Faut-il cisailler le filet social?

Quelque 130 manifestants du secteur communautaire ont formé... (Olivier Croteau)

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Quelque 130 manifestants du secteur communautaire ont formé une chaîne humaine entre le bureau régional du ministère de la Solidarité sociale et le bureau du député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard.

Olivier Croteau

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y avait plein d'odeurs de cuisines qui se mélangeaient les unes aux autres et qui venaient chatouiller les narines et émoustiller les papilles des manifestants. Ça pouvait provoquer des petits creux dans les estomacs.

Normal, puisqu'on était sur l'heure du lunch. Mais ces arômes variés qui se mariaient pour embaumer l'air tiède de la rue n'émanaient pas d'une tablée populaire, mais des restaurants de la rue des Forges.

C'est là que sur l'heure du midi, devant les bureaux fédéraux, puis ceux du gouvernement du Québec et, incontournables au centre-ville pour toutes manifestations, ceux du député-ministre Jean-Denis Girard, s'était rassemblé pour former une chaîne humaine, brandir des pancartes revendicatrices, afficher des caricatures, témoigner de son désarroi, le monde communautaire.

Ce n'est pas la première fois que des groupements qui agissent dans le milieu communautaire descendent dans la rue pour réclamer plus de compréhension et plus de soutien de l'État. C'était quand même une sortie sans précédent lundi parce qu'à peu près tout ce qui existe de groupes communautaires au Québec s'était allié pour une ronde de grogne publique que l'on a appelé à juste titre une «grève sociale».

En raison des négociations bloquées dans le secteur public québécois, une manifestation devant un édifice du gouvernement ou devant son milieu de travail, c'est devenu presque banal. C'est au quotidien qu'on en observe un peu partout dans l'ensemble du Québec, avec parfois une culmination comme la semaine dernière avec les grèves tournantes qui ont fait descendre dans la région, quelque part sur un boulevard, dans une rue ou dans les centres-villes, 30 000 syndiqués, à l'intérieur d'un mouvement national.

On peut approuver par un coup de klaxon de solidarité ces sorties, s'y opposer, être indifférent aux revendications exprimées. On peut chacun avoir une opinion sur la pertinence de l'État de freiner ses dépenses et de compresser ses employés dans leurs revenus et leurs tâches afin de parvenir à équilibrer ses revenus et ses dépenses.

Sauf que dans le cas des groupements communautaires, personne ne peut prétendre qu'il s'agit de gras-durs qui cherchent à obtenir la sympathie du public pour maintenir des conditions de travail qui peuvent être jugées, même si c'est par une majorité de la population, exemplaires. On est dans les derniers remparts du filet social, là où les moyens sont les plus courts pour réparer les mailles, là où ça coûte le moins cher pour rendre les services aux plus démunis. Là où l'État ne veut pas aller.

Les milliers de personnes qui ont pris la rue lundi ne l'ont pas fait pour des augmentations de salaires, pour plus de semaines de vacances, pour bonifier leur fonds de pension (pour peu qu'il y en ait un). Seulement pour la survie des services qu'ils rendent aux plus humbles et aux plus démunis de la société.

Si on peut accepter à la limite que la rigueur financière impose au gouvernement une responsabilité administrative jusque-là trop relâchée et dangereuse pour l'avenir du panier de services de la société québécoise, celui-ci doit aussi admettre que ces mesures de restriction qui sont dures à subir pour ceux à qui on les applique, ne peuvent que devenir oppressantes, cruellement dommageables, même assassines pour la frange la plus fragile et la plus impuissante de notre société.

Si les riches et même la classe moyenne en arrachent, imaginez ce que ça peut être pour les plus pauvres.

Or, même bien intentionnées, les politiques d'austérité du gouvernement ne peuvent que générer plus de demandants, plus de démunis, plus de besoins sociaux en aval. L'austérité ne peut qu'envoyer par le bas plus de citoyens. On le constate dans la fréquentation en croissance des soupes populaires. Si les groupes communautaires, avec leurs maigres ressources, leurs employés dédiés et leur masse de bénévoles, souvent des bénéficiaires de leurs services, sont compressés comme le reste, ce sont les mailles du filet social qui vont se déchirer. Elles sont déjà tellement fragilisées par des aides financières plus souvent qu'autrement figées depuis des années, quand elles n'ont pas été réduites ou menacées de n'être plus versées, ou coupées à des niveaux tels que cela ne peut signifier l'abandon du service.

Que le gouvernement veuille jouer à la dure, on peut encore l'admettre, Qu'il s'en prenne aux plus faibles, qu'il frappe sur les plus petits et on ne pourra bientôt plus se regarder dans notre miroir social.

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