Autochtones: on s'entend mieux qu'ailleurs

Des réserves, ce sont des ghettos, et dans... (Sylvain Mayer)

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Des réserves, ce sont des ghettos, et dans le cas des Atikamekws, on peut dire qu'ils ont été comme parqués dans un périmètre étroit et dans des coins isolés et perdus, au coeur de la forêt.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a au coeur du village de Wemotaci, une petite maison carrée faite de pièces de bois équarri. C'est un vestige des premières maisons construites sur la réserve quand les tipis ont été abandonnés. Son toit est arraché et les poutres extérieures grisonnées par le temps et les intempéries montrent qu'elle a été abandonnée depuis longtemps.

Malgré sa désuétude, elle est importante dans le village. Les soirs d'exubérance, mais aussi quand un habitant de la place sent le besoin d'exprimer une colère, elle sert de défoulement. On lui tire dessus. Ses vieux murs sont tapissés d'impacts de balles.

Dans le contexte actuel, avec les événements de Val-d'Or, on peut penser que dans beaucoup de communautés autochtones, il ne serait pas inutile de posséder une telle maison pour pouvoir aller y lâcher un excédent de furie et son ressentiment à l'égard du traitement qui leur est trop souvent réservé par le peuple dominant et ses représentants. 

La première fois que j'ai découvert Wemotaci, c'est parce que le clan des Chilton et quelques autres familles avaient présumément monté un barrage interdisant l'accès au campement d'Hydro-Québec pour ses travailleurs affectés à la construction des centrales Chute-Allard et Rapide-des-Coeurs.

La presse nationale faisait grand état de ce nouveau barrage routier imposé par des autochtones. C'était au kilomètre 75 du chemin de gravelle qui de La Tuque se rend à Wemotaci. Les Chilton et leurs amis contestaient l'entente qu'avaient conclue avec Hydro-Québec les dirigeants de la nation Atikamekw pour l'exploitation de deux petites centrales sur leur territoire.

Il y avait bien un tipi dressé au kilomètre 75 de la route 25, mais la vérité était que c'est Hydro-Québec qui interdisait l'accès à ses baraquements forestiers, peut-être parce qu'ils n'étaient pas sanitaires. Ce qu'on apprendra par la suite.

Sur la réserve, j'avais demandé à rencontrer quelqu'un qui accepterait de me parler de certains problèmes qui avaient été portés à mon attention, dont plusieurs cas de suicide chez des jeunes. La travailleuse sociale atikamekw autorisée par le Conseil de bande à me rencontrer m'expliqua simplement qu'un prêtre qui était passé par là et qui devait s'occuper de leurs âmes avait abusé sexuellement à répétition de jeunes garçons. Quatre d'entre eux s'étaient par la suite enlevé la vie. Dans une communauté d'un peu plus de 1200 membres, c'est énorme.  

La violence et les abus de toutes sortes qui émanent de Wemotaci, comme de Manawan ou d'Opitciwan, les autres réserves atikamekw, et qui finissent souvent devant les tribunaux, trouvent plus généralement leur source à l'intérieur même de leur communauté. Il y a des raisons à cela. Des réserves, ce sont des ghettos, et dans le cas des Atikamekws, on peut dire qu'ils ont été comme parqués dans un périmètre étroit et dans des coins isolés et perdus, au coeur de la forêt.

Cela passerait encore si on n'y vivait pas des problèmes de surpopulation, d'habitations insuffisantes qui les forcent à vivre cordés les uns sur les autres, dans un état de pauvreté gênante, avec un minimum de services et de distractions locales. Un urbain normal y sombrerait en dépression pour moins que cela. La promiscuité dans un tel contexte ne peut que faire exploser des comportements sociaux indésirables. À qui la faute?

On voit moins de ces conflits à Odanak ou à Wôlinak, qui profitent d'une proximité urbaine et de tout ce qui est offert à la population québécoise en général. Il est vrai qu'en plus, dans ces deux communautés, les traits autochtones ne sont pas toujours perceptibles, en raison d'un certain métissage, inévitable à travers le temps. 

Les conflits entre les membres de ces deux réserves abénakises et la population blanche qui les entoure sont rares et lorsqu'il y en a, ils tiennent plus de rapports personnels que de différends de nature raciste. Quand on dépose son pied sur le zinc d'un bar de Pierreville, on ne se regarde pas de travers parce qu'on peut être d'origines différentes.

Même chose quand même à La Tuque, même si les différences ethniques sont plus perceptibles. Sur la rue Saint-Joseph, personne ne change de trottoir quand on s'y croise.

Il faut admettre que nos populations vivent dans une certaine harmonie et que les conflits qui parfois les opposent, comme peut l'être une revendication territoriale, ne se règlent pas à coups de gueule ou à coups de poing.

Tant mieux si la cohabitation est harmonieuse, peut-être qu'on se fréquente depuis toujours dans le quotidien de nos vies. 

Cela ne doit pas empêcher de comprendre qu'il existe un problème grave d'appréciation et de respect à travers le Canada. Il n'y aurait pas 1200 femmes autochtones assassinées ou portées disparues depuis 25 ans, s'il ne flottait pas dans notre société une certaine indifférence à l'endroit des peuples des Premières nations. Il n'y aurait pas eu de Val-d'Or.

Il nous faut plus que prendre acte. On doit bien quelque chose à ceux à qui on doit le territoire sur lequel on vit, nous, si bien.

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