Des démissions... égoïstes?

Il n'y avait dans son cas aucune urgence... (La Presse Canadienne)

Agrandir

Il n'y avait dans son cas aucune urgence à démissionner comme député. Le faire seulement trois jours après que le mouvement souverainiste a reçu une nouvelle grosse gifle, à un moment où celui-ci avait grand besoin de réconfort, risque d'être perçu comme un manque de loyauté.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il serait grandement présomptueux de conclure à la mort clinique du mouvement souverainiste au Québec.

Ce mouvement a toujours été latent dans l'histoire du Québec, même s'il n'a pas toujours explosé de vigueur et occupé l'avant-scène politique comme ça a été le cas au cours du dernier demi-siècle.

Mais s'il va persister, il pourrait bien se marginaliser de nouveau. L'idée souverainiste fait moins recette et les deux partis qui la soutiennent sur le plan politique subissent une érosion continue de leur clientèle depuis au moins une décennie. D'une élection à l'autre, le Parti québécois perd des votes et malgré l'espoir qu'avait fait naître le retour de Gilles Duceppe à la barre du Bloc québécois pour la campagne électorale fédérale, les appuis au parti ont encore fondu, en dépit de la représentation parlementaire améliorée qu'il a obtenue.

Les décevants résultats de lundi étaient déjà suffisants pour saper le moral des troupes souverainistes, voilà qu'on en rajoute, comme si on voulait à tout prix en finir avec la bête.

Le problème, c'est que les coups de trop ne sont pas venus d'adversaires, même si le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a sorti le clairon nationaliste pour tenter de charmer les souverainistes, mais de l'intérieur même des deux partis. 

Dans ce contexte aussi dépressif que celui qui suivait la nouvelle raclée électorale de lundi, les démissions de Stéphane Bédard, au Parti québécois, et de Gilles Duceppe, au Bloc québécois, sont vraiment de trop. Si on avait voulu assommer le mouvement, ou ceux qui y croient encore, on n'aurait pu trouver meilleur moment pour annoncer ces départs.

Malgré l'ampleur indéniable de leur engagement en faveur de la souveraineté du Québec et une certitude absolue que ce projet leur tient toujours fortement à coeur, l'empressement de ces deux figures de proue de la souveraineté à quitter la vie politique alors qu'il y avait des plaies à panser envoie comme message à la population que le moment est venu de jeter l'éponge du projet de pays.

Les ténors du Bloc québécois, pour ce qui en reste, tiraient sur la manche de Gilles Duceppe pour qu'il prolonge son séjour à la tête du parti, même si celui-ci est descendu sous la barre des 20 % d'appuis. On peut comprendre que ces résultats, y compris sa propre défaite dans Laurier-Sainte-Marie, aient produit suffisamment d'ingrédients amers pour l'amener à brusquer les événements. Son parti avait peut-être besoin d'au moins un peu de temps pour se ressaisir, s'organiser et remonter au front. Surtout que parmi les dix députés bloquistes élus lundi, il n'y en a qu'un qui ait de l'expérience parlementaire et c'est Louis Plamondon. La contribution de Gilles Duceppe à la stratégie à mettre en place, pour que le message souverainiste du Bloc et les prises de position politique du parti aient de la résonnance, aurait été précieuse. 

Gilles Duceppe laisse une mauvaise impression de frustration, mais surtout qu'il ne sert plus à rien de se battre pour l'indépendance du Québec. 

On peut admettre qu'à son âge et après tant d'années de service, il puisse juger légitime de passer le flambeau à de plus jeunes que lui. C'est moins le cas de Stéphane Bédard. 

Beaucoup de monde pense qu'il n'a jamais digéré de se faire retirer par son nouveau chef Pierre Karl Péladeau son titre de leader parlementaire du Parti québécois à l'Assemblée nationale au profit de Bernard Drainville.

C'est dommage que les rancoeurs personnelles aient pu avoir eu le dessus sur les intérêts supérieurs du parti... et de la cause. Une cause qu'avait défendue avant lui son père Marc-André, l'un des fondateurs avec René Lévesque du Mouvement souveraineté-association puis du Parti québécois. 

Il n'y avait dans son cas aucune urgence à démissionner comme député. Le faire seulement trois jours après que le mouvement souverainiste a reçu une nouvelle grosse gifle, à un moment où celui-ci avait grand besoin de réconfort, risque d'être perçu comme un manque de loyauté. Aurait-il trouvé les dernières années si «éreintantes et épuisantes» si PKP lui avait préservé son rôle de leader parlementaire et la prime qui vient avec? Oui, s'il avait siégé comme ministre, si le Parti québécois avait préservé le pouvoir?

À une semaine du 20e anniversaire du référendum presque gagné de 1995, il n'y a là rien pour encourager le bon peuple à se remettre en marche vers ce qu'on prétend son destin national.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer