Fallait attendre D'Arcy-McGee

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Politicien charismatique, intelligent, qui semblait toujours parler avec son coeur et ses tripes, qui savait trouver les mots pour secouer l'âme patriotique des francophones, qui stigmatisait ses foules, il avait fait bouger par le haut les intentions de voter Oui. Sans compter l'image d'homme courageux qu'il projetait après la maladie qui avait nécessité l'amputation d'une jambe.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce 30 octobre 1995, au local du comité du Non, au nord du boulevard des Forges, le visage de la cinquantaine de militants qui s'y étaient rassemblés après une journée à scruter les feuilles de pointage, à faire sortir «leur» vote, à offrir des transports aux électeurs qui en avaient besoin, à rayer le nom de ceux qui étaient allés voter, restait figé.

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Voici la une de votre quotidien Le Nouvelliste au lendemain du référendum de 1995.

Dans un milieu aussi francophone que Trois-Rivières, ces travailleurs d'élection ne se faisaient pas trop d'illusions quant aux résultats de leur circonscription. Les électeurs trifluviens, comme ceux du reste de la région, mais on le constatera, aussi de l'ensemble du Québec, s'étaient littéralement rués vers les urnes. À Trois-Rivières, presque 93 % des électeurs inscrits avaient voté, comme au premier référendum de 1980.

Il n'y avait pourtant dans cette participation massive rien pour encourager ce clan. On gardait bien un petit espoir d'obtenir une majorité de Non dans Trois-Rivières, mais sans grande conviction. Ils avaient été presque 60 % au premier référendum à voter pour le maintien du Québec dans le Canada. Mais quinze ans plus tard, l'idée souverainiste avait pu progresser plus qu'on ne le croyait. Il y avait surtout eu cette arrivée fulgurante dans la dernière campagne référendaire du chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard.

Politicien charismatique, intelligent, qui semblait toujours parler avec son coeur et ses tripes, qui savait trouver les mots pour secouer l'âme patriotique des francophones, qui stigmatisait ses foules, il avait fait bouger par le haut les intentions de voter Oui. Sans compter l'image d'homme courageux qu'il projetait après la maladie qui avait nécessité l'amputation d'une jambe.

Tout le Québec était au pied de son lit d'hôpital. Non seulement il s'en était sorti, car on avait craint pour sa vie, mais malgré son handicap et une retraite politique qui aurait été bien méritée, il était là, à fond de train dans une campagne référendaire pour mener le Québec au bout de son grand rêve. 

Convaincu, mais plus cérébral que populiste, la campagne du Oui n'avait au départ pas vraiment levé avec son chef, Jacques Parizeau. Les sondages n'étaient guère encourageants pour le Oui. Certains prédisaient même qu'on n'obtiendrait même pas le vote de 1980.

Pourtant, la campagne référendaire avait été précédée d'une grande commission sur l'avenir du Québec et de commissions régionales sur le même sujet. En Mauricie comme au Centre-du-Québec, plus on avançait dans les audiences publiques de la commission régionale présidée par Gilles Boulet, plus il y avait de gens et d'organismes qui voulaient s'y faire entendre. Ce devait être le départ d'une grande marche du peuple québécois, venant de toutes les régions, vers l'apothéose référendaire, le Oui au pays du Québec. 

Si les intervenants étaient nombreux et les salles pleines à craquer, l'exercice s'était davantage transformé en tribune pour beaucoup d'organismes qui voyaient là l'occasion de se faire entendre du gouvernement, d'expliquer leur valeur et la pertinence de maintenir ou d'accroître leurs budgets. Il y a bien eu au travers quelques grandes professions de foi patriotiques, chaque fois bruyamment applaudies, et de rares témoignages fédéralistes, toujours hués. Mais au bout, le grand élan vers la souveraineté qu'on pensait insuffler avec ces commissions ne s'était pas concrétisé. 

Le clan du Oui n'était donc pas entré dans la campagne référendaire porté par un irrésistible mouvement national vers la souveraineté.

Dans la région, lors des quelques grandes assemblées publiques tenues par les deux camps, les ténors du Non attiraient autant que ceux du Oui. En dehors de ces visites, la campagne n'était pas apparue très émotive, moins en tout cas qu'en 1980. Peut-être parce que ce n'était pas la première fois que les Québécois allaient pouvoir se prononcer sur leur avenir. Sur le plan politique, le référendum de 1995 s'est plus joué au niveau national. 

À trois jours du vote, Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, avait bien prononcé à Montréal un discours à la nation dans lequel il promettait du changement. Ce discours avait laissé une mauvaise impression de sa part sur l'issue qu'il appréhendait du résultat. Le love-in de Montréal le lendemain n'allait rien y changer. Les derniers sondages prédisaient maintenant une victoire courte, mais une victoire du Oui.

Au comité du Non de Trois-Rivières, la nervosité était donc grande ce 30 octobre au soir quand les premiers résultats ont commencé à être diffusés à la télévision. Les visages se sont rapidement assombris et le sont demeurés longtemps. La victoire du Oui se confirmait d'un résultat à l'autre. 

Jusqu'à ce que ceux des circonscriptions du West Island de Montréal commencent à sortir. En peu de temps, l'écart s'était rétréci. Plus il se refermait, plus on s'agitait au comité du Non. Les applaudissements, discrets au début, se faisaient plus soutenus. Jusqu'à ce qu'on sorte D'Arcy-McGee. On y avait voté à 96,28 % en faveur du Non et cela venait de mettre le Non en légère avance. Tout venait de virer de bord. Au comité du Non, c'était presque le délire.

C'était assez irréel de voir une telle explosion de joie à Trois-Rivières pour un comté hyper-anglophone qui s'appelle D'Arcy-McGee. À Trois-Rivières, le Oui l'avait emporté à 55,64 %, assez modestement pour une circonscription francophone. Mais au national, c'est le Non qui avait gagné, même si c'était par la peau des dents, en raison peut-être comme le suggérera très malhabilement quelques instants plus tard Jacques Parizeau, des forces de l'argent et du vote ethnique. Le référendum venait d'être clos.

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