L'enfer d'une fin de soirée d'élection

L'élection dans Trois-Rivières a donné des sueurs froides... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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L'élection dans Trois-Rivières a donné des sueurs froides aux candidats mais aussi... aux journalistes! On voit ici Robert Aubin qui attendait les résultats lundi soir.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il est presque minuit lundi soir. On est à la limite de l'heure de tombée si on veut que tout le monde reçoive son journal à temps pour le petit-déjeuner.

Mais tout va bien, même si on s'attendait de devoir veiller tard, les textes sont presque tous déjà mis en page. L'élection d'un gouvernement libéral majoritaire a été confirmée très tôt et les victoires de Louis Plamondon dans Bécancour-Nicolet-Saurel, de Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé et de François-Philippe Champagne dans Saint-Maurice-Champlain ont été aussi rapidement reconnues que décisives.

Sauf qu'à la limite de l'heure de tombée, l'issue dans Trois-Rivières n'est pas encore scellée. Après avoir traîné en début de soirée derrière le député sortant Robert Aubin, le candidat libéral Yvon Boivin est passé en tête et il s'y tient depuis déjà un bon moment. Pour le journal, il n'y a plus de temps, il faut présumer d'un gagnant. 

Comme il semble y avoir tendance dans son cas, il faut prendre le risque de désigner Boivin dans Trois-Rivières, en présumant que le dépouillement des boîtes à venir va confirmer et qui sait, peut-être même améliorer sa position de tête.

Mais voilà. Il y a quand même un bon moment qu'aucun résultat nouveau n'est apparu sur le site Internet de Radio-Canada et il reste à connaître les données de vingt-trois boîtes de scrutin sur 263. Même si ce n'est même pas 10 % des votes, tout peut encore basculer dans un sens ou dans l'autre. L'avance de Boivin est mince. Elle n'est même pas de 300 voix. 

Le deadline est déjà un peu brisé, mais le doute s'installe dans la salle de rédaction du Nouvelliste. On peut étirer de quelques minutes l'élastique. Le risque est trop grand de se tromper dans Trois-Rivières. La décision est prise. Il faut modifier les textes. C'est au scalpel qu'on retranche des lignes pour leur substituer au moins un peu d'ambiguïté. La forme conditionnelle s'installe avec quelques points d'interrogation dans les textes. 

Tout le monde dans la salle continue d'avoir les yeux rivés sur les résultats électoraux. Tout d'un coup qu'à l'instant même, on obtiendrait une certitude. Mais c'est plutôt des grognements de mécontentement qui forment la trame de fond sonore de la salle. Et ce n'est pas que les trempettes commencent à être détrempées dans leur plateau et qu'on est déjà presque au bout du gros sac de chips. C'est que tout reste désespérément figé sur le site du directeur général des élections. Cela fait maintenant presque une heure que rien n'a bougé. C'est à n'y rien comprendre.

Il est rendu presque minuit et trente. Il n'y a plus de possibilité. Les derniers textes sur Trois-Rivières sont lâchés. C'est traumatisant d'avoir à se demander si on ne publiera pas la photo du perdant en vainqueur souriant et l'inverse. 

Ça ne grogne plus dans la salle. C'est presque des cris d'horreur. Rien ne va plus. D'un trait, les résultats de huit nouvelles boîtes de scrutin viennent de tomber et Aubin reprend les devants. Une section de vote aurait particulièrement fait la différence. Avec 380 voix de priorité, ce n'est pas ce qu'on peut appeler une avance confortable, mais ça devient plus dur à renverser, pour ce qui reste à dépouiller. 

Encore une fois, c'est le branle-bas de combat pour faire non pas les, mais d'ultimes corrections. On rappelle les textes. C'est comme si on opérait en catastrophe à coeur ouvert dans l'édition, sur les textes, les titres et les légendes de photos. On ne réfléchit plus, on agit. Tant pis s'il reste des coquilles. On ne pourra désormais plus rien y faire. L'édition est en marche.

Advienne que pourra, tout est fini? C'était comme ça avant. À cette différence qu'il y a maintenant des applications mobiles pour lire Le Nouvelliste et pour celles-ci, on peut mettre à jour les derniers résultats. 

Comme il ne reste même pas quinze boîtes de scrutin, ça ne devrait pas tarder et on va enfin détenir le résultat final dans Trois-Rivières et hors de tout doute, le nom du vainqueur.

Ce à quoi on ne s'attendait pas, c'est que c'est au compte-gouttes qu'on recevrait ces derniers résultats, presque une seule boîte à la fois. À 1 h 30, il en restait encore six à dépouiller, mais la majorité d'Aubin continuait de s'améliorer. C'est à 1 h 42 que le score final a enfin pu être connu. Plus de quatre heures après la fermeture des bureaux de votation on pouvait enfin pour les tablettes et les cellulaires donner l'heure juste dans Trois-Rivières.

Une lutte serrée dans une circonscription de la région et des résultats essentiels qui sont bloqués quelque part, c'est la hantise d'une soirée électorale dans une salle de rédaction. On peut cependant penser qu'au Nouvelliste, on commence à y être rompu. C'est presque toujours comme cela.

En 2012, il avait fallu s'armer d'une patience qui n'est pas possible un soir d'élection pour enfin connaître suffisamment de résultats permettant de confirmer la réélection de la libérale Danielle Saint-Amand sur la péquiste Djemila Benhabib dans Trois-Rivières. 

C'était quand même peu comme problème comparé à l'élection fédérale de 2003 quand Julie Boulet pour le Parti libéral fédéral et Marcel Gagnon pour le Bloc québécois, se sont échangés jusque dans la nuit la première position dans la circonscription de Champlain. À trois reprises, le Nouvelliste a dû changer la photo du vainqueur, qui fut finalement Marcel Gagnon, avec même pas vingt voix de majorité. 

Mais c'est à l'élection de 2003 dans la circonscription provinciale de Champlain que le sommet a été atteint. Noëlla Champagne l'avait officieusement emporté par trois ou quatre voix contre le libéral Pierre A. Brouillette, de sorte qu'il a été impossible de trouver un gagnant avant l'ouverture de la dernière boîte de scrutin. On demanda par la suite un recomptage judiciaire à l'issue duquel le juge ordonna une nouvelle élection, car les deux candidats avaient obtenu le même nombre de bulletins valides.

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