Un colisée... à quel prix?

En mai 2014, le Groupe Robin avait présenté...

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En mai 2014, le Groupe Robin avait présenté un projet de colisée annexé à un centre de foires et de congrès. L'idée de faire d'un amphithéâtre sportif l'élément principal du District 55 semble prendre du galon, le maire Yves Lévesque ayant fait son nid pour que le nouveau colisée soit construit à cet endroit.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Trois-Rivières pourra donc inaugurer son nouveau colisée, si tout va comme prévu, quelque part à l'automne 2019... un an après les prochaines élections municipales. Un beau colisée de 5000 places, avec des loges corporatives, au District 55.

La question ne se pose pas si la ville a besoin d'un nouvel amphithéâtre sportif, multifonctionnel bien sûr. C'est dû depuis au moins une décennie, si ce n'est de deux. Le vieux colisée du parc de l'exposition, construit dans les années de la grande dépression pour donner un peu d'ouvrage à Trois-Rivières, date de 1938. On peut dire que s'il n'a pas rendu l'âme, ses grosses poutres d'acier qui le soutiennent et qui masquent souvent la vue des spectateurs, ont fait leur temps. 

Le maire Yves Lévesque a profité de l'ouverture d'une station-service - le premier investissement du District 55 - pour confirmer son intention d'y construire le nouveau colisée et apporter quelques détails dont une première estimation des coûts de réalisation qui seraient de 56 millions $. 

Après l'échec du projet avec le Complexe sportif Alphonse-Desjardins puis avec l'UQTR, il ne restait guère que le District 55, pour lequel le maire de Trois-Rivières avait toujours exprimé un assez évident penchant favorable.

Sauf que c'est le Groupe Robin, propriétaire des terrains, qui devait le réaliser, en privé ou sous la forme d'un OBNL, une organisation à but non lucratif. De tous les cas de figure envisagés, la solution la plus onéreuse restait la construction du colisée par la Ville elle-même, sur un terrain lui appartenant.

Ce qui avait été écarté, entre autres parce que la Ville n'allait pas en retirer de taxes foncières. Cela représentait entre trois et quatre millions $ par année avec le CSAD et environ un million en compensations tenant lieu de taxes dans le cas de l'université. Le CSAD et l'UQTR fournissaient le terrain. Mais surtout, la Ville n'avait pas à emprunter l'argent requis, ce qui lui évitait d'alourdir davantage une dette à long terme jugée déjà très élevée. 

Pour un colisée de 5000 places avec une glace adjacente, le CSAD prévoyait débourser

53 millions $ et l'UQTR, avec deux glaces, 49 millions $. À l'UQTR, l'emprunt allait être moindre parce que la Fondation de l'université projetait d'y contribuer sous forme de don à hauteur 6 millions $. Dans chaque cas, la subvention gouvernementale promise de 26,8 millions $ devait suivre. Ce qui n'était plus acquis avec un société privée comme le Groupe Robin, même sous la forme d'un OBNL. 

Selon le maire Lévesque, il va en coûter 56 millions $ pour le colisée. On peut se demander si c'est une évaluation réaliste qui tiendra la route. Si on entre en compte par exemple tous les coûts de l'amphithéâtre Cogeco, comme quelques dépassements, l'achat d'un rideau pare-intempéries, le changement imprévu du système de sonorisation prévu, le stationnement, les aménagements paysagers, etc., la facture réelle atteint les 70 millions $, pour 3500 places semi-couvertes. 

On peut bien nous le promettre la main sur le coeur, mais le scepticisme reste approprié. À moins que le maire déniche l'entrepreneur avec lequel prévoyait faire affaire le Groupe Robin lui-même quand il proposait de construire un colisée de 5000 places, avec des loges, mais avec en plus non pas une, ni deux, mais trois glaces en annexe, au prix incroyablement bas de... 40 millions $. Une aubaine si on en cherchait une. On a beau dire que le privé peut souvent faire à meilleur coût que le public, mais à ce prix, pour un tel complexe, c'était à se demander s'il ne faudrait pas y apporter sa chaise pliante pour assister à un match de hockey ou à un spectacle. 

La ville doit finalement se résigner à la solution la plus onéreuse. Mais ce n'est qu'à la fin qu'on saura vraiment combien il va en coûter au juste aux Trifluviens pour cet équipement. Pour l'instant, les chiffres du maire ne peuvent être qu'en vertu d'une estimation extrêmement approximative, mais surtout stratégiquement rassurante. Les sous-évaluations volontaires des projets publics, pour les rendre acceptables à une opinion publique frileuse, ont été une véritable plaie depuis plusieurs années au Québec. 

On verra. Pour l'instant, on ne sait même pas le prix que la ville va devoir payer pour les 400 000 pieds carrés de terrain dont elle a besoin du Groupe Robin auquel elle les avait vendus. Si le colisée doit être la vraie bougie de démarrage du District 55, la ville devrait mériter un prix de faveur, un prix d'introduction comme on dit dans le commerce.

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