La bienheureuse et la malheureuse

D'année en année, l'Indice relatif du bonheur nous... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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D'année en année, l'Indice relatif du bonheur nous apprend que les gens se perçoivent beaucoup plus heureux à Shawinigan qu'ils ne se définissent à Trois-Rivières.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Peut-être que pour améliorer un peu leur moral, les Trifluviens devraient déménager à Shawinigan, ou à tout le moins y monter de temps en temps, pour une frite sur la 5e, une Tracteur au Trou du Diable, ou n'importe quoi, mais surtout pour s'imbiber de l'esprit de ses citoyens. Malgré tout ce qu'on pourrait en présumer, quand on les fait s'autoévaluer comme c'est le cas avec l'IRB (indice relatif du bonheur), ils se proclament parmi les plus heureux du Québec, alors qu'au bout de la rivière, devant un fleuve qu'on décrit pourtant comme majestueux, c'est Trois-Rivières-la-déprimée.

D'année en année, l'Indice relatif du bonheur nous apprend que les gens se perçoivent beaucoup plus heureux à Shawinigan qu'ils ne se définissent à Trois-Rivières.

C'est encore le cas avec le dernier IRB. Certes Trois-Rivières n'est plus au dernier rang des villes du Québec, comme à la fin des années 2000. On avait même constaté un sursaut de bienheureux dans les années suivantes, au point de hisser la ville au septième rang des villes du Québec. Mais depuis ça glisse tranquillement vers la queue. Pour l'instant, Trois-Rivières se maintient au milieu du peloton. Mais pour combien de temps? Alors que Shawinigan, septième, se hisse d'une année à l'autre dans le Top ten.

Les Trifluviens ont pourtant eu une grande partie de l'été le Cirque du soleil dans leur cour et inauguré l'amphithéâtre des amphithéâtres saisonniers. C'aurait dû les requinquer. Il est vrai qu'ils héritent de l'ardoise qui vient avec la splendeur. Ils habitent quand même en plus «Partytown». On n'en dort même plus la nuit, tellement leur centre-ville est pétant de décibels avec ses bars tapageurs, ses fêtards criards, ses motos pétaradantes et toute cette rugissante machinerie municipale qui parachève le grand oeuvre sonore au petit matin. C'est à n'y rien comprendre. Ils sont tellement dur à contenter, ces Trifluviens.

Alors qu'à Shawinigan, même si on garde de l'avance en âge sur Trois-Rivières, que le revenu médian est plus court et les chèques du gouvernement plus abondants, on semble y vivre en grande sécurité une douce euphorie. Compte tenu de l'âge moyen très élevé de la population, qui est de dix ans supérieur à celui de l'ensemble du Québec, on ne peut quand même pas penser que c'est parce qu'on en fumerait du plus bon qu'à Trois-Rivières.

Le concepteur de l'Indice relatif du bonheur, Pierre Côté, avoue être un peu à court d'explications, car d'autres villes qui affichent aussi un déficit dans leur profil sociodémographique, n'éprouvent pas pour autant un tel plaisir supérieur avoué à vivre dans leur ville. Au point que Pierre Côté n'hésite pas à présenterShawinigan comme un «village gaulois».

Il y a de quoi car dans les positions de tête qu'elle occupe à chaque année dans l'IRB, Shawinigan rivalise avec une ville banlieusarde cossue comme Sainte-Julie qui se dispute chaque fois la première position au palmarès avec Rimouski, son estuaire et ses incomparables couchers de soleil. On peut se demander où serait Shawinigan dans le classement si ses citoyens disposaient des poches profondes des bourgeois de Sainte-Julie et des beautés du couchant de Rimouski. Shawinigan il est vrai a déjà été la ville où le salaire moyen était le plus élevé du Canada et possédait la plus belle chute de l'est du pays. Elle a donc été comme l'une et l'autre des deux villes qui caracolent au sommet de l'IRB. Le souvenir en est peut-être imprégné dans la tête des Shawiniganais.

Il reste qu'on avoue y éprouver un grand sentiment de liberté, qu'on se juge à l'aise financièrement et qu'on s'y estime généreux avec autrui et surtout, d'une grande sérénité.

Une sérénité que partagent aussi les Trifluviens. On aurait donc en Mauricie une belle philosophie de la vie. Il est vrai qu'à Trois-Rivières comme à Shawinigan, les participants à l'analyse de l'IRB comptent deux fois plus de femmes que d'hommes.

Cela explique peut-être aussi qu'à Trois-Rivières on se présume d'une grande conscience sociale, qu'on assure avoir beaucoup d'intégrité et posséder une belle ouverture sur la vie, les choses, les gens. Par contre, on apprécie moins le travail qu'on occupe en général, le potentiel d'accomplissement est perçu comme limité et la reconnaissance extérieure, décevante.

Il faut cependant avouer que cela peut paraître paradoxal. Les Trifluviens, qui auraient pourtant intérêt à le faire, fréquentent peu la ville des bienheureux alors que les Shawiniganais, qui trippent dans leur patelin, descendent fréquemment dans celle des malheureux. Peut-être qu'un jour, par osmose, cela fera une moyenne régionale de bonheur.

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