Chrétien à Trudeau: «Appelle-moi quand tu voudras!»

L'ex-premier ministre Jean Chrétien a une grande confiance... (Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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L'ex-premier ministre Jean Chrétien a une grande confiance en François-Philippe Champagne, le nouveau député de Saint-Maurice-Champlain.

Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Ce que je peux vous dire, c'est que la Mauricie aura une voix forte à Ottawa.»

L'ex-premier ministre Jean Chrétien est convaincu que le nouveau député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne a tout ce qu'il faut comme bagage personnel et professionnel pour occuper un poste ministériel dans le cabinet que formera le premier ministre Justin Trudeau. «Il faut reconnaître qu'il a un curriculum vitae assez impressionnant. Il a travaillé à l'international, il parle plusieurs langues. Il a de grandes qualités», a-t-il reconnu. 

«Il ne sera pas orphelin à Ottawa», a-t-il prévenu, indiquant par là qu'il entendait apporter à François-Philippe Champagne tout son appui et qu'il le fera profiter de son réseau d'influence qui est loin d'être négligeable dans l'appareil gouvernemental et dans le Parti libéral du Canada. L'ex-premier ministre n'avait d'ailleurs pas hésité à se présenter à ses côtés durant la campagne électorale lors d'un engagement public de celui-ci en faveur du maintien du Centre fiscal de Shawinigan et d'une remise à niveau de plusieurs de dizaines de millions de dollars du bâtiment qui l'abrite.

Jean Chrétien ne se permettra cependant pas une intervention directe auprès du premier ministre afin que le nouveau député accède au conseil des ministres. «Il appartient à M. Trudeau de former son cabinet et je n'ai pas à interférer dans ses décisions. Ce n'est pas une chose facile de décider qui deviendra ministre. En plus des capacités à occuper un tel poste, il y a plusieurs considérations qui peuvent être prises en compte comme la langue, le sexe, la représentation régionale et même parfois la religion.» 

L'ex-premier ministre reste impressionné par le travail abattu par François-Philippe Champagne pour devenir député de la circonscription qu'il a longtemps lui-même représentée. Il a compris le message qu'il lui avait transmis au début de son aventure quand il lui avait dit: «On n'entre pas par le haut, mais par le bas, dans ce métier-là», c'est-à-dire qu'on doit d'abord obtenir et mériter la confiance de ses concitoyens si l'on aspire à défendre leurs intérêts.

Même dans l'exercice du pouvoir, Jean Chrétien prévient qu'il n'a pas l'intention de «jouer à la belle-mère». «Ce que j'ai dit à Justin Trudeau, c'est: ''fais ça à ta manière''. C'est aussi le conseil que j'avais donné à l'époque à son père, Pierre Elliott Trudeau.»

Après dix ans d'absence du pouvoir à Ottawa, Jean Chrétien ne cachait pas sa satisfaction de voir revenir un nouveau gouvernement libéral au pouvoir. Depuis son départ d'Ottawa, aucun chef de son parti n'était parvenu à faire élire un gouvernement libéral. «J'étais un peu découragé de la situation. Le Parti libéral a toujours été un grand parti. Il a connu des chefs prestigieux. À 79 % du temps, depuis 1867, c'est le Parti libéral qui a dirigé le Canada. Là, on en était rendu à être la deuxième opposition...»

L'éclatante victoire libérale de lundi l'a évidemment beaucoup réconforté. Il l'avait d'ailleurs sentie venir. Son pif! Il faut dire qu'il y a aussi beaucoup contribué, même s'il ne s'en réclame aucun mérite. Il reste qu'à la différence des campagnes électorales passées, Jean Chrétien s'est beaucoup impliqué dans celle-ci. Il a fait des apparitions publiques dans une vingtaine de circonscriptions, de Vancouver à Halifax, d'une mer à l'autre. «Je me suis surtout arrêté dans les grandes villes parce que les médias y sont fortement présents. On vise bien sûr à obtenir un maximum de portée.»

Concours de circonstances peut-être, mais la remontée libérale s'est amorcée au lendemain d'une lettre publiée dans les grands journaux du Canada dans laquelle il exprimait sa honte de ce qu'était devenu le Canada et de la perception négative qu'on avait maintenant du pays à travers le monde. C'est au lendemain de cette parution qu'il a entrepris sa grande tournée des principales villes du pays. Une marche du pèlerin qui n'a visiblement pas nui à son parti politique.

N'attendez cependant pas de Jean Chrétien qu'il veuille en retirer quelque reconnaissance que ce soit. Pour lui, cela ne fait pas de doute, le premier mérite du triomphe libéral revient à son jeune chef Justin Trudeau qui a «beaucoup d'intelligence et d'aplomb». Il faut dire qu'il le connaît depuis qu'il était tout jeune. «Autour de la table, on ne parlait pas que de hockey. On parlait d'un peu de politique, quand même.»

Il se réjouissait mercredi des réactions à l'international du retour libéral à la tête du Canada et de l'effet qu'a produit Justin Trudeau. «On le trouve même sexy», a-t-il rigolé. Il venait d'ailleurs de terminer une conversation téléphonique avec Franz Vranitzky, un ancien chancelier social-démocrate d'Autriche, heureux «pour le Canada» qu'on y retrouve un gouvernement centre-gauche.

Jean Chrétien admet qu'il a eu plusieurs conversations avec Justin Trudeau. 

Mais il réaffirme qu'il ne se mêlera pas de sa conduite du gouvernement. «Il n'a pas besoin de moi pour cela.» 

Il lui a quand même glissé: «Appelle-moi quand tu voudras!».

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