Les grands vents d'automne

Dans les bureaux de vote par anticipation de... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

Agrandir

Dans les bureaux de vote par anticipation de la région, comme d'ailleurs partout dans le reste du pays, les électeurs se sont massivement «débarrassés?» de leur «devoir» de citoyen.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Recueils sous le bras, les poètes sont repartis dans leurs terres lointaines, la tête remplie de souvenirs trifluviens où ils ont laissé, comme toujours, traîner un peu partout dans la ville, des mots, des mots et des mots chargés d'émotion qu'ils nous autorisent à reprendre et à répandre.

À Louiseville, les festivaliers du sarrasin, moins maussades que le temps qui leur a fait plus ou moins bel accueil, pourront combler leur nostalgie de la galette en délayant à leur tour dans leurs chaumières la farine qu'ils se font généralement un devoir d'emporter avec eux.

Dans les bureaux de vote par anticipation de la région, comme d'ailleurs partout dans le reste du pays, les électeurs se sont massivement «débarrassés?» de leur «devoir» de citoyen. D'ailleurs, pour plusieurs d'entre eux, ce fut une occasion inespérée d'étrenner leurs déguisements et masques de l'Halloween.

Tous les partis politiques encore dans l'opposition, au moins jusqu'à lundi, se sont empressés d'interpréter l'explosion de la fréquentation des BVA comme le signal d'une forte volonté de changement de gouvernement. On l'a toujours analysé ainsi dans le passé lorsque les électeurs se pressaient plus qu'à l'habitude devant les urnes.

On ne démoralisera pas les organisations électorales qui en ont profité pour démontrer leur forte musculature à faire sortir «leur» vote, mais il se pourrait bien aussi que bon nombre d'électeurs, écoeurés d'un envahissement électoral de près de trois mois, aient simplement trouvé le truc pour se boucher les oreilles sur les ultimes radotages politiques qui vont monter en décibels d'ici lundi. 

Quelques jours encore de tolérance et on pourra expédier cette élection rarement aussi alambiquée, si l'on s'en fie à la pléthore de sondages qui l'ont accompagnée, révélant pour chaque parti politique, à différents moments, une grisante fermentation électorale. Qu'en restera-t-il à chacun lundi, c'est la grande énigme.

Mais après, est-ce qu'on pourra passer aux vraies affaires? Bon, il y aura bien quelques spasmes à subir, le temps de savoir quel parti minoritaire va posséder le pouvoir parlementaire. On ne va quand même pas ramener les poètes pour enjoliver les bruits du vent de l'automne, ou les galettiers pour gaver d'odeurs de crêpe un air de plus en plus frisquet. Non, les feuilles vont tomber des arbres et on ne va pas les recoller à leurs branches.

On va finir par passer aux vraies affaires. Car peu importe qui s'installera en dominant à Ottawa, au lendemain de l'élection, il n'y aura rien de régler. Les citoyens retrouveront leurs petits problèmes et la société, ses grands. 

Ce qui ne veut pas dire qu'on pourra doucement dormir sur nos oreilles. L'automne, au Québec, sera occupé par un autre grand débat politique, dont on s'est plutôt peu soucié ces derniers temps, malgré quelques séances de tam-tam syndicaux. Les négociations dans le secteur public devraient bientôt occuper toute l'avant-scène de l'actualité.

Les votes sont pris et les dates de perturbation sociale déjà annoncées. La plupart des syndicats du Front commun syndical détiennent des votes de six jours de débrayage, échelonnés selon un calendrier stratégique. Le premier sera exécuté le 28 octobre. Il y en aura deux autres les 12 et 13 novembre et trois, si nécessaire parce que le gouvernement n'aurait pas encore fléchi, ce qui est assez prévisible, les 1er, 2 et 3 décembre. Des votes de grève «quasi soviétiques», comme les a décrits mon confrère Olivier Gamelin, parce qu'ils ont pu dans certains cas être approuvés par jusqu'à 98 % des syndiqués votants.

Ce qui dénote, en apparence, une incroyable détermination des employés de l'État. Dans la mesure où on occulte le fait que près de deux membres sur trois ne se sont même pas déplacés pour exprimer dans leur urne syndicale, leur colère étatique. C'est beaucoup moins que le pourcentage de participation qu'on enregistrera lundi au fédéral. Ça dénote, ou bien de l'indifférence de la part de la majorité d'entre eux, ou bien de la résignation.

Comment tout cela va finir? D'abord, on peut penser que le gouvernement, qui l'a déjà réussi avec les omnipraticiens et les médecins spécialistes, pourrait faire une brèche dans le Front commun avec une première concession de 100 millions $ faite aux infirmières afin de mieux les disposer à signer une entente. Faudra voir.

Ensuite,il faut bien comprendre une chose. Si les six jours de grève sont respectés, le gouvernement économisera en salaires coupés, 2 % de sa masse salariale annuelle. De quoi justifier sa magnanimité en leur retournant un petit 1 % en augmentation de salaire, au lieu du zéro prévu. 

Entre-temps, le gouvernement libéral de Philippe Couillard pourra se bomber le torse d'avoir remporté au moins trois des quatre circonscriptions qui iront en élections partielles le 9 novembre. 

Une prédiction facile? Il va venter dans toutes les directions cet automne.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer