«All aboard!» Vraiment?

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Il y aura bientôt 26 ans que le dernier train de passagers s'est arrêté à la gare de la rue Champflour à Trois-Rivières

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y aura un jour un train de passagers entre Québec et Montréal, avec escale à Trois-Rivières, qui fera peut-être même un petit crochet par Shawinigan. À Trois-Rivières, la gare sera située près de l'aéroport, pour accroître ses potentiels d'intermodalité.

Il faut semble-t-il le croire, car c'est le président et chef de la direction de Via Rail Canada, Yves Desjardins-Siciliano qui l'a affirmé mercredi matin à la tribune de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.

Cette «intention» du patron de Via Rail a bien sûr été accueillie par une belle salve d'applaudissements. Voilà quand même quarante ans que la Chambre de commerce, avec tous les maires qui ont dirigé Trois-Rivières durant cette période, réclame un tel service de train de passagers de qualité reliant Québec-Trois-Rivières-Montréal jusqu'à Windsor en Ontario. Il y aura bientôt

26 ans que le dernier train de passagers, poussif et brinquebalant il faut s'en rappeler, s'est arrêté à la gare de la rue Champflour.

On peut comprendre que le maire Yves Lévesque se soit fortement réjoui de cette ouverture venant du grand patron de Via Rail et que le député fédéral de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne exultait presque à l'idée évoquée qu'on puisse aussi intégrer Shawinigan dans le futur réseau. Il en a envoyé subito un texto au maire Michel Angers.

«Nous voyons enfin la lumière au bout du tunnel», s'est enthousiasmé Jean Poliquin, ancien président de la Chambre, qui avait vivement défendu l'option du corridor rive nord pour le passage d'un éventuel TGV entre Québec et Montréal, avec arrêt à Trois-Rivières.

Il faut cependant réaliser qu'il faut posséder une puissante vue pour déjà apercevoir cette lumière au bout du tunnel et une bonne dose de résignation.

D'abord parce que ce qui a toujours été demandé pour ce corridor ferroviaire, c'était un TGV. «Rien de moins», a-t-on constamment tonné. Même Régis Labeaume, avant de ne plus jamais en parler, avait mis son poing sur la table pour un TGV. Le TGV ne se sera finalement traduit que par TGR ou «Très grand rêve». Sauf que le repli de Via Rail vers un train conventionnel, même pas un Train à haute vitesse (plus de 200 km/h), apporte beaucoup plus de chances d'aboutir. C'est plus réaliste.

Pour le tronçon Montréal-Ottawa-Windsor, une ligne de TGV coûterait plus de 20 milliards $, de THV plus d'une douzaine de milliards $ alors que pour la mise en service d'un train conventionnel, on n'en serait qu'à quatre milliards $. Ça ne grèverait pas tout le futur budget fédéral des infrastructures, sans compter que puisqu'il sera hybride électricité-diesel, ça aiderait aussi le Canada à atteindre ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effets de serre. Tout en décongestionnant un peu Montréal et Toronto.  

Avec un train de type LRC (léger-rapide-confortable) comme en utilise Via Rail, on peut atteindre des pointes de 160 km/h. La vitesse de croisière est un peu moindre. Cela mettrait Trois-Rivières à un peu plus d'une heure de Québec et de Montréal, ce qui est très acceptable. Via Rail prévoit bien sûr un nouveau chemin de fer dédié à son train de passagers, car la ligne existante de la compagnie Québec-Gatineau donne priorité aux trains de marchandises qui ne peuvent pas rouler à aussi bonne vitesse que les trains de Via. Cela compliquerait et limiterait trop les possibilités d'utilisation de ces rails.

Malgré 40 ans d'attente, il faudra aussi s'armer encore de patience avant de pouvoir réserver ses billets de train. Le président de Via Rail a dit que cela pourrait se faire dans cinq à dix ans. Car il faudra d'abord que soit réalisée la nouvelle liaison Montréal-Ottawa-Windsor. Via Rail l'a en projet, mais il lui faut en premier obtenir l'aval du nouveau gouvernement.

Le ministre des Transports, Marc Garneau s'est bien montré sympathique au projet en précisant toutefois qu'il lui faudra obtenir beaucoup d'études avant de l'approuver. Ce n'est jamais en TGV qu'on prend ce genre de décision. Comme il en prendra par la suite quatre ans pour construire ce corridor ferroviaire exclusif, on comprend que ce ne sera pas avant de cinq à dix ans qu'on pourra passer aux travaux du tronçon Québec-Trois-Rivières-peut-être Shawinigan-Montréal. 

Il faudra donc à la région appuyer la première phase pour que la seconde qui la concerne puisse arriver un jour. C'est l'appui qu'est venu chercher hier le président Desjardins-Siciliano. On peut quand même se demander si une fois Montréal-Ottawa-Windsor réglé, on sera très empressé de prolonger le corridor jusqu'à Québec. Alors oui, de la patience, il en faudra encore beaucoup, peut-être plus qu'on ne se l'imagine. Si on a attendu 40 ans pour un TGV qui ne roulera jamais dans la ville, on peut bien attendre une dizaine d'années pour un train de passagers léger, rapide et confortable.

Des chercheurs de l'Institut national de recherche scientifique ont déjà établi les avantages élevés qu'aurait apportés à Trois-Rivières une ligne TGV. Cela reste aussi vrai pour un train un peu moins rapide, qui placerait quand même Trois-Rivières en temps d'auto de banlieusard du centre-ville de Montréal.

«L'intention» du président Desjardins-Siciliano est encourageante. Mais un ancien pdg de Via Rail, Jean Pelletier, ancien maire de Québec, qui avait été chef de cabinet de Jean Chrétien, encouragé par ce dernier, promettait aussi un train de passagers dans le corridor Québec-Windsor. Jusqu'à présent, l'intention n'a jamais rimé avec réalisation.

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