Vieille pas riche, pas pauvre

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Est-ce que ce pourrait être une révélation que d'apprendre que la population de la Mauricie reste l'une des plus âgées du Québec? Devrait-on se réjouir en contrepartie qu'elle ne soit pas la plus pauvre et que la proportion des familles en situation de faible revenu, qui s'est améliorée depuis quelques années, est maintenant plus faible que dans l'ensemble du Québec. Attention, cette dernière donnée ne fait pas pour autant de la Mauricie l'une des régions les plus prospères. Car on est loin d'afficher les meilleurs revenus d'emploi ou par famille, peu en importe la source.

C'est en effet un peu sans surprise que dans son bulletin statistique annuel sur les régions du Québec, l'Institut de la statistique nous confirme, une fois de plus, que le vieillissement de la population en Mauricie est bien réel et que les signes de renversement de cette tendance sont encore bien timides. Même si à cet égard, le Centre-du-Québec ne fait guère mieux, là comme ailleurs. À croire que la pire position géographique au Québec, que l'on a pourtant toujours présumée stratégique, c'est de tenter de se développer entre les régions de Québec et de Montréal. On s'y découvre coincé et étouffé plutôt qu'en situation de pouvoir profiter des deux plus grands marchés québécois, sans en avoir à en subir la lourdeur et les inconvénients. On est comme pris en sandwich.

En Mauricie comme au Centre-du-Québec, aucune MRC n'affiche un âge médian inférieur à celui de la moyenne québécoise qui est de 41,8 ans. En Mauricie, il est de 48,2 ans et au Centre-du-Québec, de 44 ans. Pour trouver une population au Québec plus âgée que celle de Mauricie, il faut se rendre en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine ou dans le Bas-Saint-Laurent. Mais l'écart avec ces deux régions dont on peut mieux comprendre l'évolution démographique est minime, pour ne pas dire fragile.

C'est dans Mékinac (54,1) et à Shawinigan (52) que l'âge médian de la population est le plus élevé. On s'étonne quand même qu'à Trois-Rivières, qui a semblé connaître une certaine effervescence économique et un taux soutenu de croissance de sa population que celle-ci reste, à 46,2 ans, en moyenne de deux ans plus âgée que dans tout le Québec. On peut penser que Trois-Rivières draine beaucoup de retraités de la région et même d'ailleurs. Cela expliquerait peut-être la proportion plus forte des moins de 19 ans à La Tuque comme dans la MRC des Chenaux, ce qui est une partie de la relève démographique et du remplacement de la force de travail, qui est supérieure à celle de Trois-Rivières. La Tuque vit malgré tout une érosion, lente mais constante, de sa population. Le mouvement a cependant tendance à diminuer d'une année à l'autre, ce qui n'est pas le cas dans les MRC de Mékinac et de Shawinigan. 

Dans le cas de Shawinigan, tout est peut-être en latence. En 2014, ses investissements industriels ont représenté en valeur les deux tiers de ceux de Trois-Rivières, qui compte, avec 134 561 habitants sur une population totale régionale de 266 794, pour 50 % de la population. Comparativement à 18,5 % pour Shawinigan, avec 49 428 habitants. Ce déblocage industriel, avec les nouvelles annonces qui ont été faites depuis, donnent à croire qu'il y a peut-être bel et bien un redressement en cours à Shawinigan, mais qu'il faudra encore un peu de patience pour que les réalités sociodémographiques de la ville soient vraiment transformées.

Si les statistiques du Centre-du-Québec sont toujours légèrement supérieures à celles de la Mauricie, tant sur le plan de la démographie, de l'emploi ou des revenus, on observe un écart important dans la valeur des permis de bâtir entre 2010 et 2013. La moyenne annuelle y a été de 82 millions $ dans le secteur commercial contre 67 en Mauricie et dans le secteur industriel, de 60,4 millions $ comparativement à 26,4 en Mauricie. Dans le commercial, Drummondville rivalise avec Trois-Rivières, mais fait beaucoup mieux dans l'industriel. 

Au niveau de l'emploi, la Mauricie est affligée d'un très mauvais indice. Sa population en emploi se situait en moyenne l'an dernier à 112 900 travailleurs... comme en 2002. C'est faire du surplace. Son taux d'activité, soit le nombre de personnes au travail par rapport à la population en âge de travailler, est maintenant de presque 10 % inférieur à celui de l'ensemble du Québec. 

S'il y a en proportion moins de familles en situation de faible revenu, ce n'est pas parce que ceux qui travaillent gagnent plus cher qu'ailleurs, Le salaire médian s'est établi à 36 344 $ par rapport à 40 221 $ au Québec. C'est à Trois-Rivières que les salaires régionaux sont les plus élevés en Mauricie comme au Centre-du-Québec, tant pour les hommes (44 646 $) que pour les femmes (32 403 $). Il persiste partout un écart substantiel entre le salaire des hommes et celui des femmes et c'est aussi vrai pour tout le Québec. En Mauricie, pour les femmes, la moins généreuse des MRC est Mékinac (23 176 $), mais c'est aussi le cas pour les hommes (31 002 $).

Finalement dans la région, on est vieux, pas vraiment riches mais pas non plus si pauvres que cela. Et si la vie nous tracasse un peu trop au point de s'en rendre malade, il y a quand même 13 % de médecins de plus qu'en 2009 pour s'occuper de nos bobos.

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