Cédrika: on respire, enfin!

Les gens ont commencé à venir déposer des... (Olivier Croteau)

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Les gens ont commencé à venir déposer des gerbes de fleurs sur les lieux où ont été découverts les ossements de Cédrika Provencher.

Olivier Croteau

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est dans un boisé humide et broussailleux, aux limites de la ville, qu'elle a été retrouvée, son petit corps d'enfant ayant été livré aux intempéries et aux assauts des animaux sauvages.

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Jamais la fillette au visage poupon, aux yeux vifs et foncés, au petit foulard noué au cou, ne s'était détachée de la mémoire collective.

À peine, peut-être, recouverte d'un peu de terre pour dissimuler le plus longtemps possible aux yeux du monde l'horreur du geste commis. À une dizaine de minutes de route du petit parc Chapais, où elle avait été enlevée. Elle était finalement là, tout près de nous.

La découverte des restes de Cédrika Provencher par un chasseur en battue qui s'était involontairement éloigné de ses compagnons a réveillé des émotions très fortes, à la mesure de celles que sa disparition avait fait naître dans la population au moment des événements, mais aussi dans les semaines, les mois et les années qui se sont écoulés depuis. Car jamais la fillette au visage poupon, aux yeux vifs et foncés, au petit foulard noué au cou, ne s'était détachée de la mémoire collective. 

Les parents de Cédrika ont fait connaître dimanche leurs remerciements aux innombrables témoignages de sympathie que la nouvelle a déclenchés et fait savoir qu'ils allaient maintenant pouvoir commencer leur deuil. Ce n'est pas trop tôt. Un deuil qui sera quand même partagé par des dizaines de milliers de personnes, probablement bien davantage encore, qui avaient adopté dans leur coeur cette petite fille de «9 ans, 5 pieds», comme nous le rappelaient les affiches collées partout par une armée de volontaires dans une démarche désespérée de parvenir à la retracer.

Oui, c'est tout le Québec et bien au-delà qui sont entrés en deuil ce week-end. 

Les bruits de la découverte de son corps avaient commencé à courir samedi, mais quand la confirmation est finalement venue de la Sûreté du Québec, vers 23 h samedi soir, ce fut le déferlement de commentaires sur les réseaux sociaux et des nouvelles en cascades dans les grands médias, en dépit de l'heure avancée.

Le sujet de conversation immédiat de tous ceux qui l'apprenaient. Jamais dans l'histoire du Québec le rapt d'un enfant n'avait connu une telle couverture médiatique et un tel suivi par la suite. La petite Cédrika Provencher s'est incrustée profondément dans le conscient mais aussi l'inconscient collectif de la communauté québécoise. 

Il faut dire qu'il y avait de quoi toucher les fibres les plus profondes de l'âme humaine devant l'histoire de cette fillette au regard ingénu, encore à l'âge de l'innocence, remplie d'une telle bonté intérieure qu'elle l'avait poussée à faire basculer sa bicyclette le long du chemin pour partir aux côtés de cet homme qui, pour l'abuser, prétendait rechercher son petit chien noir et blanc. 

L'annonce de la découverte des restes de Cédrika marque la fin d'une douloureuse histoire qui finit mal, car elle a fait disparaître le mince espoir de la retrouver un jour vivante, espoir auquel s'accrochaient sa famille, ses proches et tout le monde.

En même temps, elle élimine aussi l'horrible crainte que l'on ne pouvait évacuer que la jeune fille ait été transformée depuis le départ en esclave sexuelle, en petite martyre continuelle, séquestrée dans les conditions les plus horribles que l'on puisse concevoir.

Dans le choc durement ressenti, il y a aussi eu une grande part de soulagement. Si l'irréparable est arrivé, au moins ce cauchemar d'une horrible captivité est vraisemblablement dissipé.

Le fait que Cédrika ait été retrouvée à une dizaine de kilomètres seulement du lieu de son enlèvement peut en effet donner à comprendre que son ravisseur s'est rapidement débarrassé d'elle.

Tout le monde souhaite que les enquêteurs puissent trouver quelques indices qui conduisent à l'arrestation du meurtrier ou que les avancées technologiques permettent de révéler, ne serait-ce qu'un infime détail non altéré par le temps qui le trahirait. Mais on souhaite aussi que ces expertises pointues viennent nous soulager en nous apprenant, qu'au moins, son supplice n'a pas été prolongé et qu'elle n'a pas trop souffert.

Une scène de crime, ça parle, nous assurent aujourd'hui les policiers. On voudrait tous, bien sûr, que celle-ci soit volubile. Car il reste cela à régler. Qui est le coupable? Mais après une exposition prolongée, les possibilités de retrouver de l'ADN, ne serait-ce que celle d'un cheveu, sont bien minces. Il faut en prendre conscience. Les scènes de crime ne sont malheureusement pas toujours aussi bavardes qu'on le voudrait.

Les enquêteurs ont quand même laissé savoir que de nouvelles informations très utiles, reçues dans les dernières heures, sont susceptibles de relancer l'enquête sur une bonne piste. Il y avait des suspects, on le sait. Mais sans corps pour prouver qu'il y a eu assassinat, les preuves permettant d'inculper un suspect étaient difficiles à réunir. 

Le temps a pu jouer jusqu'ici en faveur du meurtrier, mais ce même temps peut faire en sorte qu'aujourd'hui, des langues se délient, ou que l'accumulation des remords ait raison de sa résistance. La pression sur celui-ci pourrait devenir insoutenable.

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