Julie Boulet: même pas un camouflet

Julie Boulet, députée de Laviolette et ex-ministre des... (Archives, Sylvain Mayer)

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Julie Boulet, députée de Laviolette et ex-ministre des Transports, peut-elle rêver d'un retour au cabinet de Philippe Couillard?

Archives, Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Julie Boulet, la députée de Laviolette et ex-ministre des Transports, pourra se promener tête haute et même crinière au vent, si le temps le permet, sur les routes de son comté, «le mieux asphalté du Québec» selon ce qu'en avait affirmé devant la commission Charbonneau son ex-directeur de cabinet. Reconnaissant au passage que la députée étant «très près de la ministre», elle ne pouvait faire autrement que d'avoir un préjugé favorable pour ses dossiers.

Ceux qui s'attendaient à ce que le rapport final de la commission inflige un puissant oeil au beurre noir à Julie Boulet au point de compromettre son avenir politique seront sans doute très déçus. Par contre, même si elle est souvent citée dans le rapport, la députée doit respirer d'aise aujourd'hui et la tension qui avait dû l'envahir ces derniers jours a pu complètement se dissiper.

Non seulement le blâme sévère qu'on lui prédisait n'est pas vraiment venu dans le rapport final, mais même si on avait voulu finalement le glisser en le diluant, il ne transparaît pas du tout. Certes, on reprend en plusieurs occasions certaines parties de son témoignage pour mettre ses propos en relation avec ceux d'autres témoins qui sont venus décrire le fonctionnement de son ministère et certaines interventions de l'ex-ministre, mais nulle part on n'a pu établir qu'il avait pu y avoir malversation ou quoi que ce soit du genre de sa part.

On peut bien avoir mentionné que la ministre Boulet «savait prendre soin de son comté», ce n'est pas le genre de reproche qu'on pourrait lui faire dans la région, puisque c'est justement ce qu'on attend d'un ministre. Qu'il intervienne et use de ses influences pour régler les problèmes de sa région, avec un préjugé éminemment favorable. Qu'il ait du poids. À plus forte raison quand ce leste peut provenir de son propre ministère.

Le soulagement ne peut qu'être grand de la part de Julie Boulet, car depuis son passage devant la commission Charbonneau, les conclusions du rapport la concernant constituaient une épée de Damoclès posée sur sa tête. On peut même penser qu'elle en a jusqu'ici payé un gros prix politique. On voyait bien que dans son parti, on avait pris quelques distances à son endroit. Pour la première fois mardi depuis les élections, son chef Philippe Couillard s'est affiché à ses côtés pour faire connaître toute sa confiance en Julie Boulet et sa grande appréciation pour son travail comme députée.

C'est même dans le cabinet du premier ministre, entouré des conseillers de celui-ci, que Julie Boulet a pris connaissance, en même temps que tout le monde, du rapport Charbonneau. Si ce n'est pas une réconciliation, c'est à tout le moins un signe de rapprochement. On verra dans les mois qui viennent si elle a fini d'expier pour des péchés qu'elle n'a pas commis. Si cela pourrait jusqu'à la ramener en odeur ministérielle. 

Il faut dire que si Julie Boulet a pu trouver des raisons d'apaisement à la lecture du rapport, c'est toute la classe politique provinciale qui doit en même temps respirer mieux. C'est que le commissaire Renaud Lachance a exprimé une profonde dissidence sur l'opinion de la présidente France Charbonneau qui voulait établir un lien entre le financement passé des partis politiques et les contrats gouvernementaux qui pouvaient être accordés aux souscripteurs. Non seulement l'ex-vérificateur général du Québec refuse d'y reconnaître un lien «direct ou indirect», mais il est même allé jusqu'à juger «inutiles ou non pertinents» certains des commentaires de la présidente. S'il en avait jamais existé un, le charme est rompu entre les deux.

Il faut dire que de toutes façons, les règles concernant le financement des partis politiques ont été grandement resserrées depuis puisque les contributions ne peuvent être versées que par des particuliers et ne peuvent dépasser les 100 $ par année. Même avec l'ancien stratagème des prête-noms, il serait difficile, à coups de 100 $, de penser parvenir à constituer un don politique d'influence. Le risque de vulnérabilité de certains élus soulevé par la commission que l'ancien système de financement représentait, à toutes fins utiles, n'existe déjà plus.

Le rapport final a aussi été affadi par l'absence de blâmes, qu'on nous promettait abondants. Il y avait effectivement eu beaucoup de préavis signifiés, dont un à Julie Boulet. On peut penser que la commission a dû réviser ses intentions en raison des contestations juridiques tout aussi abondantes qui allaient en découler. C'est ce qui s'est produit au fédéral avec le rapport du juge Gomery. Jean Chrétien en avait contesté devant les tribunaux, qui lui avaient donné raison, de larges pans. Ce qui a eu comme conséquence d'en invalider la majeure partie. 

Il faut comprendre que les commissions d'enquête, même si elles font le régal des citoyens par tout le croustillant qu'elles servent, évacuent la plupart des règles de droit. Et qu'il est entre autres très difficile de répliquer ou de s'y défendre, lorsqu'on est mis en cause.

Autant les audiences de la commission Charbonneau ont pris des allures de «soap» très suivis, avec des cotes d'écoute à rendre jaloux n'importe quel producteur télévisuel, autant on peut déjà affirmer que le rapport final ne deviendra pas le best-seller de l'automne qu'on emporte avec soi pour ses vacances dans le sud.

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