IFFCO: un autre vent d'espoir qui faiblit

Les dirigeants d'IFFCO se sont toujours montrés d'une... (Stéphane Lessard)

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Les dirigeants d'IFFCO se sont toujours montrés d'une grande exemplarité dans leurs rencontres d'information avec les milieux environnementalistes, les citoyens et le secteur économique

Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) De nos jours, dans les grands projets industriels, l'étape la plus délicate, la plus difficile et la plus cruciale à franchir est devenue l'obtention de l'acceptabilité sociale.

C'est pourtant celle qui a été la plus harmonieusement traversée par IFFCO Canada pour l'usine d'engrais que le groupe industriel auquel est associée la Coop Fédérée compte réaliser dans le parc industriel et portuaire de Bécancour.

L'appui au projet n'a bien sûr pas été total. Des environnementalistes s'y sont opposés ou ont émis des réserves, mais de principe, à sa réalisation. Il faut dire que l'usine d'IFFCO serait devenue l'une des plus grandes utilisatrices de gaz naturel au Québec, en raison de son procédé de production mais aussi parce que le gaz est un intrant majeur dans la composition de son engrais agricole. 

Il y avait de quoi provoquer une violente montée d'urticaire chez les verts, qui ne s'est pas vraiment produite. Peut-être parce que le projet avait reçu de solides appuis en cours de cheminement de le part d'un gouvernement du Parti québécois historiquement plus sympathique que les libéraux aux yeux des environnementalistes.

L'investissement tombait à point nommé car compte tenu de son ampleur, il permettait de faire baisser un peu la rancoeur qu'avait fait naître la fermeture abrupte de la centrale nucléaire. Avec les besoins en main-d'oeuvre de son chantier et les 250 emplois en usine qui allaient suivre, c'était un baume appliqué sur la blessure économique causée par l'arrêt de Gentilly-2. L'étape du BAPE s'en était trouvée d'autant facilitée. 

Il faut dire qu'IFFCO s'était montré d'une grande exemplarité dans ses rencontres d'information avec les milieux environnementalistes, les citoyens et le secteur économique.

Personne ne cherchait à trop mettre d'entraves au projet car ses dirigeants avaient expliqué que le temps allait être un facteur-clé dans le potentiel de réalisation du projet. Il fallait prendre de vitesse d'autres projets concurrents, en particulier venant des États-Unis.

On doit bien comprendre aujourd'hui que ce facteur n'était pas aussi déterminant qu'on le prétendait, car on vient une fois de plus de refroidir le projet en le mettant sur la glace. Les dirigeants d'IFFCO et de la Coop fédérée ont bien voulu se faire rassurants en disant qu'il était en veilleuse le temps que le marché de l'urée reprenne de la vigueur.

C'est vrai qu'il y a eu un effondrement des prix. Entre le moment où s'est amorcé le projet, en 2012, et aujourd'hui, le prix de la tonne d'urée est passé de près de 500 $ à 257 $. 

Aussi rassurant qu'on veuille se faire, il y a quand même de quoi s'inquiéter pour la suite des choses. L'impossible ou trop faible rentabilité de l'usine dans le marché actuel épouvante les investisseurs nécessaires pour compléter le montage financier aux côtés des actionnaires indiens et de la Coop Fédérée. La question du financement a toujours été problématique dans ce dossier. C'est la difficulté qu'on avait d'ailleurs invoquée l'an passé pour expliquer le report d'un an du projet.

Or, plus on retarde la construction de l'usine, plus les coûts grimpent. Au départ, on parlait d'un projet de 1,2 milliard $. Les dernières évaluations l'avaient fait grimper à 2 milliards $. Il est peu probable que l'an prochain ça soit moins cher. Il faudra donc encore un peu plus de capitaux pour y arriver. Le fait qu'IFFCO conserve ses bureaux de Montréal et de Bécancour reste un signe positif, mais c'est loin d'être une garantie mur à mur. 

La construction d'IFFCO, c'était la bouée de sauvetage qu'attendaient beaucoup de fournisseurs, d'entrepreneurs et de sous-entrepreneurs locaux et régionaux pour reprendre de l'oxygène. Ils avaient été 350 au printemps de 2014 à assister à une séance d'information d'IFFCO sur ses futurs besoins en approvisionnement. 

On n'en finit plus à Bécancour de procéder à des annonces d'implantations d'entreprises susceptibles de générer des centaines d'emplois chacune, mais qui n'aboutissent jamais. On peut penser à RER Hydro, annoncée en grande pompe, ou à Métaux rares Quest, qui devait générer dans son sillage une foule d'autres entreprises, mais surtout à Rio Tinto Fer et Titane, un projet de 4 milliards $ qui s'était rendu jusqu'à l'étude de préfaisabilité avant de s'effondrer.

Chaque fois, c'est l'enthousiasme, la certitude qu'une nouvelle page économique va s'écrire dans la région, que ça va redécoller et fortement. Chaque fois, le maire Jean-Guy Dubois de Bécancour astique sa belle pelle neuve, impatient qu'il est de la planter dans le sol et de la «grafigner» un peu. Chaque fois, c'est la déprime qui vient clore le dossier.

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