M... de Montréal, blanche-neige de Trois-Rivières

L'administration Coderre affirme qu'elle n'a d'autre choix que... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'administration Coderre affirme qu'elle n'a d'autre choix que de déverser 8 milliards de litres d'eaux usées, soit plus de quatre fois le volume du Stade olympique, dans le fleuve Saint-Laurent, du 18 au 25 octobre.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Même si le déversement en amont de Trois-Rivières, à Montréal, de huit milliards de litres d'eaux usées, en principe entre le 18 et le 25 octobre, a de quoi provoquer des haut-le-coeur, les Trifluviens ne devraient pas s'inquiéter outre-mesure et surtout, ne pas se priver de consommer leur eau du robinet durant cette période et dans les jours qui vont suivre.

Pour une raison bien simple. Trois-Rivières ne puise pas son eau dans le fleuve, mais dans la rivière Saint-Maurice. Ce qui n'est pas le cas à Bécancour. Mais même dans ce cas, ça ne devrait pas constituer une grande source d'inquiétude. 

Avant de passer sous le pont de Trois-Rivières, cette eau puante et boueuse montréalaise aura eu à traverser un grand filtre naturel qui est le lac Saint-Pierre, avec ses grands herbages. Encore là, une grande partie des matières en suspension contenues dans les eaux de déversement aura probablement déjà été grandement dispersée et diluée.

Beaucoup des experts qui ont cherché à rassurer la population sur les impacts de cette manoeuvre montréalaise ont largement expliqué que le fort débit du fleuve et la force de son courant vont agir d'une façon dynamique sur les éléments polluants. Malgré l'ampleur du déversement et sa concentration à l'intérieur d'une semaine, on en sera à moins qu'une dose homéopathique.

Il est possible que les rejets momentanés de Montréal, qui se calculent quand même en milliards de litres, soient facilement absorbés par le fleuve, qu'ils n'entraîneront pas de problème de santé publique pas plus que de dommages mesurables à la faune et à la flore. 

Le problème qu'a fait surgir cette controverse, ce n'est pas tant un déversement isolé et contraint par la nécessité de procéder à d'incontournables réparations des installations de Montréal. C'est qu'il a révélé que des déversements en nombre ahurissant sont faits chaque année dans les cours d'eau du Québec, dont le fleuve, parce que les usines de traitement des eaux usées des municipalités et des villes ne suffisent pas aux besoins. 

On avait été alerté en quelques occasions que des surverses étaient inévitables, en particulier lors de fortes précipitations. Rien qui ne devait en principe donner lieu à une alerte générale de la société québécoise. Mais quand on apprend qu'il y en a eus 45 512 en 2014, on réalise soudainement que c'est devenu une mesure d'évacuation aussi routinière que banale des trop-pleins de nos égouts. Là, il y a de quoi perturber une population sensibilisée comme la nôtre à la question environnementale et qui fait des efforts soutenus dans son quotidien pour trier ses déchets et réduire sa charge polluante personnelle. 

C'est choquant, ce qu'on apprend. Car en plus de ces milliards de litres qui sont déversés dans nos eaux, le fleuve Saint-Laurent doit aussi «s'accommoder» d'une dizaine de milliards de litres additionnels d'eaux non traitées qui proviennent du lac Ontario. Un déversement isolé, ce n'est peut-être pas une catastrophe irréparable. Le fleuve devrait pouvoir s'en auto-purifier. Mais des dizaines de milliers de déversements qui génèrent au total des dizaines de milliards de litres d'eau souillée par toutes sortes de choses, cela doit bien finir par produire quelque part un cumul de contaminants dangereux dont il devient impossible de se débarrasser.

Une ville comme Trois-Rivières n'y échappe pas, Cela s'est produit à 707 reprises en 2013. Cela paraît peut-être élevé, mais c'est beaucoup moins que la plupart des villes de sa taille, comme Sherbrooke (1259) ou Saguenay (3045) ou même Drummondville (813). 

La principale cause de surverses, ce sont les fortes précipitations de pluie, qui surchargent momentanément les infrastructures d'évacuation des égouts des villes et qui excèdent les capacités de traitement. Ensuite, ce sont les tempêtes de neige.

Yves Lévesque a tempêté cette semaine sur le traitement de faveur qui était accordé à Montréal par Québec. C'est que le maire de Trois-Rivières, dont la ville a un bon bulletin relatif à cet égard, ne digère toujours pas qu'on lui ait interdit de déverser en 2008 dans le fleuve le surplus de neige dont on ne savait plus que faire, tellement il en était tombé durant l'hiver. Pour se déprendre du problème, cela avait coûté 2 millions $ aux contribuables de Trois-Rivières, une facture salée.

Or, une neige fraîchement tombée, ramassée dans des rues qu'on n'a pas encore arrosées d'abrasifs et de fondants susceptibles de modifier le ph des eaux du fleuve, c'est quand même loin de la merde de Montréal.

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