L'inquiétante frilosité de l'UQTR

Le conseil d'administration de l'UQTR a tranché, il... (Olivier Croteau (montage))

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Le conseil d'administration de l'UQTR a tranché, il n'y aura pas de programme de football.

Olivier Croteau (montage)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le président du syndicat des professeurs et professeures de l'UQTR, Ismail Biskri, s'est évidemment réjoui de la décision du conseil d'administration de l'Université du Québec à Trois-Rivières de rejeter, du moins pour l'instant, la proposition d'un groupe de gens d'affaires de la région qui souhaitait relancer une équipe de football à l'université.

Ce n'est pas une surprise puisqu'il avait déjà fait connaître son opposition à ce projet, ce qui a de toute évidence fortement influencé l'analyse du conseil d'administration. Qui aurait autrement, selon ce qu'on peut en comprendre, été plutôt favorable au projet.

Le conseil d'administration de l'UQTR veut éviter toute confrontation avec son milieu universitaire et en particulier avec le corps enseignant, dans un contexte où pour réduire les importants déficits de fonctionnement prévus, il lui faudra entamer bientôt d'arides discussions avec le personnel dans l'espoir d'obtenir des allègements aux conventions collectives en vigueur, ce qui n'est jamais un exercice facile.

Dans l'état des choses, les craintes du président des profs de l'UQTR apparaissent tout à fait légitimes. «Ce n'est pas le moment», invoque-t-il, de risquer des dépenses additionnelles quand on n'est déjà plus en mesure de régler tous les comptes.

Le projet d'affaires du groupe de promoteurs, représenté par Jean-Guy Paré, qui se trouve être le président de la Fondation de l'UQTR, fait redouter à Ismail Biskri qu'il y ait d'éventuels déficits qui pourraient devoir être épongés par l'université. Si l'opération football serait présumément à coûts nuls pour la première année, en 2017, ce ne serait plus le cas dans les années subséquentes. Il faut quand même savoir que les déficits futurs appréhendés sont estimés à 150 000 $ par année.

C'est pourquoi, pour légitimes que soient les appréhensions du président Biskri, on peut se demander si elles sont vraiment justifiées. Dans une période où en raison des compressions qui lui sont imposées par Québec, l'université sera confrontée à deux manques à gagner consécutifs de 10 millions $, l'esprit n'est pas à l'investissement. Le personnel de l'UQTR peut penser que les 150 000 $ qui iraient en soutien à la présence d'une équipe de football, ce sera autant d'argent qui devra être soustrait dans les salaires et les avantages sociaux des professeurs, des chargés de cours, des employés de toutes sortes, même de l'administration ou dans l'entretien courant des lieux et des bâtiments.

Compte tenu de la somme qui est en jeu, c'est de la courte vue. C'est vrai qu'on va devoir gratter les fonds de tiroirs, mais s'il faut assurer le présent, il faut aussi préparer dès maintenant l'avenir.

On peut craindre d'échapper un peu d'argent, mais on doit beaucoup plus craindre pour la suite des choses, pour l'avenir de l'université. L'UQTR a connu encore une fois pour la présente session, une hausse des inscriptions d'étudiants. Mais c'est la plus faible croissance des dernières années et tout le monde sait que la bataille va être extrêmement rude dans les années qui viennent entre les universités québécoises sur les inscriptions. Il suffit de prendre connaissance des baisses de clientèles dans la majorité des collèges pour réaliser qu'il n'y aura bientôt pas autant d'étudiants pour tout le monde universitaire. Jusqu'ici, à coups d'audace et d'imagination, l'UQTR a plutôt bien résisté à la concurrence, en développant entre autres des créneaux d'enseignement et de recherche qui ne se retrouvent pas ailleurs. Elle s'est distinguée et a occupé, sans complexe, le terrain.

Il ne faut pas qu'elle perde ce goût de la conquête. C'est pourtant ce qu'on redoute. Il n'y a plus de projets qui semblent convenir à la communauté universitaire. On a adopté comme une attitude de «nonisme» à tout ce qui est nouveau qui peut être beaucoup plus dommageable pour le présent et l'avenir de l'UQTR qu'une perte potentielle de 150 000 $ dans une activité sportive.

Une équipe de football, c'est 80 étudiants de plus. C'est pas l'explosion au registraire. Mais c'est un truc éprouvé par plein d'universités dans le monde pour développer le sentiment d'appartenance. Pour remplir son mandat premier d'enseignement et de recherche, une université doit être attrayante en offrant un environnement social stimulant et des prétextes identitaires. Le sport en est.

Une équipe de football générerait une subvention annuelle de 800 000 $, mais surtout l'instauration de deux nouveaux programmes de maîtrise, donc l'embauche de nouveaux professeurs.

On avait aussi rejeté le projet d'un colisée de 5000 places en partenariat avec la Ville de Trois-Rivières, mais en collaboration aussi avec d'autres établissements d'enseignement de Trois-Rivières et de la région. Même sans le colisée, on a repoussé le projet du Centre d'excellence régional académique et sportif. Avec le CERAS, ce fut aussi exit les chaires de recherche, les laboratoires et l'enseignement spécialisé qui allaient en découler.

On afficherait même de grandes réserves à la nomination au poste de recteur de Daniel McMahon, le seul candidat qui reste sur les rangs, formé à la culture de l'UQTR, actuellement président et chef de la direction de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec et que des propositions beaucoup plus alléchantes sur le plan des conditions d'emploi attendent ailleurs, si ça ne fonctionnait pas ici.

Si l'UQTR ne se défend pas mieux, elle va régresser et finir par devenir une simple usine à baccalauréats. Une université moyenne, très moyenne.

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