Municipalités parasitaires ou rançonnées?

Michel Angers trouve peut-être que son colisée coûte... (Sylvain Mayer)

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Michel Angers trouve peut-être que son colisée coûte cher à opérer, mais on n'avait pas consulté à l'époque les municipalités voisines pour décider de la pertinence de l'équipement.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, a parfois des idées saugrenues et il peut tenir à l'occasion des propos épidermiques qui sont incendiaires, dont on ne semble malgré tout pas lui tenir vraiment rigueur dans les cafés et les bancs publics de la Saint-Laurent.

Cette fois-ci, par contre, on peut admettre qu'il a été inspiré en suggérant, pour régler le problème des coûts d'opération de son aréna, mais aussi ceux de Shawinigan où l'on a sorti le «pad» de factures pour tenter de collecter les municipalités voisines, d'instituer une régie intermunicipale pour gérer les équipements supralocaux.

Cela va dans le sens, comme on dit, puisque ces équipements, essentiels à toute communauté, qui contribuent à la qualité de vie, sont presque toujours déficitaires et à la charge des seuls contribuables de la ville ou de la municipalité qui les possède.

L'idée se tient, mais elle est loin d'être nouvelle d'une part et très compliquée d'application. Elle a donné lieu dans le passé à d'incessants conflits entre villes et municipalités d'une même agglomération parce qu'on ne parvenait jamais à s'entendre sur la répartition des charges. Toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas payer sa quote-part, juste ou jugée injuste, des frais reliés aux équipements supralocaux. On parlait de voisins parasitaires.

C'est l'impossibilité d'en arriver un peu partout à des consensus sur la question qui a amené dans le passé la création des communautés urbaines, au sein desquelles on avait fini par transporter en les amplifiant les chicanes locales. Ce qui a fini par convaincre le gouvernement du Québec de forcer les fusions municipales en 2001.

À la lumière des difficultés qu'éprouve le maire de Louiseville à convaincre tous ses voisins du bien-fondé de partager les déficits d'opération de son aréna et de la commotion que vient de provoquer Michel Angers de Shawinigan avec ses états de comptes salés, on peut se demander s'il n'aurait finalement pas été plus prévoyant de fusionner plus large qu'on ne l'a fait en 2001.

Louiseville aurait bien pu ramasser quelques-unes des municipalités récalcitrantes à son projet de cotisation supralocale ainsi que Shawinigan, qui aurait au passage pu maintenir son chiffre de population au-delà des 50 000 habitants. 

Il y avait bien eu quelques réflexions à l'époque sur la pertinence que des municipalités comme Saint-Étienne-des-Grès et Mont-Carmel puissent être intégrées aux futures villes. La question qui se posait était de savoir si l'une et l'autre devaient basculer dans Trois-Rivières ou dans Shawinigan. Cela allait de soi pour Shawinigan avec Saint-Mathieu-du-Parc, Saint-Jean-des-Piles ou Saint-Boniface. Le problème du partage unilatéral des coûts que veut imposer Shawinigan ne se poserait pas.

Tout le monde serait des contribuables de Shawinigan... ce qui ne veut pas dire que ce serait meilleur marché, puisque la facture proposée serait dissimulée dans des comptes de taxes supérieurs à ceux que les contribuables des municipalités suburbaines doivent présentement acquitter.

Il faut se rappeler les hurlements de Trois-Rivières à l'époque qui gémissait de devoir assumer seule certains coûts comme ceux du développement économique, de la salle J-Antonio-Thompson, de l'île Saint-Quentin, du colisée, de la mise en valeur d'un centre-ville commun, même du lourd entretien de ses rues surfréquentées... alors que sa population était vieillissante et décroissante et que son assise foncière, avec ses vieux quartiers, stagnait. Ce sont effectivement là des responsabilités et des services communautaires qui dépassaient les limites de l'ancienne ville de Trois-Rivières. 

Sauf que si tout le monde doit payer, tout le monde devrait être en mesure de décider de ce que l'on fait ou pas, quel niveau d'équipement et de services on se donne en commun, sans oublier les subventions gouvernementales qui ont pu être rattachées à ces réalisations. Yves Lévesque, par exemple, serait mal venu d'imposer des frais spéciaux au reste de la région pour l'aider à éponger les déficits de l'Amphithéâtre Cogeco en vendant plus cher les billets de spectacle à ceux qui n'habitent pas Trois-Rivières.

Michel Angers trouve peut-être que son colisée coûte cher à opérer, mais on n'avait pas consulté à l'époque les municipalités voisines pour décider de la pertinence de l'équipement. Il y aurait probablement eu plus de modestie dans ces projets, mais moins de prestige, peut-être même de vanité, pour le maire qui l'inaugure. Plus facile de partager les frais que le sentiment de propriété.

Il faudra voir, compte tenu des hausses faramineuses que le maire Angers se justifie d'imposer à ses voisins, si sa ville ne se tirera pas dans le pied en raison d'un désistement de fréquentation à certaines activités plus sociales et récréatives légères, faciles à offrir à meilleurs coûts, que l'opération d'une glace intérieure. À moins qu'on ne réinstalle dans certaines municipalités les bonnes vieilles patinoires extérieures pour faire jouer les jeunes, avec un «scraper» fourni pour le déneigement.

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