Charbonneau et notre p'tite Julie

Julie Boulet lors de son passage à la...

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Julie Boulet lors de son passage à la Commission Charbonneau.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il faut s'attendre, avec le dépôt du rapport de la Commission Charbonneau, outre la litanie des nécessaires recommandations dont les gouvernements municipaux et provincial vont s'empresser de promettre leur mise en application, à un grand festival de blâmes. La commission, a-t-on compris, se serait montrée d'une grande générosité à cette égard, tant la distribution présumée des reproches aurait été large.

Les «invités» de la Commission qui feront les frais de ces petites attentions avaient d'ailleurs reçu un préavis leur indiquant la teneur des reproches qu'on comptait leur adresser avec une ultime possibilité de leur part d'y répliquer.

Faudra voir ce qu'il en reste de cette première mouture de blâmes. Dans la région, le potentiel des éclaboussés par la Commission Charbonneau est très peu élevé. Seule la députée de Laviolette, Julie Boulet, parce qu'elle avait été ministre des Transports, un ministère qui n'éprouvait aucune difficulté à remplir ses cocktails-bénéfices, a été convoquée par la Commission. Son témoignage a été laborieux car on lui a inlassablement demandé pendant deux jours s'il elle était au courant qu'en principe chaque ministre devait générer chaque année au moins 100 000 $ de dons dans les caisses du Parti libéral du Québec. Ad nauséam, l'ex-ministre a répété qu'elle ne le savait pas. Elle aurait admis être au courant de cet objectif que cela n'aurait rien changé, puisqu'il n'y avait là rien d'illégal à le savoir, si telle était le cas.

Ce qui n'a pas empêché Julie Boulet de mal paraître devant les procureurs de la Commission qui par leur insistance à revenir sur le sujet, suggéraient implicitement que le témoin n'avouait pas toute la vérité.

S'il y a une personne dans la région qui a pu mal dormir lundi et devoir subir mardi matin un bon niveau de stress dans l'attente du dépôt public du rapport, c'est la députée de Laviolette. Elle a été la seule personnalité politique encore en fonction à être appelée à la barre des témoins et, sans égard à ce qu'on pourrait lui reprocher, même si ce n'était que des peccadilles ou des remontrances, on peut penser qu'elle en a déjà payé un prix élevé. Il fait peu de doute que le premier ministre Philippe Couillard ait négligé de la rappeler au conseil des ministres par simple mesure de précaution, parce qu'elle allait devoir témoigner à la Commission Charbonneau. Déjà qu'une convocation vous rend suspect au niveau de l'opinion publique, la perspective que ce passage soit suivi d'un blâme de la Commission peut facilement ruiner une carrière politique,

Il a bien sûr été question de la région à d'autres moments. On a appris, par exemple, de l'entrepreneur Tony Accurso, que l'ex-président de la FTQ, Michel Arseneault lui avait offert de financer par le biais du Fonds de solidarité, l'établissement d'un chantier maritime à Trois-Rivières, spécialisé dans la réfection des bateaux de luxe. Accurso avait fait allonger et rebâtir avec succès une vieille coque de bateau qui est devenue le fameux Touch. Le président de la FTQ y voyait là une possibilité de créer quelques centaines d'emplois à Trois-Rivières. Accurso ne s'est pas laissé tenté par l'idée.

Autrement, il n'y a eu qu'une seule autre «vedette» régionale et c'est le pilote d'hélicoptère et homme d'affaires touche-à-tout de Shawinigan, Denis Vincent, pointé comme un proche des Hells Angels et qui à un certain moment, avait ses entrées pour du financement au Fonds de solidarité. On n'est guère allé plus loin avec celui que certains appellent avec familiarité le «Pit à Vincent», figure assez connue à Shawinigan, mais qui, malgré les grosses affaires qu'il a semblé brasser, n'a jamais été mis en nomination pour un prix au Gala Distinction de la Chambre de commerce et d'industrie de la place.

Cette courte liste d'invités régionaux de la Commission Charbonneau en aura finalement déçu plusieurs. C'est que dans son discours inaugural, la présidente France Charbonneau avait révélé qu'au nombre des villes qui avaient fait l'objet d'enquête pouvant conduire à des invitations à venir s'expliquer, Trois-Rivières était du nombre.

Trois-Rivières avait semble-t-il des dispositions pour y être convoquée: contrats fractionnés pour éviter d'aller en soumissions, dépassements de coûts fréquents, cahiers de charges d'apparence un peu trop profilés, firmes professionnelles plutôt gâtées... et un certain voyage sur le bras de Maskimo au Centre Bell qui avait fait beaucoup jaser.

Non seulement la ville avait fourni l'abondante documentation demandée par la Commission aux villes de 50 000 habitants et plus, mais, pour illustrer son absence de nervosité, lui avait envoyé d'autres documents non sollicités. Elle avait adopté prestement un code d'éthique pour l'attribution des contrats supérieurs à celui qui était proposé pour l'ensemble des villes du Québec, une diligence jugée suspecte.

Pour sa part, le maire Yves Lévesque, sans aller jusqu'à prétendre qu'il en rêvait, ne cachait pas son désir d'aller s'expliquer, s'il le fallait. Au moins pour ce qui est du voyage au Centre Bell, son «pitch» était prêt, rempli d'outrances et d'indignation personnelles. On lui a gâché ce plaisir.

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