Turcotte: le grand soulagement

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Guy Turcotte a fait son entrée accompagnéde son avocat.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il faut accepter le verdict de meurtres non prémédités rendus à l'unanimité des onze jurés à l'issue du second procès de l'ex-cardiologue Guy Turcotte. Comme il faut accepter qu'un premier jury l'avait plutôt reconnu non criminellement responsable.

Même si beaucoup de monde au Québec aurait souhaité qu'il soit plutôt reconnu coupable de meurtres au premier degré, donc prémédités, il faut quand même reconnaître que la conclusion à laquelle en est arrivé le nouveau jury, à l'issue de près de sept jours d'intenses délibérations, apporte un grand soulagement. Depuis le premier verdict, un grand malaise s'était installé dans la société québécoise qui n'acceptait pas qu'un père, parce qu'on le soupçonnait être mû par un esprit de vengeance, puisse tuer deux petits enfants aussi innocents que sans défense, les siens, sans en payer le prix.

Il s'était inscrit dans l'esprit populaire un énorme sentiment d'injustice et une forte révolte à l'idée qu'un homme, médecin spécialiste en plus, puisse commettre d'aussi horribles meurtres et en rester impuni pour cause d'un dérèglement mental aussi temporaire qu'incertain.

Bien sûr, on pourra invoquer à propos du premier verdict qu'un jury ça ne sera toujours qu'un «Jack in the box», une boîte à surprise d'où il peut sortir n'importe quoi et que la preuve de cette impression, avec ce premier verdict, n'en était que démontrée une fois de plus.

Il reste que c'est toujours périlleux d'apprécier le jugement d'un jury à travers le seul prisme médiatique, qui ne pourra toujours rapporter que les faits les plus marquants des témoignages livrés à la Cour alors que les jurés entendent la preuve dans sa totalité, dans ses nuances comme dans ses moindres détails, et qu'ils peuvent en conséquence dégager une perception différente. On serait mal avisé de croire que dix, onze ou douze personnes puissent en arriver à une commune entente, sur le sort de la vie d'un être humain, sans que chacune d'entre elles n'en soit arrivée à en éprouver la même conviction sincère. Même s'il a pu falloir, ce qui est plus que probable, en débattre vivement, en revoir des éléments de preuve, en soupeser d'autres, à se rendre finalement à l'avis d'un ou de la majorité de ses pairs... à faire des compromis sur sa compréhension des événements et de l'interprétation qu'on pouvait en faire.

La lenteur du dernier jury à rendre verdict et les éléments de preuve qu'ils ont voulu réentendre, comme les avis juridiques qu'ils ont réclamés du juge, avaient semé une certaine inquiétude dans le public qu'on se dirigeait vers une reprise des conclusions du premier jury. D'autant qu'il y a une vieille règle présumée qui circule souvent dans les couloirs des palais de justice que plus les délibérations s'allongent, plus le jury révèle son incertitude, plus l'avantage glisse en faveur de l'accusé. Ça n'a pas été le cas cette fois-ci.

Les jurés sont toujours sensibles au bénéfice du doute qui dans notre système judiciaire doit jouer en faveur de l'accusé. Au premier procès, ce doute a penché en faveur de Turcotte. Les jurés ont tranché qu'il était plus que invraisemblable que l'homme puisse s'être acharné avec un couteau de cuisine sur ses deux enfants sans être fortement mentalement perturbé. Cette fois-ci, le doute qui a pu ronger les jurés a été différent. C'est dans la préméditation ou non des meurtres que le jury a hésité, puisqu'on a même écarté l'option de l'homicide involontaire.

Il y avait un certain nombre de preuves apportées au procès qui pouvaient laisser comprendre que l'ex-cardiologue avait agi aussi méthodiquement que froidement la veille et le jour du meurtre de ses enfants, en déplaçant entre autres des rendez-vous, donc qu'il avait toute sa tête et qu'il savait ce qu'il allait faire et qu'il agissait en conséquence.

Le doute n'a jamais non plus été totalement levé sur le moment où il a avalé son lave-glace pas plus que sur l'ampleur des effets perturbants qu'il aurait pu avoir sur lui s'il l'avait avalé avant les faits.

Il y a surtout que par rapport au premier procès, un certain nombre de preuves refusées ont pu cette fois être admises et que de nouveaux éléments à charge ont aussi été ajoutés. Il faut aussi réaliser qu'avec la reprise d'un procès comme ce fut le cas avec Turcotte, la partie vaincue la première fois, dans ce cas-ci la Couronne, connaît les faiblesses de sa preuve ou les forces de l'autre et qu'il devient dès lors plus facile de faire en sorte de mieux contrer les arguments de la partie adverse.

Peut-être enfin faudrait-il considérer le fait que le procureur de la poursuite affecté à ce nouveau procès, René Verret, n'a jamais en trente ans de carrière perdu un procès pour meurtre. Les qualités de plaideur ne sont pas superflues.

Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que s'il y avait pression populaire dans ce dossier judiciaire, il y a aujourd'hui décompression populaire avec ce sentiment que justice a été rendue... enfin!

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