtements de la Nouvelle-Angleterre.

Une perte dont le Québec ne s'est probablement jamais vraiment remis. Il faut imaginer ce que serait le Québec d'aujourd'hui s'il avait gardé tout son monde. Sa population francophone serait le double de ce qu'elle est et la force de son nombre lui aurait conféré un poids démographique qui aurait probablement changé le cours de son histoire politique.

On peut donc penser qu'au New Hampshire, il y a un peu de nous dans le vote qui est exprimé. Quoique... Ils n'ont pas vécu la Révolution tranquille qui a transformé les Canadiens-Français en Québécois.

Il est en effet difficile comme Québécois de se retrouver vraiment dans les choix de mardi. Élire Donald Trump chez les républicains ou Bernie Sanders chez les démocrates, c'est comme si au Québec on avait choisi Jeff Fillion d'un bord et Françoise David de l'autre dans l'espoir de les voir l'un ou l'autre devenir premier ministre.

À moins qu'on n'ait voté que par cynisme. On retrouverait là quelques morceaux d'ADN bien compatibles. Les électeurs du New Hampshire se sont probablement bien amusés en désignant comme candidats «préférés» les extrêmes des deux grands partis. Extrêmes dans les idées et dans leur cash personnel.

Ils se sont évidemment tous arrêtés Chez Vachon pour faire belle figure et s'empiffrer de nourriture «canadienne-française». Les portions y sont gigantesques, plus à l'image d'une certaine Amérique pachidermique que du Québec gastronomique.

Il y a bien sûr la poutine qui fait référence québécoise. Encore que c'est une poutine qu'on ne reconnaîtrait pas vraiment dans sa version languettes de boeuf. Quant au reste, on peut parler d'une bouffe pour gars de chantier, de ces chantiers canadiens -français du début de l'ancien siècle, riche, copieuse, gargantuesque. Deux jours d'affilée à déjeuner et à dîner chez Vachon, les corsets éclatent et les ceintures se détachent. Les Américains adorent.

J'aurais bien aimé m'y retrouver quand Trump s'y est présenté. J'aurais osé aller jusqu'à me proposer pour lui servir son repas. Ma suggestion du chef aurait été la fameuse poutine de cinq livres. C'est pas mal de comfort food ça. Pas par admiration pour Trump, mais dans l'idée que s'il osait passer à travers sa grosse poutine, il s'endormirait forcément sur sa chaise, ce qui lui éviterait pendant au moins un bon moment de pouvoir dire des bêtises.

Et puis qui sait? Une maladresse de service est si vite arrivée. Imaginez que par «accident», un peu de gravy de poutine lui tombe sur sa rutilante chevelure. Un moment de gloire internationale, cela va sans dire.

On va quand même laisser les Américains à leurs extravagances politiques et à leur piastocratie.

S'ils veulent un clown comme président, cela les regarde après tout. Ils en avaient déjà un dans le fast-food qui s'appelait Ronald. McDo a fini par le renier parce que les gens disaient qu'ils mangeant de la «m...» de clown.

Il y a des jours où finalement, on est peut-être mieux de ne pas être ailleurs.

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