La reine déchue est au cachot

L'ex-lieutenante-gouverneure générale Lise Thibault passera le week-end derrière... (Photo: La Presse Canadienne)

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L'ex-lieutenante-gouverneure générale Lise Thibault passera le week-end derrière les barreaux.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si on a bien compris, son altesse passera le week-end dans un tout inclus, aux frais des contribuables, ce qui ne sera bien sûr pas une nouveauté dans son cas. Mais on ne sait trop combien les «clients» qui ont fait l'expérience du Centre de détention de Québec ont accordé d'étoiles à l'établissement.

Un juge a rejeté hier la requête de remise en liberté immédiate de l'ex-lieutenante-gouverneure du Québec, Lise Thibault, compte tenu de son intention d'interjeter appel sur la sentence de dix-huit mois de prison qui lui a été infligée mercredi en conséquence de ses admissions de culpabilité aux accusations d'abus de fonds publics qui avaient été portées contre elle.

L'audition de la requête a été remise à mardi. Lise Thibault profitera donc de cinq jours de gîte avec repas chauds fournis et quelques breuvages d'accompagnement. Mais il lui faudra oublier les petits fours fourrés au homard et les blinis nappés de caviar. La suite royale là-bas est moins bien approvisionnée et le personnel pas trop souriant.

Il ne fait pas de doute que la condamnée pourra recouvrer sa liberté dès mardi en attendant la fin des procédures à la Cour d'appel. C'est du quasi-automatisme. Sans présumer de la suite des choses, et pour bien des raisons, il se pourrait que ces cinq journées de prison soient finalement les seuls qu'elle ait eu à subir.

S'il semble y avoir consensus sur son obligation de rembourser à l'État 300 000$ des fonds détournés, les avis sont partagés sur la pertinence ou la justesse sur sa sentence de dix-huit mois d'emprisonnement. Compte tenu de l'ampleur des dépenses injustifiées, qui atteignaient au début au-delà de 600 000$ et qui ont été réduites au procès à 430 000 $, une peine de dix-huit mois de prison apparaît minimale, même si le juge y a introduit une notion d'exemplarité. Ça reste une sanction suffisante pour que non seulement justice soit rendue, mais pour que la nécessaire apparence de justice soit aussi acquise.

On peut invoquer, comme l'a plaidé son avocat, que Lise Thibault avait déjà été suffisamment sanctionnée par l'importance médiatique qui a entouré son procès et l'opprobre public qui en a découlé. Mais de cela, elle ne peut que s'en prendre à elle-même. Qu'une fonctionnaire qui a le titre de lieutenant-gouverneur abuse éhontément comme elle l'a fait de l'argent des contribuables, c'est déjà scandaleux. Mais que celle-ci, qui n'a qu'un rôle de potiche royale, s'autoproclame reine, au Québec en plus, et qu'elle s'autorise en conséquence des dépenses extravagantes, jusqu'à trafiquer ses comptes de dépenses pour favoriser les proches de sa «cour» comme elle l'a fait, c'est courir au grand galop après la moquerie publique et une indignation générale pleinement justifiée.

Il est difficile, dans le contexte aussi bouffon que prétentieux qui a été le sien, de trouver des éléments qui induiraient la clémence à son endroit. Il y a malgré tout un courant de compassion qui est apparu dans l'opinion publique, en raison de son âge, d'un état de santé fragile, d'une admission de culpabilité, même si elle a été tardive et sans notes apparentes de remords, en plus de sa dangerosité criminelle maintenant évacuée, qui suggère qu'une peine dans la collectivité aurait été plus indiquée dans son cas que l'emprisonnement. Il y a aussi ce raisonnement économique qui dit qu'après avoir perdu beaucoup d'argent avec elle, la société devra encore faire de lourds frais pour l'héberger, la nourrir, s'occuper d'elle, compte tenu justement de son âge, de sa santé et du fait qu'elle est paraplégique. Elle va coûterbeaucoup plus cher en prison que n'importe quel autredétenu.

S'il y a quelqu'un qui devrait obtenir en ce moment un peu de soutien public, ce n'est pas l'ex-reine d'opérette, mais plutôt l'ex-policière Stéfanie Trudeau, le fameux «matricule 728». C'est un lynchage d'une totale indécence dont elle a été la victime dimanche soir lors de son passage à Tout le monde en parle. Les réactions outrées du public ont été nombreuses,

C'est peut-être vrai qu'elle avait dit à sa conjointe, dans un moment aussi émotif qu'intensif, après une arrestation musclée de sa part, qu'elle venait d'intervenir auprès de «gratteux de guitare, de carrés rouges, d'artistes et de mangeux de marde», mais ce ne pouvait être sur ces seuls propos qu'on devait juger de son travail de policière. Le poivre de Cayenne dont on lui reprochait de s'être servi lors d'une manifestation qui avait une fois de plus mal tourné lors du printemps érable, c'est Lepage et sa gang qui l'aspergeaient vicieusement, avec une incroyable malice et une méprisante autosatisfaction. Un moment de télévision très gênant.

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