Champagne: sur les traces de Chrétien?

Dans un pays très vaste et qui avait... (François Gervais)

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Dans un pays très vaste et qui avait élu des députés libéraux dans toutes les régions, il était clair que les possibilités pour François-Philippe Champagne d'être nommé ministre étaient plus que minces.

François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On peut qualifier un peu de strapontin ministériel, la fonction de secrétaire parlementaire du ministre des Finances du Canada qui vient d'être confiée par le premier ministre Justin Trudeau au député fédéral de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne.

Beaucoup de gens avaient signifié, au premier chef les maires de presque toutes les villes de la Mauricie, leur espoir de voir le seul élu libéral de la région accéder à un poste ministériel à Ottawa. 

Compte tenu du cabinet restreint qu'avait annoncé de composer le nouveau premier ministre, mais aussi en raison de la parité hommes-femmes au sein de celui-ci qu'il avait promis et des différentes considérations qui devaient intervenir comme l'équité de représentation territoriale dans un pays très vaste et qui avait élu des députés libéraux dans toutes les régions, il était clair que les possibilités pour François-Philippe Champagne d'y être nommé étaient plus que minces. D'autant que l'homme, même s'il faisait partie de l'équipe économique du Parti libéral durant la campagne électorale, était un nouvel arrivé à Ottawa. 

Par contre, il aurait été assez invraisemblable qu'on ne lui confie pas un poste de secrétaire parlementaire, qui a été pour plusieurs élus dans le passé, l'antichambre ministérielle. L'équivalent à Québec, c'est un peu le poste de ministre délégué. Comme à Ottawa, on y assiste dans ses tâches un ministre, en attendant de détenir un véritable portefeuille, à cette différence qu'à Québec, le ministre délégué siège au conseil des ministres. 

La nomination comme secrétaire parlementaire du ministre des Finances Bill Morneau nous prévient donc qu'il sera bel et bien sur les blocs de départ quand viendra le moment de faire accéder de nouveaux visages au cabinet fédéral. Il suffit de consulter les grands éléments de sa vie professionnelle pour réaliser que François-Philippe Champagne a déjà tout le potentiel d'être ministre. Compte tenu de ses compétences, il aurait pu être nommé secrétaire parlementaire auprès de plusieurs ministres. On peut penser aux Affaires étrangères. Il sera rattaché aux Finances, ce qui reste l'un des ministères les plus importants et prestigieux à Ottawa. C'est l'endroit où il faut être.

C'est aussi la voie qu'avait empruntée l'ex-ministre et député fédéral de Trois-Rivières, le conservateur Pierre-H. Vincent. Lui aussi avait le profil ministériel. Comme Champagne, au lendemain de son élection en 1984, Vincent avait été nommé secrétaire parlementaire du ministre du Revenu national, mais dès l'année suivante, il le sera pendant plusieurs années auprès du ministre des Finances Michael Wilson, puis du vice-premier ministre. Ce qui lui permit de développer un solide réseau de connaissances et d'influence au sein de l'appareil gouvernemental et du Parti conservateur. Il va occuper par la suite trois ministères. 

Sauf que puisque c'est un libéral, François-Philippe Champagne ne voudra peut-être pas se référer à ancien élu conservateur ou le retenir comme modèle pour le cheminement politique qu'il pourrait vouloir suivre.

C'est sans problème, car il a le meilleur exemple qu'il puisse revendiquer: celui du p'tit gars de Shawinigan, ex-député comme lui l'est aujourd'hui de Saint-Maurice-Champlain.

Il a quand même fallu à Jean Chrétien attendre trois ans après sa première élection, mais aussi un an après une première réélection, pour occuper un poste de secrétaire parlementaire. Un poste de prestige, il faut le reconnaître, car ce sera auprès du premier ministre Lester B. Pearson.

Il deviendra rapidement ensuite secrétaire parlementaire du ministre des Finances Mitchell Sharp, avant d'être nommé, un an plus tard, ministre sans portefeuille rattaché aux Finances. Ce n'était dans son cas que le début d'une carrière politique aussi fulgurante que phénoménale. Non seulement Pierre Elliott Trudeau fera de lui le premier ministre francophone aux Finances, mais Jean Chrétien, on le sait, deviendra chef du Parti libéral et premier ministre du Canada.

François-Philippe Champagne a donc de quoi être inspiré et, si tel est son état d'esprit, s'autoriser tous les espoirs pour son avenir politique. En n'oubliant pas qu'il a quand même fallu à son modèle shawiniganais, en plus d'un sens politique supérieur, une incomparable opiniâtreté, car il lui en a pris 30 ans avant de devenir premier ministre.

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